Les sources et les écrits sur ce personnage auréolé d’une réputation pieuse sont très rares et souvent contradictoires. 

«Nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire d’un peuple, car un peuple sans histoire est un monde sans âme». C’est par cette édifiante citation que Mrad Ben Hassine Bey, dit Abdelaziz, nous fait pénétrer dans les dédales du passé de la dynastie beylicale husseinite.

A travers son nouveau livre, publié sous l’intitulé Ali Turki, père du fondateur de la dynastie des beys husseinites (IHE éditions), l’auteur part en quête de ses ancêtres, ses origines. Il tente de remonter le temps, de retracer fidèlement le passé et l’histoire d’un personnage aux parents inconnus et cherche à localiser son lieu de sépulture. L’intérêt porté à Ali Turki n’est pas du tout fortuit, il remonte à plus d’une vingtaine d’années, conjointement à ses travaux inhérents aux vestiges de la chapelle St Louis de Carthage publiés par la Fondation académique Temimi en 2010.

Que de questionnements autour des origines du père du fondateur de la dynastie husseinite. «Etait-il originaire de Candie (La Crête) ? Ali Turki pourrait être Turc, Corse ou Kurde, autant d’hypothèses que viennent étayer toutes les sources disponibles méthodiquement présentées et savamment confrontées», commente Leïla Temime Blili, professeure émérite et historienne, elle-même auteure  de l’excellent ouvrage «Les femmes de la Maison houssaynîte – Al Harîm al Maçoun» (Éditions Script).

«Ce livre est petit par sa taille mais grand par son contenu», fait-elle savoir lors de la cérémonie de présentation et de dédicace organisée par  l’Institut des hautes études et l’Association des anciens élèves du collège Sadiki le 28 mai au Pôle culturel Fadhel Ben Achour à La Marsa. «Pourquoi cette quête des origines? Il y a un discours derrière la recherche de l’auteur, un contenu implicite, une ascendance musulmane qu’on a vraisemblablement envie de tirer au clair», dévoile le professeure Leila Blili.

Des origines supposées de Ali Turki, à son éventuel passage par Tunis, son installation au Kef, son lieu de sépulture, l’auteur finit par établir l’arbre généalogique des deux branches de ce chef de guerre, sanctifié à la fin de sa vie au Kef et à Tunis. En chercheur averti, il pointe du doigt au passage  la dynastie dissidente, celle des Pachistes qui a régné pendant plus d’une vingtaine d’années (1735/1756)  sous la conduite d’Ali Pacha  qu’il qualifie de «Bey dissident, usurpateur et parricide». «Ces derniers ne peuvent être considérés comme appartenant à la famille husseinite qui a régné de 1705 à 1735 avec Hussein Ben Ali, fils de Ali Turki, et repris le pouvoir en 1756 avec le fils de Hussein, Mohamed Errachid et sa descendance jusqu’à la proclamation de la République en 1957», écrit  l’auteur.

«La racine principale de la famille husseinite en la personne de Ali Turki demeure à ce jour une énigme qui a suscité peu d’intérêt particulier», souligne l’auteur dans l’introduction de son livre. Les sources et les écrits  sur ce personnage «auréolé d’une réputation pieuse» sont très rares et souvent contradictoires. Ses investigations en vue de localiser le lieu de sépulture du père fondateur de la dynastie husseinite le mènent au Kef où il fait la découverte d’une première tombe puis à l’Ariana où il découvre une seconde tombe attribuée aussi à Ali Turki dans le mausolée du saint Sidi Amor Boukhtiouia. Pour mieux comprendre  cette «ubiquité tombale», comme aime à qualifier la professeure Leila Temime Blili, et explorer le passé de cette page de notre histoire,  il est impératif d’aller à la découverte de cet  ouvrage de référence  écrit par une plume savante, l’un des descendants de Hussein Bey, fondateur de la monarchie husseinite.

Cadre supérieur de l’Etat ayant exercé en Tunisie et à l’étranger en qualité de fonctionnaire, diplomate, coopérant enseignant et formateur, Mrad Ben Hassine Bey est membre du comité directeur de l’Association des anciens élèves du collège Sadiki et ancien membre du comité directeur de l’Association tunisienne des monuments et des sites. Il est l’auteur d’un travail de recherche sur les vestiges de la chapelle St Louis de Carthage, d’un ouvrage intitulé «Vieux Kram, Cité des figuiers au centre des Jardins de Carthage»  éditions cartaginoiseries, mars 2015, qu’il compte très prochainement compléter, actualiser et publier de nouveau.  

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