Pour Tarek Chérif, président du syndicat patronal Conect, le seul moyen de faire face à la résistance qui bloque le changement, c’est d’évacuer les passifs à travers les élections, une des grandes vertus de la démocratie.
Cela fait des années, voire des décennies, que le débat sur l’incontournable transformation digitale a été lancé. Etant toujours d’actualité, la digitalisation de l’économie tunisienne et en conséquence de la société, tarde toujours à être menée à bon port. Les répercussions se font sentir de plus en plus, pour le citoyen, l’économie ainsi que toutes les structures de  l’Etat. Comment faire, alors, pour accélérer la transformation digitale en Tunisie et rattraper le retard accusé? Comment la numérisation contribue-t-elle à la lutte contre la corruption ? Tous ces sujets ont été évoqués lors d’un débat organisé hier par Conect Intech sur le thème : «Le partenariat pour la transformation digitale en Tunisie : la clé pour la croissance économique et la lutte contre la corruption». L’événement a eu lieu à Tunis en présence des représentants de plusieurs institutions concernées, notamment l’Instance nationale de lutte contre la corruption (Inlucc) et la Poste tunisienne. 

Réformer pour éviter le sort de la Grèce

Dans son mot d’ouverture, le président du syndicat patronal Conect, Tarek Chérif, a braqué les lumières sur la résistance au changement digital, émanant de plusieurs cercles dans l’administration, le monde des affaires, les institutions étatiques …etc. « Ces personnes s’opposent à la transformation digitale et d’une manière générale aux réformes qu’il faut opérer. L’objectif étant de garder leurs postes, jouir et tirer bénéfice de la corruption qui s’accapare des différents appareils de l’Etat, sans se soucier des répercussions négatives sur l’évolution du pays», explique Tarek Chérif. Il a précisé, à cet égard, que la transformation digitale, partie intégrante de la transformation globale du pays, offre de véritables opportunités de croissance économique. Evoquant, à cet effet, l’exemple du Rwanda et du Kenya qui se sont enlisés dans la guerre et la corruption pendant des décennies durant pour enfin bénéficier d’une « évolution incroyable » grâce à la transformation digitale. Il a également mis en garde contre les répercussions dangereuses inhérentes au retard dans sa mise en œuvre. « Si le pays ne réalise pas les transformations nécessaires, le coût à payer sera encore plus élevé, plus dur à encaisser. Nous pouvons connaître un sort pire que celui des pays passés par des situations semblables à la nôtre. On cite le cas de la Grèce qui, en dépit du privilège de son appartenance à l’Union européenne, a connu une grave crise économique dont les retombées sur le plan social étaient et le sont encore désastreuses : un smic qui a baissé de 30% et un chômage aux alentours de 25% », énumère le président de la Conect.

Comment faire donc pour accélérer, cette transformation et faire face à la résistance ? Profiter des élections — une des grandes vertus de la démocratie — pour sanctionner et évacuer les décideurs passifs et élire ceux qui sont capables d’accomplir le changement, a répondu Tarek Chérif.

Six mille déclarations de patrimoine seront publiées

De son côté, Abdelmajid Ghriss, conseiller juridique auprès de l’Inlucc, a souligné que la digitalisation constitue désormais l’un des piliers de la guerre contre la corruption. S’exprimant sur la déclaration du patrimoine dont le processus a été lancé par l’Inlucc depuis la fin de l’année précédente, Ghriss a fait savoir que l’instance ne manquera pas de publier les patrimoines de 6.000 personnalités, et ce, dès l’adoption et l’entrée en vigueur du décret relatif aux données personnelles devant être publiées et/ou protégées par l’Inlucc. « Ce sont les personnes appartenant aux catégories allant de 1 à 8 (selon la classification adoptée par l’Instance) qui sont concernées par la publication des avoirs. Le processus du contrôle de ces déclarations est désormais confronté à plusieurs entraves administratives, essentiellement l’éparpillement de l’information sur plusieurs administrations », a souligné Ghriss. Quant aux 120 mille déclarations restantes, l’instance s’attellera, selon les dispositions de la loi relative à la déclaration du patrimoine, à en élaborer un échantillon pour réaliser le contrôle.

Il est à noter que le débat a porté également sur les difficultés d’ordre administratif et culturel entravant l’avancée de la transformation digitale en Tunisie.

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