Les chiffres font froid dans le dos. Ils brossent un sombre tableau. Beaucoup des Tunisiens vivent au bord de l’insécurité alimentaire. Plus de 12 %, soit l’équivalent de 1,5 million de personnes, en sont sérieusement menacées.

Plus encore, la proportion des Tunisiens touchés par la pauvreté, ne cesse d’augmenter. Les personnes qui ne mangent pas à leur faim, qui restent un ou deux jours sans manger, qui n’ont pas de quoi nourrir leurs familles, ou encore celles dont la perte du pouvoir d’achat suscite de vives inquiétudes, toutes ces personnes sont facilement repérables dans la société tunisienne. Ce sont là les symptômes d’un mal profond et qui reflètent une inflation qui, tout en grimpant plus vite que les salaires, atteint au mois de juillet son plus haut niveau depuis 31 ans. Des symptômes qui nuisent aussi à la capacité productive de l’économie.

La sécurité alimentaire ne se limite pas à la question de la faim, mais aussi et surtout à celle de la qualité. Le même rapport indique que le coût d’une alimentation saine par personne et par jour a atteint 3,639 dollars en Tunisie. Le nombre de Tunisiens n’ayant pas les moyens de s’offrir une alimentation saine est passé à 2,4 millions de personnes.

Il faut dire que dans un contexte défavorable, marqué à la fois par la pénurie des produits de base et par la flambée des prix, et aggravé par la guerre en Ukraine qui a visiblement modifié la physionomie des échanges, de la production et de la consommation, la Tunisie n’est pas le seul pays à perdre du terrain dans sa lutte contre l’insécurité alimentaire et la malnutrition sous toutes leurs formes. Les efforts déployés s’avèrent insuffisants et la situation risque de s’amplifier, notamment avec les échecs successifs des politiques adoptées par les différents gouvernements qui se sont succédé depuis 2011. En effet, les changements climatiques et le nouveau contexte mondial ne suffisent pas pour expliquer une crise sociale qui trouve sa racine dans la désorientation de la classe politique.

La  sécurité alimentaire fait partie de ces problèmes complexes dont la plupart des intervenants politiques ne semblent pas vraiment se soucier. Peu d’initiatives concrètes ont été prises dans ce registre. Pourtant,  les prochains jours ne s’annoncent pas rassurants. Plus que jamais fragilisée, la classe sociale la plus vulnérable perd de plus en plus sa capacité d’accès à une nourriture suffisante, nutritive et sans danger.

Les risques ne régressent pas comme on l’avait espéré et comme le souhaitaient les classes les plus démunies. Toujours incapable de renforcer les systèmes durables de production de nourriture, la Tunisie n’est pas encore sur la bonne voie pour atteindre, même à long terme, un degré proche de zéro faim…

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