Sélectionné en compétition officielle au festival de Cannes-2019, «Sibyl» de Justine Triet est actuellement sur nos écrans. Portrait de femmes en crise, «Sibyl» propose une mince réflexion sur la création et ses tourments. Appréciation critique.


Romancière reconvertie en psychanalyste, Sibyl (Virginie Efira) se remet à écrire et décide donc  de quitter  ses patients. Mais une jeune fille en détresse, Margot, (Adèle Exarchopoulos) la supplie de la recevoir.

Actrice, en plein tournage, Margot est enceinte de l’acteur principal qui est en couple avec la réalisatrice (Sandra Hüller) . fascinée par le dilemme que vit l’actrice, la psychanalyste enregistre secrètement ses confessions.

La parole et les maux de sa patiente nourrissent son roman et la replongent dans le tourbillon de son passé, d’où les nombreux flash-back.

Car Sibyl, personnage fragile, dépendant et nevrotique, cache d’anciennes blessures qui affluent à la surface la confrontant à son passé douloureux. Sibyl aimait passionnément un homme avec lequel elle a eu une fille, mais cet échec amoureux et la mort de sa mère l’ont rendue dépendante à l’alcool. D’où son identification à Margot, qui crée un effet de miroir obsessionnel.

Les situations, entre passé et présent, pas toujours crédibles, s’enchaînent et s’entremêlent de manière complexe, générant ce parcours initiatique que vit la psychanalyste qui n’hésitera pas à rejoindre sa patiente sur le tournage du film dans l’île de Stromboli.

Voilà qui nous renvoie au film de Roberto Rossellini  «Stromboli». Au cours du tournage chaotique, (film dans le film) sous la férule d’une réalisatrice au bord de la crise de nerfs, tout explose: les rapports entre les personnages, leurs vies et leurs sentiments, à l’image du volcan fumant de l’île. La métaphore tombe sous le sens.

cette critique du milieu terrible du cinéma réfère, à n’en point douter, au film de Robert Altman, «The Player».

Et c’est à la fin de cette deuxième partie que le film décolle, enfin, contrairement à ses deux premiers longs métrages («la bataille de Solférino» et «Victoria») ruisselants d’énergie, de tension, voire d’émotion.

Ça tourne en rond

Ce 3e opus de la réalisatrice française distille des moments franchement ennuyeux, et les raisons en sont  multiples.

D’abord, la réalisatrice alourdit son récit par un trop-plein de thèmes amenés de manière informe et confuse et de surcroît, platement traités.

Ainsi, le scénario tourne en rond avec cette multitude de sujets dont l’identité, les racines, l’alcoolisme et la dépendance, le rapport à la maternité, la manipulation, la transgression, l’inspiration, les arcanes de la création et ses tourments, le cinéma et nous en passons.

Ensuite, certains personnages, notamment Margot, manquent de crédibilité, sans compter que la réflexion sur la création que propose le film : comment la réalité nourrit la fiction, n’a rien d’insolite? Ce qui s’avère  mince et peu approfondie.

Enfin, on s’y perd dans ce labyrinthe complexe entre passé et présent, réalité, fantasmes et fiction.

In fine, cette tragi-comédie, hélas sans grands moments d’humour, condense un bon nombre de clichés relatifs au divan du psychanalyste (l’identification, l’obsession, la projection psychologique, etc). Encore heureux que la mise en scène soit assez maîtrisée, dans l’ensemble, malgré un montage par  trop syncopé, et que le jeu de l’actrice principale, Virginie Efira, soit à tout point de vue magnifique.

Il faut dire que l’actrice franco-belge et la réalisatrice n’en sont pas à leur première collaboration artistique, puisque Efira a déjà joué dans «Victoria». Rôle pour lequel elle a reçu, en 2016, le César de la meilleure interprétation féminine. Et dans «Sibyl», elle ne fait que confirmer son immense talent.

Charger plus d'articles
Charger plus par Samira DAMI
Charger plus dans Magazine La Presse

Laisser un commentaire