Depuis 1987, Jacques Bidou (JBA-productions) a produit 103 films : entre fictions et documentaires, avec le même souci d’explorer le monde et aborder ses crises à travers le cinéma et permettre à des réalisateurs, majoritairement issus des pays du sud, de faire entendre leur voix. Des exemples ? «Capitaines d’avril» de Maria de Medeiros, «Les gens de la Rizière» de Rithy Pan, «Lumumba» de Raoul Peck, «Le Sel de la Mer» de la Palestinienne Anne-Marie Jacir, ou encore «Salvador Allende», un documentaire du Chilien Patricio Guzman. Aujourd’hui, il est tuteur et membre de la direction pédagogique d’Eurodoc. Interview

Vingt ans après, quel est votre bilan d’Eurodoc ?
Eurodoc compte un réseau de près de 500 producteurs, un grand nombre d’experts et de «commissioners editors» qui se sont rassemblés avec une même philosophie, je dirais, d’abord et avant tout, défendre la création et les créateurs et c’est un réseau de professionnels qui se retrouvent dans les marchés pour coproduire ensemble. L’Europe a investi là-dessus et pour nous, la grande réussite, c’est d’avoir créé un grand réseau. L’Europe nous a permis il y a quelques années d’élargir la participation des non Européens. Cela nous a permis d’avoir des gens venant de tous les pays et cela donne une richesse à la formation, mais aussi au réseau. Je voudrais aussi ajouter qu’Eurodoc est aussi Docmed. Un Eurodoc pour les pays du monde arabe et qui a abouti à la constitution d’un premier réseau de producteurs de la région Maghreb et Machrek.

Quel est votre regard sur le documentaire aujourd’hui ?
Le documentaire a connu une période de croissance assez importante à la fin des années 90, cela était lié au dynamisme d’un certain nombre de partenaires comme Arte, Channel 4 et les grandes chaînes publiques allemandes. La confiance a été donnée à des auteurs, ce qui a donné naissance à de grands documentaires. Un réel succès qui a permis au documentaire d’acquérir une place vraiment importante dans l’ensemble de ce paysage de diffusion et de broadcasters. Mais ce succès-là a eu son coup de fouet en retour parce qu’à un moment donné, les documentaires se sont retrouvés dans des places importantes dans des grilles de programmes et, à partir de ce moment-là, il y a eu un retournement de situation qui a fait que les chaînes ont commencé à vouloir des films pour elles. C’est-à-dire que l’antenne a demandé qu’on fasse des documentaires pour son public… Du coup, le succès né de la confiance faite aux auteurs a été remplacé par quelque chose de formaté et replié vers des productions de plus en plus nationales. On a donc un effet : repli national, appauvrissement des écritures et de la création documentaire, mais il y a des résistants ! Il y a des gens qui se battent et beaucoup d’auteurs de grande qualité. Nous nous appuyons sur ces auteurs dans nos formations pour continuer à constituer des réseaux et à se battre pour faire naître des œuvres documentaires et il y a de l’espace même si cet espace s’est beaucoup restreint depuis la fin des années 90.

On parle aujourd’hui de producteur-créateur. Est-ce à dire que le producteur doit intervenir dans le travail de l’auteur ?
Il y a beaucoup de profils de producteurs. Les producteurs n’ont pas tous la même fonction. Quand on fait des documentaires de création, des fictions par de jeunes auteurs avec des budgets modestes ou quand on découvre des auteurs, nous sommes des producteurs, comme vous dites créateurs, mais c’est presque un pléonasme. Ces producteurs ne se substituent pas aux créateurs mais ils sont là pour leur donner la possibilité «d’accoucher» des œuvres. Mais pour donner naissance à des œuvres, il faut que ces producteurs soient extrêmement proches des auteurs et sachent les protéger et c’est la priorité de leur métier.

Il ne s’agit pas d’être des prédateurs sous prétexte qu’il y a des systèmes de financement qui les animent.

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