Depuis cinq ans, le pays affronte une vague de sècheresse due à la hausse des moyennes annuelles de température évaluée à 2.1° durant les trente dernières années, causant ainsi l’amplification du phénomène d’évaporation d’eau contre une baisse du niveau des eaux de surface et celui des eaux profondes, une dépréciation de la qualité des eaux, la hausse du taux de salinité et également la baisse du taux de remplissage des barrages et des lacs collinaires. Il existe, en effet, 36 barrages en Tunisie, dont le taux de remplissage n’a pas dépassé le niveau de 48% jusqu’à la fin du mois de janvier 2022, et ce, en raison de la faiblesse des précipitations annuelles associée au phénomène d’envasement des barrages causé par les dépôts de boues, un problème récurrent auquel l’Etat n’apporte malheureusement pas les solutions appropriées et attendues. Les changements climatiques affectent sensiblement les ressources hydriques en contribuant à la détérioration de l’ensemble des services en rapport avec l’eau, en plus de son impact direct sur le secteur agricole et la sécurité alimentaire du fait du rétrécissement des terres destinées à la culture des céréales et des différentes plantations. Le rendement des arbres fruitiers et particulièrement les oliviers régresse considérablement et les revenus des agriculteurs accusent une forte baisse. C’est en raison des changements climatiques que l’on s’est retrouvé contraint de fermer les trois barrages (Houareb, Nebhana et Sidi Saâd) au gouvernorat de Kairouan au cours de l’année 2021. Une situation qui a engendré des protestations parmi les agriculteurs suite à la pénurie des eaux d’irrigation ayant affecté lourdement leur unique source de revenus. Beaucoup d’entre eux, surtout les moins lotis dans plusieurs régions, ont choisi de vendre leurs terres et sont partis soit vers d’autres villes ou carrément émigrer à l’étranger à la quête de meilleures conditions, leur garantissant une vie décente. Le tarissement de plusieurs sources d’eau potable sous l’effet du réchauffement climatique a également contribué à l’aggravation des soucis ressentis par les citoyens, surtout dans les campagnes. A cet égard, l’absence d’une stratégie claire pour s’adapter aux changements climatiques et faire face à la pauvreté en eau que nous vivons aujourd’hui, associée à une sorte d’indifférence manifestée non seulement par les investisseurs, mais aussi par l’Etat lui-même qui peine à rompre avec les politiques incitatives à l’épuisement des ressources, en plus d’une mauvaise gouvernance notoire en matière de résilience face aux phénomènes du réchauffement climatique et ses retombées dévastatrices… Tout cela conduit inéluctablement à l’aggravation de la crise des eaux et la compromission de l’avenir des générations futures et leur droit fondamental à une vie décente. Si rien ne se fait dans l’avenir proche, nous irions tout droit vers des situations assez conflictuelles, voire des guerres de l’eau qui constitue l’un des facteurs déterminants de la sécurité alimentaire et le bien-être des populations.

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Charger plus par Meriem KHDIMALLAH
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