Il y a quelques semaines, Karim Thlibi a présenté, au Théâtre de l’Opéra de Tunis, une avant-première du psychodrame musical «Tomorrow … Doomsday», une œuvre inédite et particulière proposée par cet artiste spécialiste des bandes sonores et des psychodrames musicaux. Natif du Sud tunisien, Karim Thlibi est l’un des principaux chercheurs et compositeurs tunisiens. Son travail se distingue par sa dimension spirituelle et psychologique et son ouverture à la créativité et  à l’innovation.


«Tomorrow… Doomsday » est un spectacle qui s’inscrit dans le cadre d’une recherche de l’esthétique de la musique tunisienne, selon une perspective dramatique et psychologique, joué par l’Orchestre symphonique, accompagné du chœur et d’une pléiade d’artistes pour l’interprétation vocale et instrumentale, avec effets sonores électroniques et cinématographiques. Rêvé et conçu pour les grandes scènes, ce spectacle ambitionne de rencontrer le public dans les plus grands rendez-vous nationaux et internationaux.

Écriture de la fable : Mohsen Ben Nefissa, film : Abdelhamid Bouchnaq, mise en scène : Walid Daghsni, direction scénique. Entretien.

Comment présentez-vous ce projet ?

«Tomorrow… Doomsday » est un spectacle qui propose un univers,  explore la relation entre la voix et les expressions musicales chargées de sens, de sentiments, de pensées et de résidus, en faisant appel à des structures en rapport avec l’énergie psychologique racontant un corps dans sa temporalité et sa dimension dramatique dans une écriture purement expressionniste, sans surcharge, sans emphase selon des intentions dramatiques précises.

Vous proposez un univers particulier à travers musique et voix, d’où vient cette propension ?

Le monde de la musique offre une multitude de choix et de chemins à emprunter. Mais, me concernant, la musique, à elle seule, dépasse toutes les langues et se suffit à elle-même. La musique n’est pas contrainte d’accompagner la parole. La chanson n’est pas la finalité ni une obligation. La musique est un corps autonome qui exprime des sentiments et sensations aussi bien intenses que contradictoires. La large palette de son expressivité lui permet d’embraser le monde, de le dire, le raconter, l’emporter et surtout le transmettre à un auditoire prêt à l’accepter et à le recevoir.

Cette œuvre aussi est une histoire qu’on raconte en images, l’image d’une femme dans une gare de train…Est-elle votre point de départ ?

L’image de cette femme, pour moi, synthétise le monde, on regarde le monde à travers son regard. Elle devient aveugle et elle se libère du regard des autres et trouve que le monde sonore est plus équitable et plus juste que le monde visuel. Son Doomsday n’est pas une fin, c’est une naissance, un renouveau. Un personnage observateur dont le corps tend à disparaître et l’âme continue son élévation.

Le conte, à travers l’image, est fortement présent, alors que vous revendiquez la libération ou l’affranchissement de la musique… Comment l’expliquez-vous ?

Je revendique l’autonomie de la musique de la parole et du langage, mais pas de mon imaginaire, cet imaginaire que j’ai construit à travers ce personnage réel que je croise régulièrement dans la gare du train à chacun de mes voyages hebdomadaires. C’est un corps vivant qui se rencontre avec la froideur du fer et de la machine. Une évocation d’un monde qui l’entoure et m’entoure. Des images multiples qui ont inspiré l’écriture musicale, une réflexion qui dépasse l’anecdotique et va vers une sublimation.

La représentation à laquelle nous avons assisté au théâtre de l’Opéra est-elle la version finale du projet ?

Nullement, une avant-première dans le monde de la musique, c’est un test musical, une manière d’expérimenter pour se lancer dans une autre couche d’écriture plutôt scénique.

C’est une expérimentation, en attendant de fignoler le visuel. Le psychodrame musical est un genre difficile qui nécessite dosage et réflexion. Cette première représentation est le moteur essentiel pour mettre en place le spectacle final. Pour la première, j’œuvre à un équilibre suivant une énergie des scènes.

L’objectif est une harmonie complète entre les différents éléments qui, chacun apportera une pierre dans un édifice qui sollicite, l’ouïe, le regard, les émotions qu’on apprécie et invite à la réflexion.

Comment trouvez-vous l’équilibre entre toutes ces personnalités qui interviennent avec leurs visions et sensibilités aussi diverses?

Nous sommes tous réunis autour et au service du sujet et du projet. Et j’ai compté sur la sensibilité et l’adhésion de mes collaborateurs pour aller tous dans le même sens. C’est un travail réfléchi et cette recherche s’appuie sur ces diversités. La musique reste la locomotive de toute la création, avec un choix des voix selon les timbres et les identités.

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