Organisé par la Ftca (Fédération tunisienne des cinéastes amateurs), le Fifak (Festival international du film amateur de Kélibia) propose, pour la 35e édition(13-20 août), et après deux années d’absence pour cause de crise sanitaire, des nouveautés au niveau des sections et des prix. Pour le 60e anniversaire de la Ftca, le comité directeur a prévu un programme spécial et une participation de 300 films en provenance de 40 pays, outre les hommages consacrés aux  figures emblématiques du cinéma amateurs ainsi que des rencontres, des débats et des ateliers de formation. Adel Abid, directeur du Fifak et président de la Ftca détaille, ici, le programme en exclusivité pour La Presse et parle des changements apportés à l’organisation de la manifestation.

Retour du Fifak, après une absence de deux due ans à la crise sanitaire du Covid. Qu’avez-vous préparé pour cette édition ?

C’est un retour difficile, mais nous allons essayer d’être à la hauteur d’autant plus que cette 35e édition coïncide avec le 60e anniversaire de la Ftca. C’est la renaissance après deux années d’absence. Les attentes du public de Kélibia, des cinéphiles, des amis, des invités sont nombreuses. Chacun s’interroge sur le retour du festival qui est un rendez-vous cinématographique incontournable.

Comment avez-vous prévu son retour ?

On a pensé apporter quelques innovations. Tout d’abord, séparer la compétition scénario et photo de la compétition nationale. Elle aura, tout autant que cette dernière, un jury indépendant. Jusqu’ici, la compétition nationale, qui englobait les films, le scénario et la photo, était assez chargée, ce qui rendait le travail du jury difficile. Il y aura donc trois compétions : la compétition internationale, la compétition nationale et la compétition scénario et photo avec chacune des prix. Pour ce qui est de cette dernière, le jury pourra délivrer de un à trois prix. Jusqu’à présent le comité directeur a reçu une soixantaine de scénarios de cinéastes amateurs, indépendants et écoles. Les photos aux alentours d’une centaine. Il y aura le prix de la meilleure photo et un autre prix de la meilleure exposition collective destinée à un club de photos, et ce, dans le but d’encourager les clubs au travail de groupe et de créer une dynamique autour de la photographie.

Y a-t-il un changement au niveau des prix accordés aux lauréats des meilleurs films ?

Certainement, nous avons pensé à une nouvelle formule. Pour ce qui est de la compétition internationale, il y aura le Faucon d’Or, le prix de la meilleure fiction, meilleur documentaire, meilleur film d’animation, le prix spécial du jury et enfin les mentions pour l’image, le scénario, etc. Quant à la compétition nationale, on a supprimé les trois prix et on les a remplacés par les prix du meilleur film école, meilleur film indépendant et meilleur film amateur puis les mentions. On a pensé donner plus de chance à chaque catégorie en raison des objectifs qui différent. Ce sont donc les changements de fond que nous avons apportés au niveau des diverses sections et des prix qui leur sont consacrés.

Par ailleurs, on a élargi le comité directeur et d’organisation. A part sept membres du bureau fédéral, deux anciens membres de Fédération se chargeront de la logistique ainsi que l’assistante de direction de la Fédération qui s’occupera des tâches administratives. Le responsable de la programmation était chargé de la communication et de l’information. On a allégé ce volet en confiant à l’attaché de presse l’information. Autrefois, on faisait appel à des bénévoles dont le rendement était peu efficace. Pour une meilleure coordination, on a décidé que chaque  membre du comité directeur dispose d’une équipe pour exécuter des tâches bien déterminées et éviter tout contretemps. Par ailleurs et pour la première fois, on fait appel à participation sur le site de la Ftca et sur d’autres plateformes pour donner plus de chance aux candidats.

La moisson des films est-elle bonne cette année ?

Au niveau du nombre de films, on se trouve confronté à gérer l’abondance. Un problème pour le comité de sélection qui doit être plus vigilant au niveau du choix des films surtout après une absence de deux ans. Un premier tri est effectué, puis un deuxième jusqu’à la sélection finale. Pour la participation tunisienne, on a fixé l’échéance au 24 juillet 2022 et la participation internationale jusqu’au 20 juillet. Jusqu’à présent, on a reçu environ 300 films de 40 pays : Kazakhstan, de l’Amérique latine : cinq ou six pays dont la Colombie, de l’Europe de l’Est : trois ou quatre pays, de l’Afrique : Mauritanie, Maroc, Algérie, Egypte. Pour ce qui est de la Tunisie, le nombre de films qui nous sont parvenus peuvent faire trois festivals.

