Le chiffre d’affaires hors taxes de la Rnta a atteint 525,4 millions de dinars en 2021, soit une augmentation de 17,4 % par rapport à 2020. La Rnta prévoit de réaliser en 2022 un chiffre d’affaires de 762 millions de dinars.

Le marché tunisien reste asservi par les cigarettes locales qui constituent environ 70% des ventes. Qu’en pensez-vous ?

En 2020, les cigarettes locales de la Rnta remportent 76 % du volume de nos ventes, c’est une grande part qui fait la spécificité du marché tunisien et qui prouve l’excellent positionnement de nos produits locaux face aux produits étrangers et les demandes sont en augmentation perpétuelle. Malgré la crise économique, la régie s’est orientée dans la satisfaction des besoins des consommateurs à travers ses produits locaux en priorité.

Le chiffre d’affaires hors taxes de la Rnta a atteint 525,4 millions de dinars en 2021 soit une augmentation de 17,4 % par rapport à 2020. La Rnta prévoit de réaliser en 2022 un chiffre d’affaires de 762 millions de dinars, et ce, grâce notamment à l’augmentation des ventes des cigarettes de type VMG de 70 millions de dinars, la mise en vente de nouvelles cigarettes confectionnées localement (VMI et Bousseta) et enfin l’augmentation en 2021 des ventes des cigarettes étrangères de 55 millions de dinars. Ces chiffres nous encouragent à fournir plus d’effort pour améliorer la qualité de nos produits et de couvrir  le marché tunisien afin de mieux répondre aux attentes des consommateurs tunisiens. En effet, la Rnta a créé une plateforme qualité et mis en place une cellule d’écoute-client avec un numéro vert gratuit pour s’informer des suggestions, besoins et réclamations des clients.

Comment le secteur du tabac a-t-il fait face à cette conjoncture économique à haut risque ?

La Régie nationale des tabacs et des allumettes, un monopole d’Etat, génère aujourd’hui plus de 2 000 emplois statutaires via ses deux usines, centres de culture et centres de distribution, plus de 3000 tabaculteurs, distribue ses produits à plus de 16000 débitants, et rapporte 9% du budget de l’Etat en termes de revenus et taxes.

Le secteur du tabac, comme tous les autres secteurs industriels, essaie de s’adapter aux nouvelles conjonctures liées notamment à la crise sanitaire Covid-19 et la guerre en Ukraine, malgré toutes les secousses économiques et sociales rencontrées au cours de la dernière décennie. Nous avons mis en œuvre une politique de gestion de crises pour mieux nous adapter aux problèmes liés à la hausse des prix de certaines matières premières et fournitures de fabrication et aussi le transport maritime.

Cette situation nécessite plus de collaboration et de réactivité de notre part pour assurer le fonctionnement de notre chaîne de production et pour constituer un stock de sécurité en prenant en considération la situation sanitaire du pays.  D’ailleurs, la Rnta s’est engagée dans une démarche de gestion et d’identification des risques, en vue d’établir un vrai plan de sauvetage.

La Rnta entretient, depuis des dizaines d’années, des relations historiques avec ses fournisseurs qui, à leur tour, l’ont soutenue et assisté durant cette période.

Existe-t-il des campagnes de contrôle au circuit de distribution ?

Oui, nous visons à élargir notre circuit de distribution. Notre plan d’action stratégique compte entre autre la mise en place et l’ouverture de 5 centres de distribution à Zaghouan, Bizerte, Manzel Temim, Siliana, Bousalem. Nous œuvrons à couvrir tout le périmètre géographique de la Rnta par les centres de distribution d’ici 2024 et ceci pour mieux satisfaire nos consommateurs et les besoins du marché, tout en respectant la répartition zonale avec la manufacture de Kairouan MTK.

Comment la Régie nationale du tabac et des allumettes (RNTA) a-t-elle pu faire face au fléau du commerce illicite des cigarettes ?

Le fléau du commerce illicite reste l’ennemi numéro 1 de notre industrie, suscitant un manque à gagner pour l’Etat estimé à 1400 milliards de dinars par an. Le fait de mettre en place des stratégies claires et actionnables pour lutter contre ce fléau fait partie intégrante de nos priorités à la Régie du tabac. Je tiens à préciser que le commerce illicite des cigarettes est en constante diminution et qu’il a baissé considérablement depuis les dernières années, de 42% en 2015 à 16% en fin 2020.

Ceci est la résultante des efforts déployés par la Rnta en renforçant ses structures de production et de distribution et surtout le rôle des autorités de contrôle, particulièrement les services de la douane en effectuant des opérations ciblées : il est à noter que, pendant les huit premiers mois de l’année 2020, la Douane tunisienne a saisi plus de 86 millions de cigarettes. Notre approche fondamentale proactive a permis de recenser, analyser et comprendre les moteurs du commerce illicite des cigarettes en Tunisie. La Rnta a ainsi mis en place des plans d’actions minutieux et efficaces, tels que la stratégie marketing visant à répondre efficacement à la spécificité de la demande sur le marché en offrant un portefeuille de produits diversifié avec des prix rationalisés. (Pour que le consommateur n’ait pas recours aux cigarettes de la contrebande à bas prix).

Concernant  la production, la Rnta n’a pas manqué d’assurer la disponibilité des produits sur le marché légal à temps et d’allouer un budget pour les visites sur terrain et les enquêtes indiquant le manque de certains produits dans le marché dans les zones géographiques les plus denses. Nous travaillons, en effet, en étroite coordination avec les institutions sécuritaires et de contrôle telles que la sûreté nationale, les douanes et les brigades de contrôle économique au ministère du Commerce.

