«La continuité et l’implication de toutes les parties prenantes sont les facteurs de réussite de la lutte contre ce destructeur»

Le charançon rouge menace nos palmiers. Avec l’augmentation des températures, son danger plane, de nouveau, sur les palmiers d’ornementation du centre-ville et des zones urbaines se trouvant à la périphérie de la capitale.Il a, également gagné du terrain progressant vers Bizerte, Nabeul et Zaghouan. Signalé pour la première fois en décembre 2011 à Carthage, le charançon rouge, originaire de l’Inde, introduit en Tunisie par le commerce parallèle des plants, s’est répandu dans le Grand-Tunis. Sa larve inflige des dégâts irréparables en se nourrissant de l’intérieur du tronc de l’arbre jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Des cris d’alerte ont été lancés récemment par des représentants de la société civile, de peur que cet insecte ravageur attaque les palmiers dattiers. Avec ses 5,4 millions de palmiers et 400 oasis, le secteur joue un rôle important dans le sud tunisien. Il emploie 60 mille agriculteurs. Il occupe le deuxième rang au niveau des exportations des produits agricoles après l’huile d’olive et représente 16 % des valeurs d’exportations.

Rencontré dans son bureau au ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de Pêche, M. Imed Jaouadi, sous-directeur de la Protection des végétaux, du contrôle et de la qualité (Dpvcq) souligne qu’on est en train de combattre un terrorisme biologique. «On lutte, actuellement, contre plusieurs insectes qui peuvent nuire à notre agriculture. L’introduction des végétaux d’une manière illicite et en dehors des circuits contrôlés peut être un vrai danger pour toutes les filières. Actuellement, le charançon rouge est au nord du pays. Le sud n’est pas touché», confie M. Jaouadi.

Toutefois, notre interlocuteur confirme que le charançon rouge est un insecte difficile à éradiquer. Du point de vue biologique, ce ravageur est un insecte endophile. Il se développe à l’intérieur du palmier.  Une détection précoce de ce ravageur est difficile car il existe peu de symptômes visibles qui montrent que l’arbre est attaqué. Cet insecte et après accouplement, pond entre 200 et 300 œufs et peut avoir jusqu’à trois cycles par an. «Un autre point s’ajoute pour rendre cette  lutte contre le charançon rouge plus compliquée. Cet insecte, est apparu et s’est propagé dans le milieu urbain. Les gens sont parfois moins coopératifs», explique le responsable. Concernant les mesures prises pour lutter contre ce fléau, M. Jaouadi a indiqué que le ministère a adopté plusieurs méthodes pour résoudre cette problématique. En 2015, une stratégie nationale pour la préparation de l’éradication du charançon rouge a été lancée. «Il s’agit d’une stratégie de lutte intégrée. Elle s’étend de janvier 2016 jusqu’à octobre 2018. Ladite stratégie a réuni toutes les parties prenantes dans la lutte contre ce ravageur. Tous les axes ont été bien élaborés notamment le côté législatif avec l’adoption d’une loi pour la lutte biologique contre le charançon rouge. La stratégie repose sur l’interdiction du transport du palmier des zones contaminées dans les zones saines», ajoute M. Jaouadi.

La stratégie s’est intéressée à d’autres axes comme le traitement, la vulgarisation, la recherche scientifique et la sensibilisation. A la fin de 2018, il y a eu une évaluation suivie d’une réunion avec tous les intervenants.

«Après évaluation, on s’est rendu compte que le ministère de l’Agriculture ne peut pas combattre cet insecte tout seul. Toutes les parties prenantes sont impliquées, notamment les municipalités, les ministères de la Défense, de l’Intérieur, de l’Environnement, ainsi que la société civile et les syndicats. La réunion a débouché sur plusieurs propositions». Il s’agit, notamment, d’impliquer le ministère de l’Environnement pour réintégrer sa coopération, d’activer les journées de formation et de communication, insister sur la coopération entre les différents services concernés par la lutte contre cet insecte. Suite à cette réunion, des consignes très strictes ont été données aux commissariats régionaux à l’agriculture (CRDA) pour créer des cellules en charge de la lutte contre le charançon rouge.

«Nous avons constaté, également, la nécessité d’utiliser des drones de la Sonaprov (Société nationale de protection des végétaux) pour faciliter la prospection et le traitement biologique. Les pourparlers sont en phase finale pour obtenir l’autorisation. Notre travail ne s’arrête pas là. Au mois de mars dernier, une équipe de notre direction a établi une stratégie de prévention contre l’introduction du charançon rouge dans le sud. Quoique nous n’ayons pas encore reçu de financement, nous avons déjà commencé le travail. Nos équipes sont très attentives. Elles exercent sur le terrain et suivent la situation de près. Nous avons créé des zones tampons».

Ce qui est important, d’après notre interlocuteur, c’est qu’il y a des histoires de réussite. Actuellement, il n’y a plus d’insectes dans la banlieue nord, Nabeul et Bizerte. «Des 47.949 palmiers du Grand Tunis, Bizerte, Nabeul et Zaghouan, nous avons perdu seulement 7694 arbres ce qui représente 0,16%. Malgré le manque d’effectif et de matériels,  le ministère a lancé un plan d’urgence en parallèle avec la stratégie. Des équipes permanentes ont été formées pour assurer le contrôle, la surveillance, le traitement et la prévention».

Par ailleurs, M. Jaouadi a appelé les municipalités à être plus coopératives pour lutter contre ce ravageur. Cette action nécessite beaucoup de moyens. Et la majorité des mairies possèdent  les moyens techniques (camions) et ressources humaines (ouvriers) pour épauler les efforts du ministère. Ce dernier prend en charge l’approvisionnement en traitement et assure la formation adéquate à ce type d’intervention. Les facteurs de réussite sont la continuité et l’implication de toutes les parties prenantes dans cette lutte. «Les équipes actuelles doivent être renforcées pour atteindre de bons résultats. Et même les privés seront impliqués dans la phase de traitement. Un cahier des charges est en cours d’élaboration pour leur permettre d’exercer la tâche de traitement chimique mensuel qui se fait au niveau de la couronne», confie le responsable.   

Et afin de veiller au bon déroulement de toutes les actions, des numéros verts avec enregistreur automatique seront mis à disposition au ministère et dans les sept Crda des gouvernorats du sud pour recevoir les réclamations et les demandes d’intervention.

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