C’est dans une ambiance politique tendue que le dialogue national a démarré samedi dernier, dans une tentative de mettre fin à la crise actuelle, mais surtout, et selon ses initiateurs, de préparer le terrain à la nouvelle République. Si les premiers débats ont porté sur l’aspect économique de la crise, ce sont les questions politiques et constitutionnelles qui se font attendre.

Au rythme du boycott, des déclarations incendiaires, mais aussi de l’espoir et des initiatives de résoudre la crise, la première réunion de la commission consultative des affaires économiques et sociales a eu lieu samedi à Dar Dhiafa, à Carthage, où un ensemble d’organisations nationales, de partis politiques et de personnalités publiques ont débattu notamment de la crise économique. Dans une nouvelle démarche inhabituelle pour ce genre de dialogue national, les participants ont été invités à élaborer dans un document écrit leur vision pour la Tunisie à l’horizon 2060.

Chacun sa vision, chacun ses propositions, la réunion n’a duré que quelques heures et à l’exception de quelques déclarations, les aboutissements de ces discussions n’ont pas été révélés, alors que cette première rencontre était simplement consultative. Autant dire que même après son démarrage, le déroulement du dialogue national, ses modalités et ses résultats attendus ne sont pas, pour le moment, assez clairs. Les déclarations du président-coordinateur de la commission consultative pour la nouvelle République, Sadok Belaïd, ont, tout de même, apporté quelques éclaircissements.

Belaïd a déclaré que 42 personnalités invitées ont toutes assisté, malgré « les  pressions », soulignant que la deuxième rencontre devrait avoir lieu samedi prochain pour élaborer les propositions des participants.

Selon Belaïd, une invitation a été adressée aux personnalités et compétences nationales, conformément au décret présidentiel n ° 30 portant création du Comité consultatif pour la nouvelle République. Il s’agit, a-t-il cité, des organisations nationales et des partis politiques, en plus de « 25 penseurs », selon ses expressions. S’agissant des propositions écrites qui seront avancées par les participants au dialogue, dans les 48 heures, Belaïd a estimé que ce délai est jugé « suffisant » pour soumettre les propositions.

Cependant, cette première réunion a été marquée par l’absence de l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) qui a refusé la démarche adoptée par le Président de la République dans l’organisation de ce dialogue national. Si la Centrale syndicale justifie sa position par l’absence d’une démarche participative, Belaïd a noté que « l’absence de l’organisation syndicale n’a pas affecté le déroulement du dialogue, contrairement aux informations relayées à ce sujet ». « Les personnalités qui sont venues sont suffisantes pour synthétiser leurs propositions et élaborer une nouvelle République », a-t-il insisté.

Le cas Mongi Rahoui

Parmi les personnalités politiques présentes à cette première réunion, le dirigeant au Parti des patriotes démocrates unifié, Mongi Rahoui, qui a fait acte de présence malgré la décision de boycott prise par son parti. Ce dernier a décidé, hier, d’écarter, définitivement, Mongi Rahoui du parti, en raison de sa participation à la première réunion du Comité consultatif pour la nouvelle République.

Le Ppdu explique cette décision par l’obstination de Mongi Rahoui à aller à l’encontre de position du parti qui avait exprimé son refus de participer aux travaux des commissions du dialogue national.

« Le bureau politique du Ppdu a décidé d’éloigner le dirigeant Mongi Rahoui, en application des dispositions du règlement intérieur du parti et dans le souci de préserver son unité et de garantir l’indépendance de ses positions politiques », lit-on de même source.

Pour rappel, le Ppdu a affirmé son refus de participer à un dialogue national, « dont les résultats et les conclusions sont connus d’avance », estime-t-il. Et d’ajouter que les membres qui ne respectent pas cette décision sont considérés comme n’appartenant plus au parti.

Grande opposition

Les réactions au démarrage du dialogue national n’ont pas tardé. Si certains partis ont boycotté ce rendez-vous d’envergure, plusieurs personnalités et structures politiques sont revenues sur cette initiative. Le leader du Front du salut, Ahmed Nejib Chebbi, a déclaré que le dialogue national est une démarche vaine et que son initiative a déjà planifié de tenir un congrès pour désigner un gouvernement de salut. « Le dialogue a déjà échoué, le même sort sera réservé au référendum », a-t-il estimé.

Jawhar Ben Mbarek a également estimé que le dialogue national a échoué et que « la non-participation de l’Ugtt en est la preuve ».

Il faut rappeler également que le collectif Soumoud, connu pour ses positions soutenant le processus du 25 juillet, a annoncé avoir décidé de se retirer du dialogue national.

Le collectif explique sa décision par l’absence des conditions de succès de cet évènement, dont notamment la publication des travaux des réunions.

Soumoud rappelle qu’elle avait à maintes reprises appelé à la mise en place d’un véritable dialogue national capable de ressortir des résultats fiables pour résoudre la crise.

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