L’objectif était de débattre des impacts générés par l’écosystème durant les dix dernières années en vue de retracer une vision commune et des perspectives prometteuses pour le futur…

Pour annoncer le lancement du projet MedRiSSE sur l’économie sociale et solidaire (ESS) et l’innovation  — cofinancé par ENI CBCMED — et la clôture du projet MedUP, pour la promotion de l’entrepreneuriat social en Méditerranée — cofinancé par l’Union européenne —, le Centre tunisien pour l’entrepreneuriat social (Tcse) vient d’organiser récemment à Tunis une conférence-débat sur le futur de l’économie sociale et solidaire. L’événement a été organisé en partenariat avec la Fondation Friedrich-Naumann pour la Liberté, l’Assemblée de coopération pour la paix (ACPP) et l’organisation Oxfam Tunisie. Il a ciblé notamment les entrepreneurs sociaux (hommes et femmes), les acteurs publics, les institutions financières et les structures d’appui à l’entrepreneuriat social, en leur offrant des séances d’échange et de dialogue. Des experts de Jordanie, de Palestine, de Grèce, d’Espagne et du Portugal sont aussi venus enrichir le débat et présenter leurs propres expériences afin d’en tirer les meilleurs enseignements.

Quels impacts générés et quelle vision pour le futur ?

En effet, en plus des panels, workshops et sessions de networking, des études récentes réalisées par le Tcse et ses partenaires ont été présentées en mettant en lumière les principales constatations et recommandations.

Dans ce cadre, Asma Mansour, présidente du Tcse, a précisé que le Centre tunisien pour l’entrepreneuriat social est engagé activement, depuis une dizaine d’années, pour soutenir le développement social et économique en Tunisie, à travers le renforcement d’un écosystème de l’innovation et de l’entrepreneuriat social. « Nos activités de promotion, d’encadrement et de soutien aux jeunes entrepreneurs sociaux (hommes & femmes) dans les diverses régions de la Tunisie ont pu créer, à cet égard, une dynamique de changement et des incitations de proximité favorables à la réalisation de projets à fort impact sociétal et/ou environnemental », a-t-elle souligné.

Un avis partagé par Oumaima Jegham, chargée de plaidoyer auprès d’OXFAM Tunisie, qui a ajouté qu’on fait face, aujourd’hui, à plusieurs défis liés notamment au cadre juridique et incitatif régissant l’ESS. «Mais l’autre défi qui s’impose est celui du manque de mécanismes de soutien, d’information, d’encadrement dans les régions diverses et d’accès au financement ».

Pour sa part, José María Ruiberriz, de l’Assemblée de Coopération pour la Paix (ACPP), a indiqué que les villes et les municipalités ont un rôle extraordinaire à jouer dans la promotion de l’ESS à travers la coproduction de politiques publiques, en exploitant leur potentiel pour relever le défi du développement socialement durable. « Ces dernières ont de multiples façons pour promouvoir la collaboration et le travail collectif avec les écosystèmes de l’ESS… Cette conférence nous a permis de présenter des expériences réussies dans d’autres pays dans des domaines variés, tels que l’éducation, les services sociaux, les soins de santé et la durabilité environnementale. Dans la région méditerranéenne et au-delà, plusieurs villes ont trouvé des moyens imaginatifs et participatifs pour construire cette coopération grâce à un environnement fructueux entre les interventions publiques et privées basées sur la confiance mutuelle et la prise de décision partagée », a-t-il encore précisé.

La genèse et le fort potentiel de l’ESS

Durant ces dernières années, le secteur de l’économie sociale et solidaire a connu une croissance remarquable aussi bien au niveau national qu’international. En effet, la résolution des problèmes sociaux est devenue possible grâce à des initiatives qui allaient au-delà des efforts individuels, pour engager des communautés et des institutions en quête d’un changement positif.

Dans ce cadre, diverses initiatives lancées à petite échelle dans les régions se sont axées sur la résolution de problèmes sociaux, environnementaux et culturels. Différentes structures d’appui et plateformes d’accompagnement ont été créées à cette fin et plusieurs projets ont été développés par de jeunes entrepreneurs leaders et socialement engagés. Et donc, les synergies au sein de l’écosystème local ont contribué à l’émergence de collaborations multiples réunissant des acteurs locaux et internationaux.

Par ailleurs, la création d’entreprises sociales et leurs impacts générés contribuent pleinement ou partiellement à la réalisation des 17 Objectifs de développement durable des Nations unies (ODD 2030), étant donné que les entreprises sociales créent de l’emploi et de la richesse, réduisent la pauvreté, notamment dans les régions les plus défavorisées, assurent l’intégration sociale des couches vulnérables et minimisent les inégalités de genre.

Un autre élément de la même importance est que les modèles des entreprises sociales sont généralement innovants car ils n’ont pas pour finalité la recherche du profit pur, mais doivent combiner entre un objectif d’impact social et de durabilité économique. A titre d’exemple, plusieurs startup tunisiennes ont utilisé des TIC pour développer leurs projets à impact social. Ce type de projets pourra offrir des emplois pour des jeunes, notamment les diplômés de l’enseignement supérieur. En outre, les entreprises sociales intègrent des marchés auparavant sous-explorés ou mal desservis en Tunisie, comme l’éducation, l’intégration sociale ou la santé qui sont traditionnellement dominés par le secteur public. Et donc, l’impact social généré par l’entreprise peut constituer un effet d’entraînement dans le sens où il pourra inciter d’autres entrepreneurs à créer des projets pour contribuer à amplifier l’impact et résoudre la problématique qui se pose.

Finalement, mais pas moins important, l’entrepreneuriat social permet d’offrir de meilleures opportunités pour la création de projets portés par des femmes, qui ont un impact direct sur des secteurs traditionnellement à forte dominance de main-d’œuvre féminine et vulnérable, tels que l’agriculture ou l’artisanat, ce qui permet dans ce cas de générer des revenus durables pour ces femmes et assurer leur autonomisation économique…

 


Quelles recommandations pour un futur meilleur ?

Durant la conférence, les acteurs, entrepreneurs sociaux et experts réunis ont proposé une série de recommandations pour améliorer l’écosystème de l’entrepreneuriat  social à l’avenir. A cet effet, on a proposé d’améliorer le cadre légal, la réglementation et les mécanismes d’appui à l’entrepreneuriat social, l’ESS et le Crowdfunding. On a aussi proposé de promouvoir l’offre et la demande en termes de financement des projets d’entrepreneuriat social dans les régions diverses et d’impliquer les jeunes (hommes & femmes) afin de favoriser une culture entrepreneuriale et de l’innovation dans les régions. Il faut également lever les barrières légales au développement de la finance et développer l’offre publique de financement de l’entrepreneuriat social, avec la conception des programmes spécifiques à l’entrepreneuriat social féminin. On a aussi recommandé de renforcer le rôle des banques et des fonds publics ou privés pour le financement des meilleures initiatives d’entrepreneuriat  social, de développer des réseaux d’appui, de formation et d’accompagnement aux entreprises sociales, par les acteurs publics, privés et associatifs, de promouvoir l’information et la communication sur les opportunités et mécanismes de financement ou de soutien à l’entrepreneuriat social…


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