• Les gouvernorats de l’intérieur viennent en tête dans le recensement des cas de fraude

• Adopter une autre pédagogie de sensibilisation des candidats

Tous les candidats au baccalauréat, à l’exception de quelques défaillants, ont accompli le parcours de 6 jours prévus pour les épreuves de la session principale, du 12 au 19 juin. Dans l’ensemble, tout a l’air de s’être déroulé de la façon la plus normale selon les autorités. Toutefois, la question des fraudes reste, toujours, posée. Il est vrai qu’elle est intimement liée à toute évaluation. Qu’elle se tienne en classe ou lors d’une échéance nationale comme le Bac, la fraude ne peut laisser indifférent.

Pour cette année, le ministère a mis les bouchées doubles pour assurer les conditions optimales permettant d’organiser une session aux moindres dégâts. C’est pourquoi, les observateurs ont dû remarquer la surmédiatisation de l’examen du Bac dans son édition 2019 et les mesures exceptionnelles et rigoureuses annoncées et mises en œuvre, particulièrement, dans la lutte contre la triche.

De prime abord, le ministre avait affirmé qu’il n’y aurait pas recours aux appareils de brouillage acquis il y a plusieurs années et qui ont coûté cher au budget du ministère. Leur efficacité n’aurait pas été prouvée.  Les méthodes utilisées par les fraudeurs ont eu raison de toutes les précautions prises par les responsables dans de nombreux centres d’examen. Des réseaux se sont constitués pour « épauler » certains candidats complices. Au cours de cette année, on aurait démantelé trois de ces réseaux.

En réalité, le fait de se passer des appareils de brouillage encombrants et inopérants n’a pas trop changé la donne. Le phénomène de la triche a continué de plus belle sans, toutefois, dépasser le seuil fatidique.

Si l’année dernière les chiffres se sont situés autour de 950 cas pour les deux sessions, cette année on a recensé au moins 546 cas (entre fraudes et mauvais comportements) rien que pour la session principale. A titre de comparaison, en France, le nombre de tricheurs enregistré en 2018 était de 972 (975 en 2017) pour plus de 740.000 candidats.

Que faut-il en déduire ? Est-ce que nos élèves sont plus portés sur cette attitude et choisissent les solutions de facilité avec les risques que cela comporte ou est-ce une manière de signifier leur refus de l’ordre et de «l’establishment » ?

La fermeté affichée par les autorités et les différents rappels et avertissements ont-ils eu l’effet escompté ? Force est de constater que les participants à cet examen n’ont pas trop respecté les consignes et certains ont fait fi de toutes les règles en osant prendre des risques.

C’est ainsi que dès le premier jour, pas moins de 80 cas de triche et de mauvaise conduite ont été relevés dans les différents centres d’écrit. La contribution des filles n’est pas négligeable. Elle est de 34 cas contre 46 pour les garçons.

A bien voir la répartition de ces cas on constate qu’ils sont, toujours, récurrents dans des gouvernorats plus que dans d’autres. Et, malheureusement, ces gouvernorats sont pratiquement les mêmes que ceux où il y a des troubles socio-politico-économiques depuis 2011.

Hasard ou pas, une étude sociologique devrait être menée sur le terrain pour comprendre pourquoi ces régions sont des cibles privilégiées.

Ainsi, on voit que le gouvernorat de Kasserine vient en tête avec 185 cas, suivi de Sidi Bouzid avec 9 cas, Gafsa avec 83 cas, Kairouan avec 95 cas et Tunis II avec 55 cas.

Ce sont les  sections Économie et Gestion, Sciences techniques et Lettres qui ont occupé les premiers rangs avec, respectivement, 340, 199 et 125 cas.

Les tentatives de fraude ont été commises dans les lycées publics (704 cas), dans les lycées privés (188 cas) et parmi les candidats libres (59 cas).

Cette année, le classement n’est pas trop différent même si on ne se base que sur un bilan provisoire de la session principale.

Les dernières statistiques officielles dans ce domaine font état de 83 cas à Kasserine, 63 à Gafsa, 42 à Sousse, 41 à Ben Arous, 36 à Tunis I, 35 à Kairouan, 21 au Kef, 10 à Tunis II et 9 à Jendouba.

On note, néanmoins, que des gouvernorats comme Sousse, Tunis I et Tunis II, Ben Arous (qui ne sont pas des régions de l’intérieur, à proprement parler), font partie de ce triste palmarès. Ben Arous et, particulièrement, Tunis I connaissent une véritable dégringolade par apport aux années précédentes.

Il faudrait, malgré tout, signaler ces régions où le nombre de fraudes n’a pas été élevé (du moins si l’on se fie aux cas relevés par les autorités). C’est ainsi que le gouvernorat de Zaghouan n’a enregistré que 3 tentatives. Viennent, après, les gouvernorats de Mahdia (4 cas) et Sfax II (5 cas).

La session de contrôle ne fera qu’augmenter ces chiffres alors que l’on s’attend à découvrir des cas de suspicions de fraude lors de la correction des copies d’examen.

Même si l’on reconnaît que le phénomène est inhérent aux examens, il y a lieu d’espérer le réduire au maximum pour donner les mêmes chances aux candidats.

Ceci ne nous empêchera pas, outre mesure, de nous interroger sur  la détermination affichée par le ministère à s’attaquer à la fraude par tous les moyens. Cette « guerre » a-t-elle porté ses fruits ?

Ne faudrait-il pas adopter un autre langage et une autre pédagogie avec les candidats ?

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