LA loi organique n° 2015-46 du 23 novembre 2015 qui vient amender celle de mai 1975, relative aux passeports et documents de voyage, a été publiée au Journal officiel le 27 novembre 2015. Date à marquer d’une pierre blanche. La femme tunisienne est désormais en mesure, à la faveur de cette belle avancée sociétale, d’obtenir le passeport pour ses enfants qui peuvent également voyager avec elle, sans obtenir l’autorisation du père, et ce, indépendamment de la situation du couple, marié ou divorcé.       

Qu’elle soit regardée de travers en réclamant l’application de la loi au poste de police, ou que l’agent chargé de traiter les dossiers ait pris sa journée, voire une semaine, ou que le père ayant refait sa vie ne se soucie guère plus de ses enfants du premier lit, ou qu’il refuse d’accorder son aval, rien que pour embêter son ex, la femme tunisienne est libérée de cette épée de Damoclès.

Après des décennies d’atteintes portées à leur liberté de circuler, et pour cause, nombreuses étaient les mamans qui se refusaient de voyager laissant leurs enfants derrière elles, après des psychodrames et des affaires douloureuses dont les enfants avaient été les tristes témoins, les mères tunisiennes arrachent ce droit. Cependant, la liste des discriminations dont les Tunisiennes font encore l’objet reste longue.

Maintenant, l’article 40, chapitre droits et libertés, de la Constitution de 2014, stipule que « le travail est un droit pour chaque citoyen et citoyenne. L’État prend les mesures nécessaires à sa garantie sur la base de la compétence et de l’équité. Tout citoyen et toute citoyenne ont le droit au travail dans des conditions décentes et avec un salaire équitable ».

Le taux de chômage national établi au premier trimestre de 2022 est de l’ordre de 16,1%, soit 653.200 personnes inactives, donc financièrement dépendantes et socialement exclues. Un chiffre publié par l’Institut national de la statistique, tout juste le 16 mai. Ce pourcentage dans des pays comparables au nôtre est de 12,1% au Maroc et de 9,2 en Égypte, selon les estimations du FMI. En vertu de ce même article du texte fondamental, les chômeurs seraient en mesure de traîner en justice l’Etat tunisien pour manquement à ses obligations constitutionnelles.

Ainsi, garantir les droits économiques et sociaux aux citoyens tunisiens et pousser le chic à l’extrême, en ajoutant ceux culturels et environnementaux, requiert, d’abord et surtout, la nomination de femmes et d’hommes d’Etat aux postes de commandement, et pas seulement, pourvus de grandes compétences, parlant couramment au moins une langue étrangère, ayant le sens du devoir, de l’intérêt public et maîtrisant l’art de la négociation, sachant élaborer des visions stratégiques et les décliner en actions. Parallèlement, il faudra engager l’ensemble du pays dans un processus de réformes systémiques irréversible. Et ne plus entraver la marche du développement par des régressions sociales, en cédant aux sirènes du passé. Un parti pris passéiste est lourd de conséquences sur plusieurs générations. Moralité, cela se saurait s’il suffisait de l’écrire.

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