Le 13 octobre 2022, la Tunisie atteindra son propre « jour du dépassement ». C’est une date symbolique qui correspond au jour auquel la population aurait utilisé toutes les ressources naturelles que le pays est capable de produire sur une année.


Désormais, à partir du 13 octobre 2022, le pays vivra à crédit jusqu’à la fin de l’année. Il s’agit là d’un indicateur que  l’ONG « Global Footprint Network » calcule, chaque année et pour chaque pays, depuis 2006, dans l’objectif d’illustrer la notion de la dette écologique et de remettre en cause un mode de consommation insoutenable  et de plus en plus irrespectueux des écosystèmes de la planète. 

Pour déterminer la date du jour du dépassement pour une année déterminée, l’ONG calcule le nombre de jours pendant lesquels la bio-capacité d’une ville, d’un pays ou d’une nation couvre sa demande en ressources naturelles régénératives. Si la demande en actifs écologiques dépasse l’offre, le pays  serait en déficit écologique qu’il pallie soit en important, en liquidant ses propres actifs écologiques ou en émettant des gaz à effet de serre. 

Une bio-capacité en baisse 

Selon les données ouvertes de « Global Footprint Network », la Tunisie était un pays écologiquement excédentaire jusqu’en 1975, année à partir de laquelle l’écart entre l’empreinte écologique et la bio-capacité par personne n’a cessé de croître. Le déficit écologique de la Tunisie, est, en effet, passé de -0.1 en 1975 à -1.3 hectares globaux en 2018. La bio-capacité par personne a baissé de 1,1 hectares globaux à 0,7, et ce, avec une hausse continuelle de l’empreinte écologique.  De ce fait, elle fait partie des pays débiteurs de bio-capacité, dont le déficit écologique dépasse à plus de 150% les ressources régénératives. Il est vrai qu’en comparaison avec d’autres pays, comme le Qatar (son jour du dépassement coïncide le 10 février), les Etats Unis et le Canada (le 13 mars) ou encore l’Algérie (le 4 septembre), la date du 13 octobre est relativement tardive. Mais, au fil des années, elle n’a cessé d’avancer, puisqu’en 2018 le jour du dépassement de la Tunisie intervenait le 9 octobre. Pour un pays qui est entré, depuis une décennie, en phase de désindustrialisation, l’évolution de cet indicateur devrait amener les décideurs, les écologistes et les acteurs de la société civile à s’interroger sur les facteurs qui ont participé réellement à avancer le jour du dépassement mais cela devrait, surtout  nous pousser à remettre en cause notre mode de vie, agriculture, développement, tourisme… insoutenables, énergivores et hydrovores. 

Nous avons  épuisé le budget annuel des ressources naturelles planétaires 

A l’échelle planétaire, le jour du dépassement de la Terre aurait coïncidé le 28 juillet dernier. « Durant les 156 jours qui restent d’ici le 31 décembre, notre consommation de ressources renouvelables va consister à grignoter le capital naturel de la Terre », pointe, à cet effet, Laetitia Mailhes, directrice « initiatives spéciales » du « Global Footprinte Network ». Ainsi, le jour du dépassement de la Terre continue d’avancer pour la deuxième année consécutive revenant au niveau de celui de 2019,  après l’accalmie qui a été provoquée par la crise Covid et qui a fait, alors,  reculer en 2020, cette date fatidique de 3 semaines (22 août).  En 20 ans, la date a avancé de deux mois. Les pays riches sont les plus grands débiteurs de bio-capacité. Mais les écologistes des ONG internationales, estiment qu’elle a stagné depuis la signature de l’accord de Paris.

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