La Covid-19 a été une aubaine pour un secteur qui n’a pas, paradoxalement, connu la crise au moment où tous les secteurs pâtissent d’une récession étouffante. Cela n’empêche que le secteur peut mieux faire et qu’il n’a pas atteint son plein potentiel. Les obstacles à son véritable essor persistent et au cas où on ne réussit pas à les démanteler, le secteur risque d’atteindre son plafond de verre.

Nul ne peut nier que le commerce électronique — malgré la hausse des chiffres réalisés au cours des  deux dernières années— est à la traîne, puisqu’il n’est pas en train d’évoluer au rythme   avec lequel le marché mondial progresse. Même si la Tunisie était parmi les premiers pays de la région à se doter, au début des années 2000, d’une législation relative aux échanges et commerce électroniques, ces premiers pas n’ont pas été  consolidés par une stratégie dédiée au développement du commerce électronique. Pourtant, au vu de son importante infrastructure technologique ( à titre d’exemple, le taux de pénétration d’Internet mobile a atteint 76,3% en 2020), le pays peut mieux faire.   D’ailleurs, il est possible de rattraper le train du e-commerce en marche, tant que les dés ne sont pas encore  jetés et qu’une réglementation internationale régissant le secteur n’a pas encore vu le jour.                                                                                   

Vers une réglementation internationale

Pour  rappel, depuis janvier 2021, 86 membres  de l’OMC, représentant 90% du commerce mondial, travaillent d’arrache-pied pour créer une réglementation qui organise les échanges commerciaux dans le cadre du commerce électronique.  Lancées en 2019 en marge du forum de Davos à l’initiative de trois pays, en l’occurrence  l’Australie, le Japon et la Singapour, les négociations avançaient lentement.  Mais à partir de 2022, les contours d’un nouveau cadre réglementaire se précisent. A l’OMC, on promet d’ores et déjà, aux PME un meilleur accès, à faible coût, aux marchés internationaux. L’échiquier mondial du commerce électronique se dessine. Alors, quelle place la Tunisie pourrait-elle  y occuper ? L’essor du commerce en ligne mondial, constituera-t-il une opportunité pour la Tunisie ou serait-il un changement majeur qu’elle sera condamnée à subir?

Une augmentation de 54% par rapport à 2020

Pour planter le décor, rappelons d’abord que d’après le rapport annuel 2020  de la Cnuced  « Unctad B2C E-Commerce index », la Tunisie occupe la 77e place à l’échelle mondiale, perdant ainsi 7 places par rapport au classement de 2019.  Aux échelles africaine et arabe, elle est classée respectivement 3e et 9e. Pour la deuxième année consécutive, le e-commerce poursuit une trajectoire fortement haussière confirmant un changement de comportement des consommateurs qui passent de l’achat en magasin vers l’achat en ligne. Selon les récentes statistiques communiquées par le ministère du Commerce, le nombre des sites marchands affiliés aux plateformes de paiement a atteint 1.436. En 2021, le volume des transactions du commerce électronique a augmenté de  54% par rapport à l’année 2020 et de près de 170% par rapport à 2019 pour s’établir à 9.937.474 transactions d’une valeur totale de 576.7 millions de dinars. Le Covid-19 a été une aubaine pour un secteur qui n’a pas, paradoxalement, connu la crise au moment où tous les secteurs pâtissent d’une récession étouffante. Cela n’empêche que le secteur peut mieux faire et qu’il n’a pas atteint son plein potentiel. Les obstacles à son véritable essor persistent et au cas où on ne réussit pas à les démanteler, le secteur risque d’atteindre son plafond de verre.En effet, le paiement en ligne reste toujours l’obstacle n°1 qui freine la croissance potentielle du secteur.

Un faible recours aux paiements électroniques

Le rapport d’évaluation de l’état de préparation au commerce électronique en Tunisie, qui a été réalisé par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) et publié en mars 2022, souligne, à cet égard, le faible recours aux paiements électroniques lors des achats en ligne. “La dématérialisation des paiements reste toutefois limitée, dans la mesure où le règlement à la livraison demeure l’option privilégiée dans le cadre des opérations de commerce électronique (84% selon l’enquête auprès des consommateurs, réalisée par la Cnuced en 2021)”, note le rapport. Selon l’enquête réalisée par l’agence onusienne, cette réticence à l’égard du paiement en ligne s’explique par le manque de confiance des consommateurs dans la sécurisation des paiements en ligne; une réglementation de paiements électroniques et mobiles inadaptée aux opérations de commerce en ligne, une  faible interopérabilité entre les différents moyens de paiement électronique et mobile et par un coût élevé des services de paiement en ligne pour les e-commerçants. Le rapport explique, cependant, que le nouveau cadre réglementaire des établissements de paiement et de la monnaie mobile, mis en place par la BCT, devrait, à terme, permettre une meilleure interopérabilité des services financiers et une émergence d’un écosystème propice au développement des paiements digitaux. Aussi,  l’absence d’une loi dédiée à la cybercriminalité, ainsi que la dispersion des textes relatifs au commerce en ligne, dissuadent souvent aussi bien les consommateurs que les professionnels,  réduisant ainsi la connaissance de ce domaine et sa compréhension par le public.

Les transactions internationales ne représentent que 0,7%

S’agissant des opportunités, le commerce électronique transfrontalier peut jouer un rôle important dans l’exportation des produits fabriqués en Tunisie, cependant, il reste très peu développé. En effet, le e-commerce transfrontalier peut servir d’une rampe de lancement pour la commercialisation des produits artisanaux, du terroir … et de leur exportation vers d’autres marchés extérieurs. Sans oublier que le commerce électronique transfrontalier se conjugue parfaitement avec les accords de libre échange (tels que la Zlecaf) puisqu’ils constituent  un vecteur de croissance. Pourtant, les transactions internationales ne représentent que 0,7% du volume des transactions en 2020. Le rapport de la Cnuced explique, en ce sens, que le développement du commerce électronique transfrontalier pâtit de la rigidité de la réglementation des changes et notamment de l’accès difficile des consommateurs et commerçants aux comptes en devises et aux cartes bancaires internationales. “L’accès difficile aux comptes en devises et aux cartes bancaires internationales représente une entrave face au développement du commerce électronique transfrontalier”, souligne le rapport. Ainsi, l’assouplissement de la réglementation des changes et la résolution des problèmes liés à la lourdeur des procédures douanières lors de l’exportation des marchandises via le e-commerce  s’avèrent alors nécessaires pour libérer un potentiel, otage d’une législation rébarbative.

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