Les initiatives prises par l’Institut Français de Tunisie entretiennent la francophonie et consolident l’enseignement de la langue française sur tout le territoire tunisien mais également à l’étranger. Le directeur de l’IFT, Hubert Tardy-Joubert, revient sur les accomplissements, partage une vision globale future en soulignant les enjeux majeurs cruciaux pour l’institution. Entretien.

L’Institut Français de Tunisie vit au rythme de nombreux événements. Votre participation remarquée au festival «Etonnants voyageurs» à Saint-Malo compte parmi les derniers en date… 

C’est un festival international de littérature qui part du principe que la langue française est une « langue Monde», qui ne concerne pas uniquement des auteurs français mais également de nombreux autres venus des quatre coins du monde. «Etonnants voyageurs» existe depuis longtemps. On a noué des liens avec l’équipe du festival à l’occasion du «Congrès mondial des écrivains français » qui s’est tenu en septembre dernier à Tunis. Dans le cadre de ce congrès, on avait pensé à une participation des écrivains tunisiens à Saint-Malo, avec des éditeurs, écrivains, cinéastes qui a finalement vu le jour. Là-bas, les écrivains tunisiens ont rencontré le public, participé aux activités du festival, discuté avec d’autres écrivains venus d’autres horizons, présenté leurs projets et leurs visions de la Tunisie pendant quelques jours. Ces mêmes participants-écrivains appartiennent à plusieurs générations : ils défendent différentes problématiques, ont différents points communs, mais ensemble, ils traitent de la Tunisie contemporaine. Tout le monde peut ainsi voir à quel point la littérature francophone peut raconter la société tunisienne. Il y avait quelques maisons d’éditions tunisiennes qui ont pu présenter leurs ouvrages et obtenir de potentiels partenariats entre maisons d’éditions tunisiennes et francophones. La diffusion des auteurs tunisiens au-delà de la Tunisie reste essentielle.

«Le français : langue Monde» : les évènements littéraires font partie intégrante de votre programmation et sont de plus en plus visibles en ligne ou en présentiel. Est-ce une manière d’entretenir la francophonie ?

La Langue française se joue dans les classes. C’est, certes, une langue d’enseignement en Tunisie, mais l’entretenir en dehors des salles des classes est tout aussi important : les conversations quotidiennes, le fait de lire, d’entretenir ce rapport à la culture francophone dans sa diversité est crucial. Nous accueillons des écrivains francophones, français et venus d’autres horizons ici à l’Institut Français de Tunisie pour qu’ils puissent parler de leurs livres, rencontrer leur public et pour qu’ils organisent des tournées ailleurs qu’à Tunis, dans les régions, en bénéficiant de cette diversité du public et des lieux pour présenter leurs ouvrages. «Le prix Goncourt : choix de la Tunisie» s’est tenu il y a quelques mois avec 400 lycéens de différents lycées tunisiens. C’était extraordinaire de voir ces lycéens défendre leurs livres préférés devant un jury. Il y a aussi «Le concours de l’éloquence», organisé en collaboration avec l’Atpf (Association tunisienne des Professeurs de français). On propose un sujet à des lycéens et collégiens tunisiens à traiter et à présenter ensuite, face à un jury. On désigne au final un lauréat. Le concours des médiathèques est en cours aussi. A Kairouan, une action autour de la lecture a été menée avec succès et qui consiste à inciter la jeunesse de Kairouan à la lecture et à l’emprunt et aux échanges de livres. L’action s’appelle «Mon été en livre à Kairouan». C’est une manière de dynamiser la pratique de la langue française.

«La nuit des Idées » est désormais un événement annuel prisé. Quelle importance revêt son maintien ?

L’IFT travaille toujours en partenariat et « La nuit des idées » permet d’agir en réseau à l’échelle du territoire tunisien : à Sousse, Sfax, Bizerte, Kairouan, Gafsa, Djerba. Des programmes autour du thème « Reconstruire ensemble » ont été proposés et à Tunis, on a travaillé en réseau avec différents partenaires. On a commencé à la Médina en valorisant le patrimoine, l’histoire, en passant ensuite dans des lieux d’art à Tunis, en évoquant l’architecture et diverses thématiques… On essaie de susciter un dynamisme culturel et de travailler surtout de manière collective.

Depuis votre prise de poste, votre vision future de l’Institut Français de Tunisie s’inscrit-elle dans une continuité ? 

