Pour assurer la souveraineté alimentaire, qui reste un enjeu national majeur, il est fondamental d’avoir un secteur agricole résilient dans ce contexte de crise. Le développement de la culture du colza en Tunisie ne peut constituer qu’une réelle opportunité pour le secteur.

Le développement de la filière oléagineuse constitue une nécessité et un intérêt majeur pour l’économie nationale et la souveraineté alimentaire, grâce aux efforts déployés pour améliorer le rendement en céréale, la performance globale des exportations tunisiennes, le développement d’une production nationale qui permet d’accroître l’autonomie nationale en huiles et protéines végétales, en gains générés au niveau de la balance commerciale suite à la réduction des importations en blés, en huiles et en protéines végétales… Aujourd’hui, l’intérêt accordé depuis 2014 à cette filière semble porter ses fruits, étant donné que, durant ces dernières années, la culture du colza ne cesse de se développer en Tunisie. Pour preuve, la croissance qu’elle a enregistrée depuis sa réintégration, pour atteindre environ 15 mille hectares de surface récoltée, au cours de la saison 2020-2021, contre 460 hectares, au cours de la saison 2014-2015. Mais sur le plan recherche et développement (R&D), nous sommes encore très loin et beaucoup reste à faire.

Relance de la filière

Partant de ce constat, à la fois rassurant et inquiétant, Walid Hachicha, directeur des risques à Carthage Grains, a évoqué trois principaux objectifs pour lesquels cette filière a été relancée en 2014, bien avant la crise russo-ukrainienne et la pandémie liée à la Covid-19, et qui sont beaucoup plus importants dans le contexte actuel. En effet, cette culture a permis d’augmenter les rendements et de doubler les performances des exploitations agricoles. Et comme près de 70% des importations de blé en Tunisie proviennent de la zone russo-ukrainienne, on parle de plus en plus d’autosuffisance en blé. Et donc, le développement de cette filière (en l’occurrence le colza) s’inscrit directement dans cet objectif puisque c’est un outil très important pour l’atteindre.

Deuxièmement, il s’agit d’améliorer l’autonomie nationale en huiles et en protéines que ce soit en quantité ou en prix puisque, l’année dernière, les tourteaux et l’huile de colza produits localement ont été commercialisés 20% moins cher que les prix internationaux. Donc, c’est le consommateur tunisien qui en bénéficie directement. Finalement, il s’agit d’améliorer la balance commerciale en baissant les importations. En effet, au lieu d’importer les produits finis, on importe les semences et on garde toute la valeur ajoutée à l’échelle nationale.

10 mille tonnes en deux mois

M. Hachicha a, également, avancé quelques chiffres qui illustrent le développement de la filière au cours  des précédentes saisons ; le nombre des agriculteurs a été multiplié par dix, les superficies multipliées par 30, les rendements se sont améliorés de 25% grâce notamment à l’accompagnement et l’encadrement technique de la part de nos partenaires européens. A ceci s’ajoute  une meilleure maîtrise technique de package culturale, de processus industriel,  et de commercialisation des produits finis…  «Pour rappel, pour la saison 2014-2015, on a commercialisé 300 tonnes de tourteaux contre près de 1.000 t  l’année dernière qui ont été vendues en moins de deux mois. De même pour l’huile de colza, où on est en train de sentir un meilleur engouement pour ce produit. Néanmoins, le rythme de développement de la filière a connu un petit ralentissement au cours des deux dernières années, ce qui nous a amené à nous interroger sur les axes de développement, sur lesquels on doit travailler afin d’atteindre plus rapidement l’objectif de 150.000 ha à l’horizon 2030, qui représenterait 50 à 60% de l’autonomie en protéines et en huiles végétales », a-t-il précisé.

Un modèle de financement limité…

Sur un autre plan, M. Hachicha a évoqué quelques axes qui ont ralenti cette évolution. Il y a tout d’abord le volet financement. Malheureusement, dans notre pays, le modèle de financement appliqué actuellement par le secteur bancaire a montré ses limites puisqu’il constitue, aujourd’hui, un frein au développement de la filière. Ce modèle exige des bénéficiaires un moyen de sécurité sous forme de garantie foncière, or il existe d’autres garanties plus sécurisantes : celles du marché, notamment les contrats qui sont signés avec Carthage Graines par rapport à la garantie d’écoulement. On peut donc proposer d’autres alternatives de financement aux agriculteurs. Et pour essayer d’accroître et dépasser les 15 mille ha qui représentent aujourd’hui la superficie cultivée, ce volet est d’une importance capitale pour toucher aussi les agriculteurs de petite et de moyenne taille qui veulent intégrer cette culture. L’autre élément, et le plus important, c’est le volet de semences qui sont relativement chères en comparaison aux autres types de semences, ce qui constitue un risque très important pour l’agriculteur, notamment ceux qui exercent dans des zones à faible pluviométrie. « Si on veut atteindre les 150.000 ha, il faut bien aller vers ces zones. Donc, il est important d’envisager la révision et l’allégement des procédures de nouvelles semences et d’étudier l’opportunité de la production de semences locales en Tunisie. Mais malheureusement, l’introduction et la création d’une nouvelle variété reste une opération très coûteuse, qui nécessite en général des années entre la recherche et le développement. Cette affaire n’est pas à l’ordre du jour », regrette-t-il. Le responsable a évoqué également l’encadrement technique des agriculteurs en multipliant les services de proximité. Quant au volet organisation de l’interprofession, il a précisé que la mise en place d’une telle structure permettrait d’instaurer un climat de confiance entre les différents maillons de la filière afin d’améliorer considérablement les processus de prise de décisions.

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