La question de l’énergie est au cœur de la crise économique. Alors que le pays peine à assurer sa transition énergétique vers les énergies renouvelables, ses finances sont conditionnées par la fluctuation des prix du pétrole en raison d’un système de compensation qui a atteint ses limites.

La Tunisie connaît une crise financière et économique sans précédent. Ses équilibres budgétaires pour l’année courante restent tributaires d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) conformément à la loi de finances.

Une crise économique accentuée par la hausse des prix des produits de consommation à l’échelle internationale provoquée par le conflit russo-ukrainien. A quel saint se vouer ? Le gouvernement tunisien, déjà fragilisé par un contexte politique et social extrêmement difficile, déploie tous les efforts pour voir le bout du tunnel, mais la situation reste précaire et même à haut risque, selon les prédictions des économistes. Autant dire que la question de l’énergie est au cœur de cette crise, alors que le pays peine à assurer sa transition énergétique vers les énergies renouvelables, ses finances sont conditionnées par la fluctuation des prix du pétrole en raison d’un système de compensation qui touche ses limites. Récemment, c’est la ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Energie, Neila Nouira Gonji, qui fait l’annonce : les prix des carburants en Tunisie continueront d’augmenter, une nouvelle majoration est en vue. Elle a expliqué que cette augmentation est due à la hausse des prix de l’énergie sur le marché mondial, rappelant que la Tunisie importe plus de 53% de ses besoins énergétiques. La ministre a également souligné le fait que le budget de l’État a été élaboré sur la base d’un prix moyen de baril ne dépassant pas les 75 dollars, alors que ce prix a actuellement dépassé le seuil de 108 dollars. Selon ses explications, les besoins de financement du budget, notamment en matière de subvention de l’énergie, qui ne devaient pas dépasser les 5 200 000 ont atteint aujourd’hui 10 200 000 à la suite de la flambée des prix sur les marchés internationaux.

« En Tunisie, la conjoncture énergétique actuelle marquée par la flambée des prix de pétrole sur le marché international nécessite une révision des prix des carburants », a-t-elle insisté, annonçant également que des mesures seront prises pour accompagner les catégories à revenu limité.

Ce n’est pas tout !

La ministre dit vrai, certes, mais elle ne dit pas tout. Au fait, indépendamment du contexte marqué par la flambée des prix du pétrole à l’échelle internationale, la Tunisie s’est engagée depuis plusieurs années dans une politique de levée progressive des prix des produits pétroliers.  L’objectif étant d’atteindre d’ici 2027 les prix réels dans une tentative de réformer la caisse de compensation, une exigence ferme du FMI.

Cette démarche a été explicitée dans le document des grandes réformes destiné au FMI et élaboré par l’actuel gouvernement. Selon les grandes lignes de ce programme, le gouvernement s’engage à mettre en place un nouveau système pour orienter la subvention vers ceux qui en ont besoin et d’adopter une démarche progressive pour réguler les prix sur une période de quatre ans, à partir de 2023, tout en décidant une révision progressive des prix des produits énergétiques.

Dans ce sens, le gouvernement s’oriente vers le passage progressif aux tarifs réels des hydrocarbures, avec la préservation du rôle de la Société tunisienne des industries de raffinage dans l’approvisionnement, l’augmentation des capacités de stockage et dans la sensibilisation à la consommation. Le document stipule, en outre, l’ajustement progressif des prix de l’électricité et du gaz tout en prenant en considération la situation des catégories vulnérables.

Alors que la dernière augmentation des prix de carburants a provoqué la colère des Tunisiens, les autorités n’écartent pas une nouvelle hausse de ces prix. La dernière majoration des prix des carburants remonte au mois d’avril dernier, lorsque le gouvernement a annoncé une augmentation entre 85 millimes et 240 millimes de ces tarifs.

Quelles conséquences ?

Les énergies font fonctionner tous les secteurs, sans exception. Atteindre les tarifs réels va certes alléger les dépenses de compensation, mais aura un effet d’entraînement  dévastateur, avertissent les économistes. Transport, santé, produits de base, électricité… une hausse des prix des produits de consommation accompagnera certainement cette politique assez risquée sur le plan social.

Pour l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt), c’est la classe moyenne qui sera la plus impactée par cette nouvelle démarche, visant en effet à atteindre les prix réels. D’une part, ce sont les fonctionnaires qui dépendent le plus de la compensation des carburants et d’autre part le système de transport public est défaillant et ne pourra pas répondre à leur besoin. Cette situation, en dépit de mesures sociales qui devraient être prises au profit des catégories vulnérables, aura certainement un coût social. Le gouvernement doit dans ce sens envisager un plan de gestion de crise si la situation dégénère davantage, dans la mesure où même avant ce passage aux prix réels, les Tunisiens souffrent d’une nette dégradation de leur pouvoir d’achat.

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