L’ex-ministre du développement régional et local, Abderrazak Zouari, souligne la nécessité de réformer la gouvernance  de l’emploi et les institutions du travail en Tunisie. Evoquant  la féminisation de l’enseignement supérieur, il met l’accent sur l’importance d’accroître l’emploi féminin.


Commentant la partie de l’étude de l’Ocde  qui concerne  les perspectives d’emploi en Tunisie, l’ancien ministre du Développement régional et local, Abderrazak Zouari, a axé son intervention sur les défis du marché du travail.  Prenant part à la table ronde qui a été organisée récemment,  par le Laboratoire d’intégration économique internationale (Liei) pour débattre des résultats de la récente étude de l’Ocde, l’économiste a fait savoir que le marché du travail nécessite une stratégie de formation globale et une réflexion sur le système éducatif dans sa globalité, étant donné que les problèmes de l’enseignement supérieur proviennent également de la défaillance de l’enseignement primaire et secondaire. « Les soft skills ne s’apprennent pas à l’université, ces compétences on les apprend à l’école primaire et à l’école secondaire », a-t-il indiqué. A cet égard, il a mis l’accent sur la nécessité de rattacher le système de formation professionnelle au ministère de l’Education, estimant qu’en Tunisie, on a besoin d’un seul ministère de l’éducation et de la formation qui réfléchit sur le système éducatif dans sa globalité.

Zouari a affirmé que les réformes de l’Université tunisienne avancent, toutefois, timidement, et ce, en raison de la non implication du secteur productif dans la formation. « Je suis contre l’idée propagée par quelques enquêtes auprès des chefs d’entreprise selon laquelle, les sociétés ne trouvent pas les compétences requises. La preuve c’est que nos compétences s’exportent très bien. […] L’école « Sup’Com » a réalisé une enquête sur l’insertion professionnelle de ses diplômés, je crois qu’on  a trouvé qu’aucun  diplômé de la Supcom ne travaille en Tunisie. Ils sont tous à l’étranger », a-t-il indiqué.

Évoquant le phénomène de féminisation de l’enseignement supérieur, l’ex-ministre a pointé un paradoxe qui touche les femmes diplômées : bien que le rapport homme/femme dans les universités soit de 0,589, le taux d’activité des femmes demeure très faible ne dépassant pas les 28,9%. « Comment peut-on faire ce saut technologique, dont on a besoin, alors que les deux tiers de nos diplômés sont des femmes et dont le taux d’activité est de 28,9% ? » s’est-il interrogé. Par ailleurs, l’économiste pointe du doigt les barrières à la mobilité des femmes souhaitant s’intégrer professionnellement. « Il  est vrai que les familles tunisiennes, notamment celles qui habitent à l’intérieur du pays, laissent leurs filles étudier mais généralement quand elles sont diplômées et qu’elles ne trouvent pas de travail, elles retournent chez elles. Dans les années 60, le gouvernement tunisien  avait construit des maisons pour les femmes qui travaillent. C’est une politique qui a disparu. Je crois que l’avenir de la croissance en Tunisie dépend du renforcement  du travail féminin », a-t-il estimé.  Mettant l’accent sur la réforme de  la gouvernance de l’emploi en Tunisie,  l’économiste a souligné l’importance de mettre en place un système d’information performant basé sur l’identifiant unique qui permet de suivre le parcours de l’intégration professionnelle des demandeurs d’emploi. Il a, également, appelé à la nécessité d’intégrer la formation professionnelle dans l’enseignement général. « Il faudrait que la filière formation professionnelle soit intégrée dans les lycées pour faire en sorte que les élèves , dès le départ, puissent choisir la formation professionnelle comme étant une filière qui embauche et qui assure des débouchés et des emplois très rémunérateurs.  Les métiers de la formation professionnelle sont très demandés et leurs salaires sont plus élevés que ceux des diplômés universitaires. On a 300 mille étudiants à l’enseignement supérieur et seulement 70 mille élèves dans le système de formation professionnel. La pyramide est inversée », a-t-il asséné.

Evoquant la timide transition de la Tunisie vers un modèle de croissance basé sur les industries à haute valeur ajoutée —  pourvoyeurs d’emploi très qualifiés—, Zouari a affirmé que les industries manufacturières sont en crise. Les raisons sont multiples mais c’est principalement dû, selon l’économiste, à l’état stationnaire du secteur industriel mais également à la rude concurrence à laquelle fait face l’industrie tunisienne après avoir ouvert la porte au libre-échange avec des pays concurrents. « Les industries manufacturières sont en crise parce que les importations ont détruit le tissu industriel tunisien. Nous importons des produits que nous fabriquons. Nous avons des accords de libre-échange avec des pays qui fabriquent les mêmes produits que nous alors qu’on a intérêt à avoir des  accords de libre-échange avec des pays complémentaires. Ce n’est pas par hasard que nous sommes excédentaires  avec l’Europe », a-t-il affirmé. Et d’ajouter : « La  deuxième raison c’est le comportement des entrepreneurs tunisiens. Nous avons seulement des rentiers. Il n’y a pas de renouvellement. Dans beaucoup d’industries tunisiennes, l’amortissement est beaucoup plus élevé que l’investissement net. Il me semble  qu’on est en plein état stationnaire .Nous avons besoin en Tunisie d’entrepreneurs schumpétériens ».  L’ancien ministre a conclu son intervention, en soulignant que la Tunisie a besoin d’une vision et d’une politique industrielles.

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