Une source de l’Institut Pasteur fait état d’une hausse des cas de rage pris en charge. Les municipalités sont donc… aux abois !
L’autre jour, l’Institut Pasteur ne désemplissait pas. En effet, nous avons constaté que, outre le beau monde qui y affluait pour les vaccins d’Al Omra et ceux des voyages dans les lointaines contrées du continent africain, pas moins de cinq cas de personnes victimes d’attaque canine ont été enregistrés en l’espace d’une heure! «Du jamais vu, ou presque», note, inquiet, un employé de l’institut, sous couvert de l’anonymat, tout en faisant état, dans un bilan officieux, parce que non encore définitivement établi, d’une hausse des cas de rage pris en charge à l’occasion. Toujours selon notre interlocuteur, «cette hausse remarquable pose un double problème; d’un côté, nous éprouvons ici certaines difficultés pour faire face à ce flux inhabituel, surtout que deux blessés sur trois sont impatients, paniquent et… refusent de faire la queue pour attendre leur tour. De l’autre, nous avons l’impression que les municipalités, disons la plupart d’entre elles, accusent un important déficit, en matière de lutte contre les chiens errants». Ce jour-là, nous y avons relevé un cas pas comme les autres. Il s’agit d’un enfant de 9 ans en pleurs qui crie de douleur. Renseignements pris auprès de ses parents qui l’ont hospitalisé, il s’est avéré qu’il a été mordu, au coin d’une rue du quartier populaire de Séjoumi, par un chien errant. Bilan : trois blessures dont deux aux avant-bras droit et gauche, l’autre ayant touché le poignet de sa main droite. «Heureusement que nous l’avons vite transporté ici», lance son père qui, visiblement pris de rage, a «tenu» à tirer à boulets rouges sur la municipalité de la cité qu’il accuse de laxisme et de laisser-aller dans sa lutte contre les chiens errants. «Venez avec moi, tempête-t-il, pour un tour  dans mon quartier et vous verrez que nous y comptons plus de chiens errants que d’habitants!!». Il est vrai que ce phénomène, bien que vieux de plusieurs décennies, est demeuré terriblement «compétitif», drôlement prospère dans la mesure où en plus de ses fiefs traditionnels qu’il conserve encore dans les cités populaires, il fait également des malheurs dans les zones d’habitation «high» aujourd’hui manifestement contaminées.

Constat d’échec?

Certes, des propriétaires de chiens dans des cas isolés assument une part de responsabilité dans la prolifération de ce phénomène. Mais, la…  part du chien, pardon la part du lion est à décerner aux municipalités qui en sont les principaux vaincus. Gendarme de l’environnement dans son périmètre communal, toute mairie qui se respecte est «condamnée» à mettre tout en œuvre quitte à le faire dans la douleur et au détriment d’autres priorités, pour éradiquer de tels phénomènes. Car il est anormal et  tout à fait révoltant que les meutes canines, dont certaines ont même l’allure de hordes sauvages, continuent, par expéditions punitives à répétition, de semer la terreur auprès des habitants, alors que les municipalités se contentent, ô passivité, d’en prendre acte, sans réagir, sans même se rappeler que des êtres humains dans nos murs sont passés de vie à trépas, après avoir été mordus par des chiens errants! Moralité : quand on sait que deux de nos conseils municipaux d’aujourd’hui excellent plutôt dans l’exhibitionnisme, le «m’as-tu vu», la médiatisation à outrance et la lutte des clans politiques, on ne peut qu’envier les chiens pour leur extraordinaire liberté de manœuvre, tout en regrettant les effets collatéraux du scrutin municipal du 6 mai dernier.

Mohsen ZRIBI

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