Le secteur privé formel est un important pourvoyeur d’emplois. Le booster et l’ouvrir davantage à la concurrence permet de résorber le chômage, notamment des jeunes diplômés, puisque cela va contribuer au renforcement de la dynamique des entreprises et de l’innovation et, par conséquent, à la création d’emplois qualifiés et de meilleure qualité.

Le chômage est un phénomène structurel qui ronge la société tunisienne depuis plusieurs années. Il faut dire que l’économie tunisienne se caractérise par un chômage élevé qui s’est maintenu au-dessus des 12% depuis les années 90. Des décennies durant, le rythme de création d’emplois n’a pas pu rattraper l’évolution du nombre croissant des nouveaux arrivants sur le marché du travail. Et la crise Covid a été un facteur aggravant qui a fait apparaître de nouvelles formes de chômage en Tunisie, qui ne touche plus particulièrement les primodemandeurs d’emploi ou les travailleurs précaires, mais aussi les personnes actives qui, en raison de la conjoncture de crise, ont été mises à la porte.

Plusieurs dizaines de mois pour décrocher son premier contrat

Depuis des années, l’emploi est devenu la pierre d’achoppement sur laquelle butent les jeunes Tunisiens, et en particulier, les diplômés de l’enseignement supérieur. Car on estime qu’il faut plusieurs dizaines de mois pour qu’un jeune primo-demandeur d’emploi puisse décrocher son premier contrat. “Il faut environ 26,5 mois aux jeunes arrivant sur le marché du travail pour décrocher le premier contrat. Cette période de transition s’est allongée depuis 2011, ce qui indique que l’insertion est de plus en plus diffcile”, note le rapport 2022 de l’étude économique de l’Ocde sur la Tunisie.
Le chômage des jeunes a atteint des taux inquiétants, dépassant les 40% et les 36% pour les diplômés de l’enseignement supérieur. Cela s’explique par l’inadéquation entre le système d’éducation et les besoins du marché du travail. Pas forcément spécifique à la Tunisie. Mais la création d’emplois sur le marché tunisien est restée dominée par des activités peu productives qui nécessitent surtout des emplois peu qualifiés, telles que l’industrie textile, l’agriculture et la pêche et le commerce. Cela résulte des choix économiques du pays, qui ont opté, par le passé, pour des politiques visant à attirer des activités à faible valeur ajoutée.

Le poids des entreprises offshore

Il faut noter, dans ce contexte, que les entreprises o shore ont joué un rôle important dans la création d’emplois en Tunisie. Chiffres et statistiques à l’appui, l’étude de l’Ocde a mis en exergue le rôle du secteur o shore au cours des dernières années. En e et, l’emploi dans les entreprises totalement exportatrices a augmenté de 60% au cours de la période 2005-2019, contre 28% seulement dans le secteur onshore. Et même si elles représentent 4% des entreprises immatriculées , ces entreprises totalement exportatrices rassemblent à elles seules 35 % des emplois créés par le secteur privé formel en 2019. Ainsi, le secteur offshore revêt une importance croissante, d’autant plus qu’il s’oriente de plus en plus vers des activités à plus forte valeur ajoutée qui nécessitent une plus forte qualification des employés, telles que l’industrie électrique et les TIC.

Pour promouvoir la création d’emplois de meilleure qualité

Mais la résorption du chômage demeure la grande question à laquelle il faut répondre pour désamorcer cette bombe sociale à retardement. Selon l’Ocde, les politiques et la réglementation relatives au marché du travail entravent la création d’emplois formels et ne sont pas propices à une bonne adéquation entre les offres et les demandes d’emplois. Ainsi, l’organisation internationale explique que la suppression de obstacles réglementaires à l’entrepreneuriat et à l’entrée de nouveaux acteurs, l’accroissement de l’intégration internationale des entreprises et l’ajustement des impôts sur le travail sont autant de mesures nécessaires pour renforcer la dynamique des entreprises et l’innovation et promouvoir la création d’emplois de meilleure qualité. “ Les obstacles à l’entrée et des réglementations anticoncurrentielles réduisent la concurrence et affaiblissent les incitations aux entreprises en place à innover et à améliorer les processus de production. Les régimes d’autorisation pour entrer sur un nouveau marché pour offrir un nouveau produit ou service sont nombreux et imposent des procédures opaques et longues, ce qui décourage l’esprit d’entreprise et l’investissement”, note le rapport de l’Ocde. La même idée a été préconisée par le vice-président de la Banque mondiale pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord, Ferid Belhaj, qui affirme que le secteur privé est la clé de la croissance et du développement dans les pays de la région. Pour l’institution financière internationale, le plus important aujourd’hui est de donner plus d’espace au secteur privé de manière qu’il puisse “absorber de façon positive et vertueuse les futurs chercheurs d’emploi”. Cependant, plusieurs mesures visant à lutter contre les pratiques anticoncurrentielles et à ouvrir davantage le secteur privé à la concurrence sont nécessaires pour libérer son potentiel.

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