Quand est-ce que l’Aire marine protégée de Zembra sera vraiment protégée et gagnera l’attention des multiples organisations étatiques, responsables de sa protection, sa conservation et son gardiennage ? 

Le président de l’Association Tunisie écologie, Abdelmajid Dabbar, a dressé un triste constat sur l’île de Zembra, qui se plaint de la disparition de certains monuments archéologiques, dont ses mosaïques en raison de la proximité avec la mer et du manque d’entretien. Dotée d’un écosystème spécifique et assez fragile, l’île de Zembra est classée par l’Unesco, depuis janvier 1977, comme aire protégée. Mais, aujourd’hui, ce joyau est abandonné par les responsables politiques et les ONG responsables de la protection de la nature, alors que la préservation du patrimoine maritime est une condition indispensable au développement touristique de la Tunisie et plus généralement de l’économie bleue.

En effet, bien que Zembra jouisse ‘’sur papier seulement’’ d’une protection intégrale où toute activité sur 1,5 mile marin (presque 2 km), tout au tour de l’île, nécessite une autorisation spéciale, pendant la période de l’Aïd, plusieurs visiteurs spontanés sur des embarcations privées à moteurs hors-bord ont ramené des plongeurs en apnée et avec bouteilles d’air comprimé. « Ces derniers sont en compétition pour ramasser tous les poissons… Ces gros poissons, s’il  en reste encore, vont se reproduire et leurs progénitures vont gagner nos côtes pour être pêchés… Quand ces géniteurs vont enregistrer une disparition certaine, il n’y aurait plus rien à pêcher et nous n’aurons rien dans nos assiettes », regrette-t-il.

Une présence innombrable de chats

M.Dabbar ajoute que cette aire marine protégée souffre d’une importante présence de chats, introduits récemment par l’homme. « Personnellement, j’avais compté 46 chats en 2020 alors que  l’association ASPEN de Haouaria et l’Apal les estiment à plus d’une centaine. C’est exagéré comme nombre de chats qui vivent, selon des études faites par les experts du Littoral Français à 50% de la population des lapins de garenne, cette espèce qui n’existe nulle part en Afrique, seulement à Zembra depuis plus de 15 siècles, introduites probablement de l’Espagne par les pirates. Ces chats se nourrissent aussi de la colonie de Puffins Cendrés qui a élu Zembra comme le plus important lieu de nidification dans toute la Méditerranée. Une population de plus de 32.000 couples sur une île de 389 ha, qui sont chez nous du mois de mars à fin septembre, et qui donne un seul et unique œuf par nid, jamais remplacé en cas de perte », explique-t-il.

Face à ce constat alarmant, M.Dabbar lance un cri d’alarme et plaide pour chercher des solutions et veiller à la pérennité des ressources naturelles et halieutiques en général et de notre patrimoine insulaire en particulier, qui est notre affaire à tous. « Dire la vérité ne va pas plaire aux uns. Mais en l’absence d’un  organisme étatique pour la préservation de nos aires marines protégées, loin du bricolage des amateurs auxquels nous ne pouvons  reprocher des dépassements faits par les visiteurs spontanés, j’espère que mon appel ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd », souligne-t-il.

Et là, il n’est pas inutile de rappeler qu’en Tunisie, les 1.300 kilomètres de côtes méritent d’être placés parmi les priorités de la politique de sauvegarde des richesses naturelles du pays, car tous les écosystèmes nécessitent la préservation et une nouvelle stratégie de conservation depuis le milieu dunaire du Nord tunisien jusqu’au saharien. Le jour où les Tunisiennes et les Tunisiens comprendront l’importance, la nécessité et l’urgence de ne rien laisser après leurs passages que ce soit sur la plage, dans les forêts, dans la rue, dans les campagnes ou dans les endroits les plus beaux, alors notre Tunisie sera sauvée car, pour l’instant, malgré que certains essaient de protéger la nature, d’autres la détruisent seulement par fainéantise de jeter simplement leurs déchets dans une poubelle. On ne comprend pas ce désintérêt alors que la Tunisie mérite beaucoup mieux.

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