En agissant contre la spéculation et en luttant contre la contrebande, les brigades du contrôle économique tentent d’améliorer la distribution du sucre sur le circuit, là où il fait défaut.

Comme attendu, le sucre a refait son apparition dans les rayons des supermarchés. En fin de semaine dernière, on le trouve tantôt empaqueté au kilo, tantôt en vrac au grand bonheur de la clientèle qui se rue sur cet ingrédient de base. Après, au niveau du prix, il diffère légèrement, puisqu’en paquet il est proposé à 1,520 D tandis qu’en vrac, il est conforme au prix en vigueur à 1,4 D. Est-ce que pour autant, on s’achemine vers la fin de cette pénurie ?

Les Tunisiens, grands consommateurs de sucre ! 

Pour rappel, l’année 2022 a connu une succession de pénuries de produits alimentaires de base dont récemment le sucre, un produit de grande consommation qui vient à manquer cruellement dans les commerces. Au sujet de la pénurie du sucre, le ministère du Commerce affirme veiller à la régulation de l’approvisionnement du sucre sur le marché, afin de mettre fin aux perturbations. Cependant la semaine dernière, le sucre destiné à la consommation des ménages était toujours introuvable que ce soit dans les grandes surfaces ou les épiciers des quartiers. Le sucre subventionné refait son apparition graduelle sur les étalages, soit, mais il est nécessaire d’assurer la continuité dorénavant. C’est que les Tunisiens sont considérés parmi les plus grands consommateurs de sucre dans le monde et le pays importe pratiquement tous ses besoins de ce produit, aussi bien pour la consommation des ménages que pour les utilisations industrielles.

Importation massive de sucre

Dans une déclaration accordée jeudi dernier à une radio, le directeur général de la qualité, du commerce intérieur et des métiers et services auprès du ministère du Commerce, Yasser Ben Khelifa a rassuré les citoyens quant à la disponibilité du sucre, hormis la disette dans les régions côtières et le Grand-Tunis. A ce titre, dans des régions du sud comme à Tataouine, le sucre est largement disponible puisqu’on parle d’un stock de réserve de 380 tonnes, dans une ville où la consommation mensuelle est de 220 tonnes, d’après Mohamed Sandel, directeur du Centre de stockage et de distribution à Tataouine. C’est que la spéculation fait rage à ce niveau et entrave le circuit de distribution du sucre, dans des conditions normales. De plus, la Tunisie doit conjuguer avec les aléas de la conjoncture économique et du marché international. Ainsi, la Tunisie qui importe régulièrement le sucre du Brésil a été contrainte de se tourner vers la marché indien pour s’approvisionner convenablement, selon les dires de Ben Khelifa. Toutefois, selon le dernier bulletin de l’Observatoire national de l’agriculture (Onagri), les importations de sucre ont explosé au premier semestre écoulé en quantités et en valeur. «Et pour cause, les quantités importées ont augmenté de 89,2 mille tonnes à fin juin 2021 à 145,9 mille tonnes à fin juin 2022 soit une hausse de 63,6%. Annuellement, le pays importe, d’après un document récent de l’Institut tunisien des études stratégiques (Ites) sur la sécurité alimentaire en Tunisie, 200 mille tonnes de sucre. En valeur, les importations de sucre ont connu un accroissement vertigineux sur la période juin 2021-juin 2022 de 89,6 à 215,9 millions de dinars soit une progression de 141,0% alors que les prix (DT/Kg) à l’importation ont grimpé de 1,00 à 1,48 DT/Kg ce qui équivalent à une augmentation de 47,3%. Ces données posent des points d’interrogation quant à la disparition de ce produit en dépit de l’importation des quantités record en un laps de temps relativement court d’autant plus que les quantités importées par les autorités suffisent, d’après les données de la consommation de cette substance à l’international, plusieurs pays à la fois et peut même provoquer le diabète à grande échelle dans une grande région du monde», peut-on lire dans un récent communiqué de la TAP.

En attendant, la disponibilité du sucre sur le circuit officiel n’est pas garantie à cause des agissements et pratiques illicites de commerçants peu scrupuleux et qui font fi des règles de morale et de bienséance envers les citoyens pour s’en mettre plein les poches.

Vente conditionnée

En effet, les petits distributeurs comme les épiciers n’hésitent pas à recourir à la vente conditionnée, sans aucune instruction, d’un produit disponible en quantités nécessaires et suffisantes dans les dépôts de l’Office du commerce. Ce comportement spéculatif est condamné et condamnable, mais en pratique il se produit dans l’impunité totale parce qu’il est difficile à déceler et distordre. Malgré tout, le directeur régional du commerce, Azouz Salah, a mis en relief, pour sa part, les efforts déployés afin de lutter contre la spéculation, rappelant à ce propos les infractions relevées par les brigades de contrôle économique. Mais la pénurie a dû avoir un bon côté des choses avec la baisee de la consommation de sucre et un impact positif sur la santé des Tunisiens très portés sur ce produit blanc, sans excuser les méfaits des contrebandiers.

En Tunisie, la consommation annuelle de sucre par habitant est d’environ 33 kilogrammes, dont la moitié est consommée directement et l’autre dans les produits industriels. Cette consommation est considérée comme élevée comparativement à celle de la moyenne mondiale de 23 kilos. Du reste, l’OMS recommande un apport journalier n’excédant pas 25 g de sucre par individu, soit l’équivalent de 9 kg/an. On constate que le Tunisien consomme plus du triple de la moyenne mondiale. La consommation excessive de sucre libre est très nocive pour la santé du fait qu’elle cause plusieurs maladies dont principalement le diabète, les caries dentaires, les troubles cardiovasculaires, l’ostéoporose, les inflammations intestinales, le baisse de l’immunité et même certains cancers. Prévenir en rationalisant sa consommation de sucre vaut mieux que guérir.

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