Soucieux de sauver le secteur touristique du problème de l’endettement, le fameux «Livre Blanc» n’a pas donné les résultats escomptés et aucune solution structurelle n’a été prise pour résoudre la crise du secteur.
Quelles sont les mesures qui ont été prises pour restructurer la dette du secteur touristique et quelle est la position du secteur bancaire vis-à-vis du tourisme en Tunisie? Ce sont entre autres à ces deux questions qu’a tenté de répondre le gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), Marouan Abassi, lors de son intervention à un séminaire sur « Le secteur du tourisme : moteur de croissance », organisé mardi au siège de l’Utica.

Une tentative soldée par un échec ?

Abassi indique qu’après plusieurs discussions avec les membres du département du tourisme à la BCT, un constat qui fait froid dans le dos a été établi : la dette du secteur touristique est encore là et rien n’a été fait. Il y a pire : les chiffres annoncés font peur car les dettes classées du tourisme représentent le double de la moyenne dans les autres secteurs à l’heure où les établissements bancaires n’ont pas fait preuve d’un engagement réel puisqu’ils se sont trouvés face à plusieurs problématiques dont un niveau élevé des créances classées, réduction des fonds propres et de la capacité d’octroi du crédit, pression sur les cours des actions…

« Malheureusement, le secteur touristique fait face, aujourd’hui, à un problème d’endettement sans précédent et les créances des unités hôtelières sont devenues un poids lourd non seulement pour le tourisme mais aussi pour les banques et l’Etat…Sur le terrain, rien n’a été concrétisé et les 47 Business Plan qui ont été élaborés dans le cadre du ‘’Livre Blanc’’ sont restés dans les casiers…Récemment, on a découvert qu’une seule unité touristique a bénéficié du Livre Blanc. Ceci nous amène à une conclusion plutôt pessimiste pour le secteur d’une manière générale : le Livre Blanc qui devrait être le sauveur du secteur touristique ne fonctionne pas correctement et aucune solution structurelle n’a été prise pour la restructuration  du secteur», regrette-t-il.

La confiance, l’autre souci…

Dans ce cadre, le gouverneur de la BCT annonce qu’il existe une réflexion sérieuse avec la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH) pour la mise en œuvre du mécanisme “de chef de file” pour gérer les dossiers de financement auprès des établissements bancaires. « Il est vrai que le secteur touristique fait face à un problème d’endettement sans précédent, mais l’absence d’une confiance réelle entre les unités hôtelières et le système bancaire, qui pense toujours que le tourisme est un secteur encore sinistré, constitue un autre problème de taille», souligne-t-il.

Pour ce faire, Abassi a proposé de ramener des fonds d’actions (equity fund) pour avoir les moyens nécessaires pour la restructuration d’un certain nombre d’unités hôtelières. « Avant, il y avait la Banque de développement qui a financé le secteur touristique dans son intégralité. Mais, après sa disparition, les banques commerciales font face aujourd’hui à plusieurs difficultés (chute des recettes en devises, aggravation du déficit commercial, dépréciation du dinar…) et ne peuvent pas accorder des crédits sur des périodes relativement longues », souligne-t-il, ajoutant que la BCT n’a épargné aucun effort pour faire avancer ce dossier et œuvre, actuellement, à développer les législations liées directement au secteur du tourisme.

Adopter deux listes

A une question sur la façon la plus rapide de restructurer le secteur touristique, Abassi a proposé de classer les hôteliers sur la base du remboursement de leurs dettes en adoptant deux listes : la première inclut les professionnels « sérieux » dans le remboursement de leurs dettes cumulées alors que la deuxième sera destinée à ceux qui ne l’ont pas fait. « Une telle mesure permettrait de clarifier la situation des professionnels du secteur, en vue de mieux orienter les financements et les crédits bancaires », précise-t-il.

Il ajoute qu’il est plus que jamais temps de mener une réflexion technique entre les différents intervenants et de traiter les problèmes structurels tout en trouvant des « Fast-Track » pour les questions conjoncturelles. Une telle mesure vise à réfléchir sur les moyens tant pour le financement que le refinancement des opérateurs du secteur touristique selon des maturités plus importantes et donc mieux adaptées à leurs activités.

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