C’est l’une des figures de proue du handball tunisien du temps de ses splendeurs.


tarSon palmarès est d’autant plus étoffé, qu’en plus de plusieurs doublés remportés avec l’EST, Mohamed Lassoued Klaï a été trois fois sacré champion d’Afrique des nations en 1972, 1976 et 1980, participant à deux Olympiades en 1972 à Munich (Allemagne)et en 1976 à Montréal (Canada), et à deux Jeux méditerranéens en 1975 à Alger et 1979 à Split (ex-Yougoslavie), en plus de quatre championnats arabes remportés avec le Sept national.

Ce commerçant en quincaillerie, père de deux enfants, a été un baroudeur hors pair, disposant d’un sens prononcé de l’efficacité: meilleur buteur du championnat d’Allemagne 1975 avec 122 buts; plusieurs fois meilleur buteur du championnat de Tunisie; meilleur joueur 1975 de la région de Hesse, en Allemagne; retenu dans le Sept idéal du championnat d’Allemagne. Né au Kef le 25 février 1953, il a signé sa première licence en 1965 pour l’équipe minimes de l’Asptt où il évolua avec les seniors de1969 jusqu’en 1971. Avant de passer en Allemagne (de 1972 jusqu’en 1978 : Steinheimer, puis une dernière saison à Bonn). En 1979, il rejoignit l’EST jusqu’en 1984, terminant sa carrière à Abu Dhabi pour une saison.

Dites-nous d’abord, avez-vous gardé des liens avec l’Espérance et le handball ?

Oui, je suis de près la vie de mon club d’autant que je vais presque quotidiennement au Parc parce que mon fils Yassine Klaï (je porte deux noms de famille : Lassoued et Klaï) évolue avec l’équipe de handball. On m’avait, par le passé, proposé de m’occuper de la section des jeunes, j’ai refusé parce qu’il vaut mieux garder une certaine distance. Mon caractère est un peu difficile. Je ne suis pas tellement un homme de compromis. Ce qui appartient à César doit nécessairement lui revenir. Or, de notre temps, cela n’est plus tellement valable.

Justement, que pensez-vous de la situation actuelle du handball à l’EST ?

La stratégie actuelle suivie par les grosses cylindrées me déplaît énormément. On ne trouve plus dans l’équipe seniors des enfants du club. On recrute tous azimuts sans pour autant gagner des titres. L’Espérance doit revenir aux vertus de la formation.

Au départ, vos parents vous ont-ils encouragé à pratiquer le sport ?

Loin s’en faut. Ma famille n’était pas sportive du tout. Mon père Mohamed était menuisier avant d’intégrer la Steg. Lui et mon frère Messaoud m’ont interdit de pratiquer le sport, mais je le faisais à leur insu. J’ai dû, à un certain moment, arrêter de m’entraîner. Mon entraîneur à l’Asptt, Haj Abdelhamid Telmoudi, était venu en demander la raison auprès de mes parents. Ils lui ont dit : «Si vous voulez qu’il joue le hand, trouvez-lui un boulot !». C’est ainsi que Mme Sarfati, qui commandait à l’Asptt, avec les Antoine, Jojo, Zitoun, Ghachem… m’intégra au Magasin général. Avant que je parte en Allemagne pour signer avec Steinheimer.

Quels furent vos entraîneurs ?

Haj Abdellatif Telmoudi, qui me fit signer à l’Asptt alors que Hachemi Razgallah évoluait avec l’équipe seniors, disait qu’un tel gaucher était une manne du ciel. Il y eut au départ Hedi Ghariani qui m’apprit les secrets du HB dans une école primaire de Sfax, Said Amara, Ion Popescu, Brahim Riahi, Hachemi Razgallah, Abdelaziz Sfar et Firan Haralambi, notre sélectionneur venu de Roumanie. Il m’apprenait certaines règles inscrites sur des bouts de papier : quand il faut shooter, quel genre de passe adresser…

Avez-vous pratiqué d’autres sports ?