Il y a des initiatives qui restent forcément dans l’ordre de la continuité. La coopération s’inscrit sur la durée. Il y a celles portées précédemment et récemment et qui méritent d’être poursuivies. Notre vision première est de travailler avec et pour la jeunesse tunisienne. C’est notre public cible et notre priorité. De travailler avec cette jeunesse dans tout le territoire et non pas seulement à Tunis. On est dans pas moins de 16 endroits du pays. Nous tenons à toucher la jeunesse des régions et de l’intérieur en inscrivant cette culture francophone et en la consolidant à travers l’élaboration de plusieurs initiatives mais aussi à travers des tournées. En 2023, la décentralisation prendra davantage effet sous un format innovant.

L’institut Français de Tunisie est présent à Sousse et à Sfax également. Est-ce qu’il s’agit d’une dynamique de travail autre ?

Elle s’inscrit dans un cadre général : celui de la coopération culturelle. En fonction de la singularité du public sur place, ils peuvent monter des actions régulières. Des projets sont en cours de concrétisation : l’année prochaine aura lieu l’inauguration du nouvel Institut Français à Sousse. Beaucoup plus spacieux avec un centre de langue, une salle de cinéma, un espace Campus France, une grande médiathèque… Un espace qui permettra de réagir d’une manière beaucoup plus impactante à l’échelle locale.

Quel rôle joue l’Institut Français de Tunisie dans la consolidation de l’enseignement de la langue française dans le pays ? 

Il y a plusieurs modes d’action : il y a les activités du centre de langues de l’Institut Français qui donnent des cours de langues avec des certifications adressées à un public scolaire, de jeunes adultes et à des professionnels des entreprises, désireux de renforcer les compétences en langue française des salariés. Les réseaux des écoles à programme français en Tunisie : le réseau «Tunisie pilote» compte plus de 17.000 élèves tunisiens scolarisés dans ces écoles réparties dans tout le territoire tunisien. Une coopération / dialogue diplomatique avec le ministère tunisien de l’Education est en cours de développement : il aura pour objectif de consolider l’enseignement de la langue française.

Le 18e sommet de la Francophonie à Djerba est attendu pour les 19 et 20 novembre 2022. Pouvez-vous nous en dire davantage sur votre apport à cet événement ?

C’est un sommet organisé par les autorités tunisiennes. On est susceptible de répondre à certaines demandes des autorités, de contribuer à renforcer notre participation au pavillon français à Djerba et de faire des propositions dans le cadre de la programmation. On y travaille de notre côté, et c’est en cours de finalisation. Dès septembre, on s’inscrira dans une dynamique de communication autour du «sommet». La thématique du sommet a trait au numérique et à son lien à l’éducation, il y aura une programmation tournée sur ce volet. Les outils numériques et digitaux qui visent à renforcer l’enseignement de la langue française seront mis en avant. Nous mettrons aussi en valeur la poésie francophone sans oublier l’élaboration d’une programmation musicale et la participation d’auteurs et écrivains.   

Qu’avez-vous de prévu pour la rentrée de 2022 ?

L’un des événements majeurs qui verra le jour dans le cadre de la programmation de la rentrée c’est l’organisation d’une biennale internationale de photographie «Jaou Photo», organisée avec la fondation Kamel Lazaar, et qui aura pour thème «Le corps dans tous ses états». C’est un événement qu’on construit de manière partenariale avec de grands noms internationaux de la photographie et de l’art contemporain. Il y aura des commissaires de renom. Des expositions dans l’espace public seront organisées afin d’atteindre le grand public. L’enjeu c’est de pouvoir mettre en relation les photographes tunisiens avec la scène internationale en faisant ainsi en sorte que les professionnels tunisiens rencontrent leurs confrères à l’étranger : symposiums, débats, expositions, vernissages sont attendus. Nous essaierons de faire de Tunis une «capitale de l’Image».

Le 29 juin 2022 est une date consacrée à un autre axe tout aussi majeur pour l’Institut Français, autour du renforcement de la société civile…

Il s’agit de l’événement «Initiatives : partenariats et programmes européens avec la société civile», qui se tient à l’occasion de la clôture de la Présidence française du Conseil de l’Union Européenne, organisé à l’IFT de 15h00 à 22h00. On rassemblera des partenaires européens et des organisations de la société tunisienne, toujours afin d’appuyer le tissu associatif et l’engagement de la société civile. L’événement est ouvert au public.

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