En effet, des campagnes de contrôle sont organisées avec les organes compétents (ministère du commerce, direction générale de la Douane, Sécurité) pour freiner la contrebande sur les frontières et surtout au niveau du marché parallèle. Il s’agit aussi de constituer une base de données nationale conjointe pour échanger les informations entre tous les intervenants.

Il est permis dans le cadre de la stratégie commerciale de la Rnta d’inscrire les produits à marge positive qui sont fortement demandés et qui circulent dans le marché parallèle dans les listes officielles des produits monopolisés et les introduire dans le circuit formel.

Est-il vrai que les cigarettes importées en Tunisie représentent 30% du volume total existant sur le marché ?

Oui, les cigarettes étrangères représentent environ 24% du volume des ventes en 2021. Nous veillons à l’amélioration des marges à travers le réajustement des prix de vente afin de ne plus subir les pertes qui pesaient très lourd sur les indicateurs financiers de la régie avant 2020. D’ailleurs, le résultat comptable de la Rnta pour l’année 2021 a connu une nette amélioration due essentiellement aux augmentations des prix des produits monopolisés enregistrés au cours de l’année.

Il est à signaler, par ailleurs, que le marché parallèle des cigarettes accapare une part du marché moyennant plus de 30% et présente un manque à gagner annuel pour les recettes de l’Etat de 1400 millions de dinars, répartie entre 500 millions de dinars provenant des cigarettes vendues dans les circuits informels et 900 millions de dinars provenant des produits maassel de la contrebande et de la contrefaçon.

La hausse des prix n’est donc pas la solution, d’après vous ?

Non, dans la mesure où elle permet à la Rnta de réaliser des marges bénéficiaires sur certains produits et d’alléger des déficits sur d’autres produits, ce qui va permettre à la régie d’alimenter le marché de cigarettes étrangères et renforcer ses capacités de production pour répondre aux besoins du marché tunisien, tout en respectant son équilibre financier et produisant davantage pour offrir toutes les variétés et assécher les sources de la contrebande et du commerce illicite.

Et puis la Rnta et la MTK offrent plusieurs segments de cigarettes avec un bon rapport qualité / prix qui tient compte du pouvoir d’achat du consommateur.

Quels sont l’impact et l’apport de l’industrie des tabacs sur l’économie nationale ?

L’industrie des tabacs peut contribuer au soutien de l’effort national à travers l’augmentation des revenus fiscaux et l’alimentation du budget de l’État. Ceci nécessite de renforcer les capacités de production. Nous sommes en train d’élaborer un projet visant à développer la production à travers l’achat de nouvelles machines et l’usage de nouvelles technologies pour couvrir les besoins du marché tunisien.

Ce projet renferme également d’autres actions dont la mise en place d’un programme de maintenance préventive et curative durable des équipements afin d’améliorer leur rendement, la réduction des déchets de tabac et leur valorisation à travers l’acquisition d’une ligne pour le traitement des déchets et de nouvelles déchirures de cigarettes, outre  le recrutement de techniciens et de main-d’œuvre spécifique. Notre ambition ultime est de révolutionner le secteur du tabac en Tunisie, et, pour y arriver, l’une des orientations stratégiques que nous avons décidé d’emprunter est celle de miser sur l’innovation, particulièrement sur le lancement de produits non-combustibles et moins nocifs dont la demande et l’incidence émergent sur les circuits parallèles depuis des années en Tunisie.

Dans ce sens, et dès cette année, un cahier des charges régissant la commercialisation des produits de cigarettes électroniques sera mis en œuvre.

Nous allons également lancer la commercialisation du tabac chauffé en collaboration avec l’un de nos partenaires historiques, ce qui donnera l’opportunité aux fumeurs adultes de se convertir à cette alternative dont le principe est de chauffer le tabac au lieu de le brûler, ce qui génère une réduction importante de la toxicité et des risques sur la santé par rapport à la cigarette conventionnelle.

Pour information, ce produit a déjà été commercialisé dans plus de 64 pays dans le monde avec plus de 17 millions de fumeurs adultes convertis à ce jour avec un taux de rétention avoisinant les 72% auprès des fumeurs qui l’ont déjà essayé.

La Tunisie est ainsi parmi les premiers pays d’Afrique et du Moyen-Orient à offrir cette alternative sur son marché local.

La Rnta opère dans un secteur à forte concurrence. C’est une entreprise industrielle par excellence. De ce fait, il est dicté de l’exempter des lois qui régissent les marchés publics et de lui donner plus de souplesse lors des achats des tabacs et pièces de rechange. La Rnta a besoin d’un statut particulier adapté à l’environnement industriel et un organigramme qui répond aux ambitions de ses cadres et de ses agents. La Rnta doit investir et acquérir un minimum de 8 groupes sur trois ans pour contrecarrer le marché parallèle.

L’entreprise est prête à relever tous les défis et à continuer sur sa lancée. Nous gardons la même énergie et nous avons toujours cette volonté d’aller de l’avant, de développer plus de produits, de continuer à être un secteur qui génère des recettes au budget de l’Etat et d’être toujours au service, mais également de répondre aux attentes du consommateur tunisien (qualité/prix). Le rêve est toujours permis et nous avons toujours besoin du soutien de l’Etat pour avancer.

Charger plus d'articles
Charger plus par Sabrine AHMED
Charger plus dans Supplément Economique

Laisser un commentaire