S’il m’est donné un qualificatif pour l’apposer à sa personne, à son trait de caractère : c’est «discret». Je pense même que personne ne me contredirait là-dessus. Lui l’homme, le journaliste sans posture, il en a même fait une conduite de vie. Un deuxième qualificatif me vient en pensant à lui : la cohérence. Cohérence dans sa façon de s’habiller, de développer un argument, de marcher, pardon ! Il ne marchait pas, il glissait pour ne pas alourdir ou écraser la terre. Son style d’écriture est élégant, ne supportait pas de motifs, rien que des signes; tout témoignait d’une éloquence «diluée» dans la vie. 

Borhane, c’est un compagnonnage de quelques décennies, sans l’ombre d’un désagrément ni le reflet d’un incident; dans la salle de rédaction, bruyante, tumultueuse, ses bonjours en sourdine sont discrets, sa voix douce ne s’élève pas, parfois entrecoupée d’un sourire ou d’un rire courtois. A la différence d’autres journalistes qui ne s’assoient que pour se relever, lui, bougeait peu, concentré qu’il était, la tête dans un ouvrage ou en train de prendre des notes ou encore de rédiger un texte. Son bureau faisait face à l’entrée de la salle Culture (qui en a vu des passagers, écrivains, musiciens et autres artistes), il accueillait avec une main ferme, prenait des notes à l’ancienne, non pas en style sténo, mais calmement, son écriture au Bic bleu, penchée, lisible sur ce qu’on appelait le «bifteck», papier absorbant qu’il découpait soigneusement, ne portait pas de ratures. Son style d’écriture ne souffre ni afféterie ni ornementation; encore moins de tribulations subjectives. Il allait à l’essentiel en allégeant, même quand il traitait de la musique classique sur ce sujet, il pouvait tout se permettre puisqu’il était parmi l’un des rares à en parler en couvrant les soirées du Festival philharmonique d’El Jem. Il se dédiait au presque rien, à l’effacement, il faisait de l’éclipse un art de briller et se retirait sans faire de bruit, lentissimo, pour apprécier davantage la solitude, il se croyait peut-être seul, non il était, il est et sera accompagné de nos pensées.

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Charger plus par Hamma Hannachi
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