Au vu des évènements qui s’accélèrent, il était indispensable pour le ministère de l’Intérieur de briser le silence. Menaces sérieuses contre le Président de la République Kaïs Saïed, arrestations, attentats terroristes et risques sécuritaires, le département de l’Intérieur a mis tout, ou presque, au clair.

Lors d’une conférence de presse tenue hier au siège du ministère de l’Intérieur, le département a annoncé le dévoilement de « graves menaces » contre la sécurité du Président de la République. Des menaces à un stade avancé, au point qu’il était indispensable d’en informer l’opinion publique, a laissé entendre la porte-parole du ministre, Fadhila Khelifi, laissant croire à l’implication même de parties tunisiennes et étrangères dans ces desseins noirs.

Le département précise que les investigations sont toujours en cours et que ces menaces sont « très sérieuses », mettant en garde contre toute atteinte à la personne du Président de la République. Le ministère de l’Intérieur a annoncé également avoir fait avorter un attentat terroriste ciblant hier à l’aube un « lieu sensible » dans la capitale Tunis, et que l’auteur de cette opération a été arrêté.

Ces nouveaux rebondissements interviennent dans un contexte politique assez délicat. Alors que le Président de la République tient à aller jusqu’au bout de son projet, l’opposition politique déploie tous les moyens pour s’y opposer. Cibler le Président de la République n’est pas une première. En août dernier, plusieurs interrogations ont surgi suite aux propos du principal intéressé, le Président de la République lui-même  : « Je n’ai peur que de Dieu le Tout-Puissant. Ils envisagent le meurtre et le bain de sang mais si je meurs aujourd’hui ou bien demain, je mourrai en martyr. » Dès lors, le ministère de l’Intérieur a confirmé l’existence d’un plan visant à assassiner le Président. Une enquête judiciaire avait été ordonnée.

Quelques mois avant, soit en janvier 2021, la présidence de la République avait annoncé qu’un colis contenant une substance étrange avait été directement envoyé au Président de la République. On évoquait également une tentative d’empoisonnement du locataire de Carthage.

Ces menaces interviennent alors que la Tunisie s’approche à grands pas de l’organisation du référendum pour connaître le sort de la nouvelle Constitution. Pour les observateurs de la scène nationale, cette tension politique et ce contexte de conflit rendent l’environnement propice à certains plans visant à semer le chaos en Tunisie, mais dans quel intérêt et au profit de qui ? 

Arrestations et affaire de justice

Le département de l’Intérieur s’est également prononcé sur certaines arrestations et affaires en cours. Il est notamment question de l’affaire de l’ancien chef du gouvernement Hamadi Jebali. Pour la porte-parole du département Fadhila Khelifi, son arrestation et sa mise en garde à vue interviennent dans le cadre d’une enquête visant l’association « Namaa Touns » (développement de la Tunisie), après la découverte d’importants flux financiers étrangers sans droit. Elle a fait part de sérieux soupçons de corruption et de blanchiment d’argent.  « Dans cette affaire, plusieurs personnes ont été classées recherchées, dont un ancien responsable politique et le fondateur d’un parti politique », a-t-on affirmé.

S’agissant de l’affaire Instalingo, celle relative à une boîte de production spécialisée dans le digital et la communication numérique, le département explique que l’arrestation de l’ancien porte-parole du ministère de l’Intérieur, Mohamed Ali Aroui, intervient conformément à la loi et aux dispositions judiciaires. « Il a été auditionné comme n’importe quelle autre personne, puis un mandat de dépôt a été émis à son encontre », a détaillé la même responsable.

Et de rappeler que le tribunal de première instance de Sousse 2 a ordonné l’ouverture d’une information judiciaire contre 28 personnes soupçonnées d’être impliquées dans l’affaire Instalingo, société implantée à Kalâa Kebira.

Neuf personnes ont été arrêtées, alors que douze autres ont été inscrites sur la liste des recherchés, a-t-elle encore expliqué, pour des accusations portant sur « un attentat ayant pour but de changer la forme du gouvernement, d’inciter les gens à s’armer les uns contre les autres, à provoquer le désordre, le meurtre et le pillage sur le territoire tunisien », et ce, conformément aux articles 67, 68 et 72 du Code pénal.

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