QUE va-t-on mettre dans cette inédite Constitution ? En attendant ce que le Président Saïed va entériner, on s’arrête sur cette longue controverse politique sur le rôle de l’Etat selon la Constitution. On reste, hélas, encore cloué sur la transposition classique qui oppose l’Etat régalien à l’Etat providence, et on s’acharne par naïveté ou par mauvaise foi à enraciner des dogmes qui n’ont apporté que des pertes et des dysfonctionnements aux équilibres socioéconomiques de notre pays. C’est que jusqu’à 2022, il y a encore ceux qui pensent que l’Etat doit tout faire, et qu’en vertu du principe de l’Etat « social », on doit accepter une configuration fermée de l’économie où l’Etat bloque l’initiative et subit des pertes dans plusieurs secteurs (et bien sûr des déficits cumulés dans le budget de l’Etat).       

Le monopole pour eux est la forme noble de la protection des droits des contribuables qui bénéficient de la sollicitude de l’Etat à travers cette responsabilité collective dans les dépenses, dans l’octroi des services et dans la protection des risques. Cette notion caduque a été améliorée dans des pays émergents qui ont réussi à trouver des chemins d’expansion et d’intégration économique. Ils l’ont fait en mettant l’Etat comme joker et animateur d’un système socioéconomique où il contribue à l’amélioration des conditions de vie et à faciliter le bien-être social à travers la liberté de créer et le désengagement de certains secteurs pour se consacrer à d’autres tels que la santé et l’éducation. Nous, nous vivons sur les faux souvenirs et les lustres imaginaires des années 60 et 70 où les Tunisiens subissaient les ratages économiques dus à la centralisation et au culte du monopole. Jusqu’à maintenant, on défend naïvement ce faux modèle qui consacre l’économie de rente, la domination de certains « lobbies » et familles sur les branches rentables, et sur le monopole des entreprises publiques en faillite mal gouvernées et sous l’autorité des caprices syndicalistes. Pour nous, c’est l’Etat qui doit tout faire mais, justement, il ne peut plus tout faire. Résultats : on devrait refuser le partenariat avec le secteur privé et les jeunes entrepreneurs en acceptant des pertes et des déficits cumulés financés par un contribuable qui s’acquitte de ses impôts mais qui ne trouve pas des services publics de qualité. Au nom de ces dogmes, on devrait encore vivre les non-sens économiques et le triomphe des inefficiences et de la culture de la supercherie et de l’oisiveté. Les Etas développés ont changé ce modèle, même les pays de l’ex-bloc de l’Est, mais ici, c’est la loi des dogmes, la loi du monopole et de la corruption au nom de faux slogans sociaux. Notre conception du rôle de l’Etat reflète bien ce marasme intellectuel et social aidé sûrement par la dégradation morale et la faillite des politiques et des gouvernements. 

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