Au départ, j’étais gymnaste et footballeur. Je dois reconnaître que ce passé d’ancien gymnaste m’a beaucoup aidé au moment de chuter, de sauter très haut… Tout jeune, j’ai en effet pratiqué le football. Abderrahmane Ben Ezeddine m’a même convoqué dans la sélection minimes du Nord-Ouest puisque je suis né au Kef alors que ma famille descend de Bouargoub, dans le gouvernorat de Nabeul. J’ai également fait de l’athlétisme, avant d’apprendre le hand dans une école de Sfax quand mon père fut nommé là-bas durant deux ans. C’est notre maître de sport, Hedi Ghariani, qui m’apprit l’ABC de ce sport nouveau. Avant que Said Amara ne me convoque dans la sélection régionale. Toute ma carrière durant, on me prenait en individuel, et on exerçait sur moi un marquage strict. Mes entraîneurs m’ont appris comment y échapper.

Quels furent vos compagnons à l’Espérance ST ?

Faouzi Sbabti, feu Moncef Besbès, Khaled Achour, Hafsi, Naceur Jeljeli, Nejib Glenza, Lotfi Rebai, Mondher Landolsi…

Vous avez vécu un tas de derbys de la capitale. Comment étaient-ils ?

Une question de vie ou de mort. Heurtés, violents, à la limite sanguinaire. Le sang y coulait: un nez cassé, une arcade ouverte, un œil tuméfié. J’ai vu le médecin appliquer à un joueur deux ou trois points de suture au bord de la touche sans anesthésie. C’était une ambiance de corrida, de western, de règlement de comptes.

Un souvenir de cet aspect cruel, presque barbare ?

Une fois, le Clubiste Raouf Ben Samir a été expulsé par l’arbitre qui était étranger. Eh bien, il a refusé de quitter le terrain. Il a fallu l’intervention de son entraîneur Hedi Malek et toute sa faculté de conviction pour le faire changer d’avis. Après le match, il se trouvait là devant les vestiaires, flanqué de son frère Taoufik. Ils avaient des comptes à solder avec moi. Il a fallu l’intervention des dirigeants pour éviter le pire. Avant le derby, il y a tout un rituel: on inonde de parfum d’encens les chambres d’hôtel où nous effectuons le stage, mais également les vestiaires. On y verse de l’eau de mer. La veille, on va à Sidi Belhassen faire la prière. On porte les mêmes vêtements qui nous avaient porté chance la fois précédente. Bref, cela confine au mysticisme.

Pourquoi n’avez-vous pas suivi une carrière d’entraîneur ?

Quand il fallut le faire, ce métier ne rapportait pas grand-chose, juste 200 ou 300 dinars. Entraîner aurait pu gêner mon boulot de commerçant en quincaillerie. Mais lorsque je pense aux salaires servis actuellement aux entraîneurs, aux montants de 20 mille dinars par mois…, je me dis que j’étais passé à côté de quelque chose d’intéressant.

Que représente pour vous la famille ?

Ma raison de vivre. J’ai épousé Lamia en 1993. Nous avons deux enfants : Yassine et Youssef.

Quels sont vos hobbies ?

J’aime suivre les finales nationales non seulement de handball, mais également de lutte, de judo, d’escrime… A la télé, je regarde les parties de hand sur beIN Sport. En revanche, j’ai horreur des débats politiques ennuyeux à en mourir. Les gens qu’on y invite me paraissent très prétentieux. C’est comme s’ils inventaient la roue…

A votre avis, est-il si difficile que cela de réussir en même temps sport et études ?

Oui, parce que le sport de haut niveau demeure très exigeant. J’ai dû arrêter mes études au niveau de la quatrième année secondaire. A l’EST, nous avons un exemple de double réussite : Faouzi Khiari devenu médecin.

Si vous n’étiez pas dans le sport, qu’auriez-vous fait dans la vie ?

J’aurais sans doute suivi le parcours d’immigrés de mes trois frères, tous partis travailler en France dans des chantiers. Ils vivent toujours là-bas.

Enfin, que représente pour vous l’Asptt ?

Une seconde mère. J’y ai passé juste deux saisons. On me lança dans le grand bain des seniors alors que j’étais encore cadet.

Et l’Espérance ?

Un second père. Notre président Hassène Belkhodja nous a octroyé, chacun des sept joueurs rentrants, une maison à la cité El Ghazala que nous avons dû par la suite payer de notre argent. On cherchait à assurer notre reconversion, et à nous garantir une vie décente, une fois notre carrière sportive terminée.

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