• Un rassemblement ouvrier se tiendra, aujourd’hui, à partir de 9 heures, devant le siège provisoire de l’Ugtt
• Le mouvement du 25-Juillet accuse l’Ugtt de «banditisme» et appelle au boycott de la grève générale

La grève générale des salariés du secteur public (établissements et entreprises publics tels que la Sonede ou la Steg) programmée par l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) pour aujourd’hui, jeudi 16 juin, aura-t-elle lieu effectivement et verra-t-elle les 159 établissements et entreprises, comme détaillé dans le préavis relatif à la grève, débrayer ou assistera-t-on à une solution à la dernière minute de nature à annoncer l’annulation ou le report de  la grève suite à un accord qui pourrait intervenir (dans la nuit de mercredi à jeudi, avant minuit) entre le gouvernement et la Centrale syndicale ouvrière.

Hier, mercredi 15 juin, on a passé toute la journée (ou au moins jusqu’à 17 heures au moment où le présent article était rédigé) à scruter l’horizon et à attendre que la fumée blanche se lève du côté du Palais de Carthage et de La Kasbah, d’une part, et du côté de la place Mohamed-Ali pour nous annoncer que la grève est annulée suite à l’accord tant attendu.

Nasreddine Ncibi, ministre de l’Emploi et porte-parole officiel du gouvernement, a, en effet, laissé planer l’espoir d’une imminente solution en déclarant sur les ondes d’une radio qu’«une rencontre pourrait être tenue au cours de la journée entre les négociateurs du gouvernement et ceux de l’Ugtt ou même qu’un entretien téléphonique ou une rencontre pourraient réunir le Président Kaïs Saïed avec Noureddine Taboubi», secrétaire général de l’Ugtt avec pour objectif principal de parvenir à un accord de dernière minute qui éviterait à la Tunisie les dangers et les dérapages que pourrait susciter la grève générale du secteur public au cas où toutes les médiations se seraient soldées par un échec.

Sauf que Nasreddine Ncibi n’a pas hésité à brandir l’arme de la réquisition à l’intention des grévistes au cas où la grève générale serait maintenue, conformément à ce que prévoit la législation en cours qui stipule que les autorités publiques ont le droit d’obliger les grévistes, via la procédure  de la réquisition, à exercer leurs fonctions en dépit de la grève et à assurer le service minimum à l’intention des citoyens.

Le ministre de l’Emploi a affirmé que «le gouvernement recourra à la réquisition pour assurer le minimum de services publics».

Il ajoute dans une déclaration à l’agence TAP : «Le gouvernement respecte le droit à la grève mais il sera dans l’obligation de recourir à la réquisition».

Une mesure anticonstitutionnelle

Du côté de l’Ugtt, on assure par la voix de Sami Tahri que la centrale syndicale «n’a pas reçu jusqu’à présent une invitation de la part du gouvernement pour tenir une nouvelle réunion de négociation».

Pour ce qui est de la réquisition, Sami Tahri précise : «C’est une mesure anticonstitutionnelle et le service minimum, comme lors des grèves générales précédentes, sera garanti dans tous les secteurs vitaux comme les services de maintenance à la Steg ou à la Sonede ou les services des urgences dans les hôpitaux».

Et le porte-parole de l’Ugtt de rappeler à propos de la réquisition : «Des tribunaux avaient déjà décidé un non-lieu au profit de grévistes qui ont refusé d’être réquisitionnés pour la simple raison que la réquisition est une mesure anticonstitutionnelle et s’oppose au droit syndical garanti par la Constitution».

L’Ugtt mobilise ses structures, d’autre part, en vue de faire réussir la grève générale du secteur public prévue aujourd’hui tout au long de la journée. Elle annonce dans un communiqué de presse : «Un rassemblement ouvrier aura lieu demain (aujourd’hui jeudi 16 juin) devant le siège provisoire de la centrale à l’avenue des Etats-Unis à Tunis, à partir de 9h00».

A la mobilisation de l’Ugtt dans le but de faire réussir la grève générale du secteur répond un mouvement de mobilisation contraire menée par le parti le Mouvement du 25-Juillet. Kamel Harrabi, secrétaire général du parti en question, souligne dans une conférence de presse : «L’Ugtt s’est mobilisée pour faire réussir la grève malgré la spécificité de la situation actuelle. Elle fait du banditisme et le mouvement protestataire est voué à l’échec».

Le parti «Mouvement du 25-Juillet» accuse l’Ugtt de jouer un rôle politique et appelle à boycotter la grève générale prévue pour aujourd’hui. Il n’oublie pas également d’exhorter les autorités publiques «à dissoudre le mouvement Ennahdha et à engager des poursuites judiciaires à l’encontre de ses dirigeants».

Il est à relever que plusieurs associations de la société civile et personnalités politiques ont publié une déclaration de solidarité et de soutien à l’Ugtt face aux attaques dont elle est l’objet.

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