Lors de la table ronde qui a été organisée par le Laboratoire d’intégration économique internationale (Liei) pour présenter la récente étude de l’Ocde analysant les principaux défis économiques auxquels fait face la Tunisie, la cheffe de division au  département économique de l’organisation internationale, Isabelle Joumard, est revenue sur l’impact de la guerre en Ukraine sur l’économie mondiale. Outre le coup de frein sur la croissance, l’augmentation de l’inflation, la hausse des taux d’intérêt, la représentante de l’Ocde a évoqué la recomposition des chaînes de valeur mondiales.

L’étude économique de l’Ocde sur la Tunisie, qui est la deuxième étude réalisée par l’organisation internationale après celle de 2018, a été présentée lors d’une table ronde, organisée récemment, par le Laboratoire d’intégration économique internationale (Liei), en présence de Fatma Marrakchi, directrice du laboratoire, Isabelle Joumard, cheffe de division au  département économique de l’Ocde, Andréa Goldstein et Robert Grunke, deux économistes principaux de l’organisation. La récente étude de l’Ocde  analyse les principaux défis auxquels fait face la Tunisie  pour assurer une croissance forte, plus inclusive et de qualité et, également, une création soutenue d’emplois et pour améliorer le pouvoir d’achat des Tunisiens. L’ex-ministre chargé du suivi des réformes majeures, Taoufik Rajhi, ainsi que l’ex-ministre du développement régional et local, Abderrazak Zouari, ont également  pris part au débat qui s’est déroulé à Tunis et qui a réuni d’éminents économistes et universitaires tunisiens. 

Révision des perspectives économiques mondiales 

Prenant la parole, Isabelle Joumard a présenté le cadre général de l’étude et est revenue sur l’évolution de la situation économique mondiale au cours des deux dernières années. Elle a souligné que la guerre en Ukraine devrait conduire à des révisions très fortes des perspectives économiques mondiales, qui étaient plutôt favorables avant le déclenchement du conflit, et ce, malgré  l’inégalité observée au niveau du processus des rattrapages entre les pays avancés (qui ont rattrapé très vite) et les pays émergents (où le rattrapage était moins rapide et moins fort). Ainsi, on amputait la croissance mondiale de 1% et on s’attendait à une augmentation de l’inflation de 2,5%. Expliquant que l’impact de la guerre en Ukraine serait particulièrement important pour les pays européens, l’économiste a mis l’accent sur les conséquences que peuvent avoir la hausse des taux d’intérêt ainsi que les tensions financières sur les flux de capitaux vers les pays émergents. « La guerre en Ukraine va conduire à des révisions très fortes des perspectives de croissance d’abord parce qu’il y a deux économies qui sont à l’arrêt (la Russie et l’Ukraine) mais surtout en raison de l’augmentation des prix des matières premières qui va amputer le revenu des ménages et qui va gêner l’investissement des entreprises », a-t-elle fait savoir. 

Le « Freind shoring » et la transition énergétique, deux tendances qui s’accélèrent 

Évoquant l’impact de la guerre sur la recomposition des chaînes de valeur mondiales, Joumard  a mis l’accent sur la tendance du « friend shoring », ou commerce entre amis, qui a fait son apparition. « Les questions géopolitiques commencent à avoir un impact de plus en plus important », a-t-elle précisé. Selon l’économiste, la Tunisie a beaucoup d’atouts pour profiter de cette recomposition des chaînes de valeur mondiales.

Soulignant l’urgence d’accélérer la transition énergétique, la représentante de l’Ocde a affirmé que la guerre en Ukraine a mis la question énergétique sur le devant de la scène. Elle a expliqué, en somme, que plusieurs mesures sont nécessaires  pour parvenir à une croissance décarbonée. Il s’agit essentiellement d’augmenter le prix du carbone, de lancer des investissements massifs dans les infrastructures et dans les technologies moins gourmandes en carbone et de mettre en place un arsenal réglementaire plus contraignant, notamment,  sur l’isolation thermique des logements. L’économiste a, par ailleurs, souligné que  la Tunisie a des atouts sur le solaire.  Elle a ajouté que, pour faciliter la transition, il est nécessaire de reconstituer des marges de manœuvre budgétaires dès à présent pour financer les investissements futurs mais aussi pour financer des mécanismes de compensation pour les groupes les plus vulnérables qui vont être particulièrement touchés par la hausse des prix de l’énergie.

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