« Peintre du mouvement, sculpteur du geste », écrit Kmar Ben Dana, historienne, évoquant Atef Maatallah, dont on dévoilait la fresque la semaine dernière.

Deux années durant, perché sur une nacelle, l’artiste s’appropriait le quartier dont il avait entrepris de donner l’image et le sens. Nous sommes au cœur de la ville européenne, un temps désertée par l’esprit au profit du commerce, mais que l’art et la culture se réapproprient lentement et sûrement. Quel meilleur exemple que ce 32 bis où l’on vendait télévisions et frigidaires, en passe de devenir une des plus grandes plateformes d’art contemporain. Sans pour autant changer de propriétaire. Ouvrant par étapes — nous avons eu l’occasion de voir récemment une exposition de photos dans un premier niveau déjà achevé, c’est la façade de l’immeuble, sa « peau » comme disait un grand architecte — qui nous était présentée. Et quand bien même ce lieu soit destiné à l’esprit, c’est au labeur des hommes que cette fresque rend hommage. Les bâtisseurs, «ce sont tous ceux qui rendent (la rue) vivante en lui donnant leur sang, en faisant corps avec elle. La vie est faite de pierre et de béton, mais aussi d’hommes qui y travaillent et y souffrent», écrit Mohamed Ali Berhouma. Ces bâtisseurs, il fallait aller sur le trottoir d’en face pour appréhender la fresque dans sa totalité. Réalisation grandiose de quelque 90 mètres carrés, elle restitue en un temps brisé les étapes de la construction, le métré de l’ingénieur, la pose des briques, le coup de marteau, le joint du ciment, la montée du seau. Et puis, parce que les bâtisseurs sont aussi des rêveurs, l’envol des pigeons, la course des nuages, la percée d’une fenêtre ou la course d’un cheval sur l’écran d’une télévision. En deux années de travail, cette fresque n’était plus l’œuvre du seul artiste. Le quartier tout entier se l’est appropriée et y a pénétré, s’offrant droit de cité sur ces murs. L’homme à la brouette, le vendeur de sacs en plastique, la petite fille curieuse  ou la marchande de jasmins font irruption sur le chantier. Ils en sont partie prenante, et acteurs. Alors, quand vous passerez devant le 32 bis, peut-être les rencontrerez-vous.

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Charger plus par Alya HAMZA
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