Et pour le reste de la programmation ; quels sont les volets les plus importants de cette session anniversaire ?

Il y aura une rencontre spéciale 60e anniversaire avec des hommages. On a choisi, selon les différentes périodes de l’histoire de la Ftca, pour qu’il y ait un échange avec les jeunes. D’autres rencontres matinales seront axées sur des problématiques en rapport avec l’actualité dont celle organisée en partenariat avec l’association Kaif, porteur du projet «Scénarios verts destinés à renforcer les capacités des jeunes en audiovisuel ainsi qu’une association italienne : Centre, culture et communication contribue à la logistique tandis que la Ftca s’occupera de l’aspect technique. Le programme a démarré en décembre 2021 avec un  cycle de formation sous forme de master-class et des ateliers d’écriture puis de tournage des films. 24 jeunes prennent part à ce projet sur l’environnement. Une soirée spéciale leur est dédiée avec projection de leur film et une rencontre autour de cette expérience et un débat des films. Les meilleurs films pourront être sélectionnés soit à la compétition internationale soit à la compétition nationale.

D’autre part, une section «Ils ont commencé Fifak» est destinée aux cinéastes ayant débuté par le Fifak puis se sont lancés dans le professionnel. Lors de la dernière session des JCC, plusieurs courts métrages des cinéastes ayant fait leur premiers pas au Fifak ont été retenus à la compétition officielle ou dans la section Panorama. Ce qui constitue pour le Fifak et la Ftca une fierté. Parmi les cinéastes : Tarak Sardi, Mohamed Bouhajar, Sami Tlili, Hayfel Ben Youssef. Le comité de sélection du 35e Fifak choisira cinq films qui passeront en avant-programme des œuvres en compétition. Un master-class sera consacré pour débattre des difficultés de production rencontrées de nos jours par ces jeunes cinéastes amateurs, d’école ou indépendants.

Un autre événement important sera organisé en partenariat avec le Ticdce : Centre international de l’économie culturelle numérique de Tunis. Ce dernier nous a  proposé un panel sur le cinéma virtuel : «support ou médium ?». Il sera  accompagné d’un atelier réunissant cinq cinéastes amateurs.

Qu’avez-vous prévu comme programme pour la soirée d’ouverture?

On est en train de réfléchir soit à la présentation  de capsules sur l’historique de la Ftca et des interviews intercalés par des interventions musicales soit, comme d’habitude, une projection d’un film qui constituera une découverte pour les festivaliers. La décision n’a pas encore été prise.

Et la présence habituelle de la Palestine. Avec quel programme sera-t-elle constituée?

Elle sera présente sur deux fronts : au niveau du jury avec la présence comme membre de la cinéaste palestino-jordanienne Najoua Najjar et une soirée spéciale en partenariat avec la Cinémathèque tunisienne qui comportera soit un long-métrage ou plutôt un work in progress ou un teaser long «Yallah Ghaza» de Roland Nurier, réalisateur français, qui propose un témoignage poignant de Yonatan, ancien pilote d’hélicoptère de l’armée israélienne qui vit désormais en Norvège. C’est un Réfuznik qui a quitté l’armée et témoigne des crimes de guerre israéliens commis à l’égard des  Palestiniens dans les territoires occupés et à Gaza. Il dénonce à travers le monde la politique coloniale d’Israël et il est très impliqué dans le mouvement BDS en Norvège. C’est un inlassable défenseur des droits du peuple palestinien. C’est donc le point de vue d’un Européen sur la question israélio-israélienne.

Et les hommages ?

Un hommage sera rendu à une cinéaste tunisienne et à la britannique Sheila Graber, qui était invitée au Fifak de 1985. Elle ne sera peut-être pas présente mais elle interviendra à travers une vidéo. Agée de 82 ans, elle continue à réaliser des films d’animation avec sa fille et dispose d’un musée en Angleterre. 

Qu’en est-il  du  budget de cette 35e édition ?

La session 2019 a coûté 320 mille dinars. La subvention du ministère de la Culture était de l’ordre de 100 mille dinars, le Cnci 60 mille dinars, le sponsor d’une  banque 60 mille dinars, et le reste sous forme de services dont environ 20 mille dinars de billets d’avion. Cette somme relativement élevée est due au report de plus de trois jours du festival en raison du décès de l’ex-Président Béji Caid Essebsi. Cette année le budget approximatif  est estimé aux alentours de 280 mille dinars.

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