L’inflation : un spectre qui pèse de plus en plus sur la conjoncture mondiale et nationale. On parle aujourd’hui de ressenti de l’inflation et de ses impacts multiples sur les plans économique et social après une longue période déflationniste, ponctuée par une stabilité des prix. Aujourd’hui, à peine sortie de la pandémie, l’économie mondiale se trouve, sous l’effet de la guerre en Ukraine et des fortes perturbations qui en ont résulté au niveau du marché de l’énergie et de la chaîne des valeurs mondiale, plongée dans une nouvelle spirale inflationniste couplée par des risques sérieux de récession. Un tel spectre ne concerne pas seulement l’Europe, mais aussi tous les pays dont la Tunisie, sérieusement menacée aussi bien par les fortes pressions sur les prix que par la décélération de la demande. La tendance inflationniste continue désormais de secouer les ménages et toute l’économie de la Tunisie.

Après deux années de crise sanitaire conjuguée à une crise politique qui a amplifié les incertitudes et l’attentisme chez les opérateurs, l’économie tunisienne se trouve fortement affaiblie avec une croissance molle et insuffisante pour résorber le chômage et rétablir les équilibres macroéconomiques, une inflation qui s’accélère, un investissement déprimé et un déficit budgétaire élevé avec de grandes difficultés pour mobiliser les ressources de financement requises notamment extérieures.

Sur le plan international, la situation serait marquée par les retombées de la guerre russo-ukrainienne sur l’activité mondiale, les chaînes d’approvisionnement et les prix internationaux des matières premières et des produits alimentaires de base. «Ces développements sont susceptibles d’impacter fortement l’inflation, de creuser le déficit budgétaire et susciter des besoins additionnels importants en matière de financement pour la Tunisie», indique-t-on dans la note de conjoncture économique élaborée par le Forum Ibn Khaldoun pour le développement.

Les données quantitatives et qualitatives des trois premiers mois de 2022 font ressortir notamment l’accentuation des pressions sur l’inflation et la balance commerciale, une évolution mitigée quant à la croissance et à l’investissement et un maintien des pressions sur le marché de l’emploi et sur les finances publiques ainsi qu’une nouvelle dégradation de la cotation de la Tunisie par les agences internationales hypothéquant toute possibilité de mobilisation de capitaux sur les marchés financiers internationaux à des conditions soutenables.

La tendance haussière se confirme et risque de s’accentuer

Au mois de mars 2022, l’inflation confirme sa tendance haussière en augmentant à 7,2% après 7% en février et 6,7% en janvier. Cette progression est expliquée essentiellement par l’accélération du rythme des hausses des prix des boissons et tabac (21% contre 19,4% en février) ainsi que des prix du groupe des articles d’habillement et des chaussures (9,8% contre 8,9%) et des prix du groupe des meubles, articles de ménage et entretien courant du foyer (6,1% contre 5,7%).

Le taux d’inflation sous-jacente (hors produits alimentaires et énergie) a augmenté à 6,8% après 6,6% le mois précédent.

«Cette tendance haussière est induite par certains facteurs extérieurs dont notamment l’augmentation de la demande dans les marchés internationaux surtout après la crise sanitaire, à l’origine de l’envolée des prix des matières premières, ainsi que l’augmentation des coûts de transport maritime».

Cette crise s’est creusée davantage avec la guerre en Ukraine. Les cours du pétrole se sont emballés. Le prix du Brent a atteint 101.4 $ par baril fin mars 2022 contre 60.9 $ fin mars 2021. Les prix du blé ont également explosé en raison du poids de la Russie et de l’Ukraine dans la production mondiale de blé (30% environ).

D’où d’importantes pressions sur l’inflation des prix à la consommation dont le niveau pourrait dépasser les 8% pour l’année 2022.

A l’échelle mondiale, les hausses des prix des matières premières induites par la guerre et l’élargissement des pressions sur les prix ont conduit à des projections d’inflation de 5,7 % dans les économies avancées, et l’inflation dans les économies émergentes et en développement se situera à 8,7 % pour 2022, soit 1,8 et 2,8% de plus que prévu en janvier (rapport du FMI).

Au début de l’année 2022, les pressions inflationnistes persistent aussi bien dans les économies avancées que celle émergentes. Ainsi, depuis avril 2021, les taux d’inflation en termes de glissement annuel ont dépassé le seuil de 2,0%. Ces taux ont atteint des niveaux record en février 2022. L’inflation a poursuivi sa montée aux Etats-Unis passant de 7,5% en janvier 2022 à 7,9% en février 2022 et a atteint 3,6% contre 2,9% en France. Une accélération plus marquée en Turquie de 54,4% contre 48,7%. Dans la zone Euro, l’inflation persiste au mois de février 2022 au sommet de 5,%.

La publication par l’INS des derniers chiffres de l’inflation en Tunisie vient rappeler le ressenti quotidien de beaucoup de Tunisiens quant à la tendance haussière des prix. Le taux d’inflation a atteint, en mars 2022, 7,2% après 7% en février et 6,7% en janvier. «Cet emballement de l’inflation, survenu après plus de deux années de baisse qui avaient ramené l’inflation à moins de 5%, a lieu sur fond de guerre entre la Russie et l’Ukraine. Néanmoins, d’autres facteurs alimentaient déjà depuis quelques mois le trend haussier de l’inflation».

La Tunisie importe 55% de ses céréales à partir des deux pays belligérants et la Russie fournit aussi des hydrocarbures à notre pays. « Cette année est porteuse de plusieurs risques pour la Tunisie, comme dans beaucoup de pays, dont notamment l’Union européenne, l’Afrique et les pays du Moyen-Orient ».

La Tunisie, importateur net de céréales et d’hydrocarbures aussi bien de l’Ukraine que de la Russie, serait-elle ainsi capable d’assurer ses approvisionnements en matières premières, de faire face aux ravages de l’inflation en 2022 et de protéger sa monnaie ainsi que sa cohésion sociale ?

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