«Tabarkini» de Habib Mestiri a été projeté à la basilique de Tabarka. Le film nous fait découvrir toute l’épopée des Tabarkini et nous fait découvrir une Tabarka méconnue à nos jours.

Voici un documentaire historique réalisé par Habib Mestiri et qui s’inscrit dans la ligne des films qui ne mettent pas seulement en valeur notre patrimoine. Si l’histoire des Italiens en Tunisie est bien connue, rares sont les pages qui ont traité celle des tabarkini, soit les Génois de Tabarka. En ce sens, le film constitue un document très important dans la mesure où il enrichit nos connaissances autour de cette partie de notre histoire. Habib Mestiri en est à son quatrième long-métrage documentaire.   

Dans un entretien accordé à La Presse en décembre 2021, le réalisateur a déclaré : «Je pense, qu’à défaut d’une industrie cinématographique, sous nos cieux, le cinéma devrait faire œuvre utile en participant, au moins, à la sauvegarde de la mémoire collective, en témoignant de l’histoire et des grands événements qu’a connus le pays, ainsi que des luttes des Tunisiens pour les libertés, la justice, le développement culturel et social, la démocratie et autres. C’est pourquoi je suis toujours en quête de la mémoire collective. Aux dirigeants politiques de la rive nord de la Méditerranée qui ferment leurs frontières, entravant ainsi la liberté de circulation des personnes, «Tabarkini» montre que la Tunisie était, depuis toujours, une terre d’accueil pour les réfugiés et les démunis quelle que soit leur appartenance ethnique et religieuse». En 1544, Charles Quint, à l’issue d’un traité signé avec le Bey de Tunis, Moulay Hassan, qui lui accordait l’autorisation de fonder des places fortes sur les côtes tunisiennes et celle de pêcher le corail, favorisa l’installation de Gênois dans l’îlot de Tabarka (aujourd’hui presqu’île), qui devint vite un comptoir prospère, sous la direction de la puissante famille des Lomellini. La population, qui y vécut près de 200 ans et atteignit jusqu’à 1.800 personnes, s’adonna à la pêche du corail et au commerce des produits régionaux, dont le blé, exporté à Gênes.

Par ailleurs, les Tabarquins ou “Tabarchini”, comme on les désignait dans les registres tunisiens jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, créèrent une société originale qui empruntait au milieu local certains de ses modes de vie et des éléments de sa culture. Nombre d’entre eux, dont les élites, sont devenus bilingues, et ont vu leur langue d’origine s’enrichir de mots et de concepts empruntés à la langue arabe et aux autochtones.

C’est ce qui permit à certains, quand le comptoir fut détruit en 1741, de s’intégrer à la société tunisienne, de trouver des emplois à la mesure de leur compétence et de former le noyau central de la communauté chrétienne de Tunis, tout en gardant des liens avec ceux qui, partis de Tunisie, fondèrent les trois “nouvelles” Tabarka : Carloforte et Calasetta, dans deux îles au sud-ouest de la Sardaigne et NuevaTabarca, au large d’Alicante, en Espagne. Les “Tabarchini” d’outre-mer n’ont jamais oublié leur patrie africaine et, depuis 2008, les liens se sont resserrés avec Tabarka. Les témoignages culturels de l’histoire, qu’ils partagèrent pendant deux siècles avec Tabarka et son arrière-pays, sont nombreux et vivaces dans bien des domaines. Par exemple la pratique, y compris chez les plus jeunes, du “tabarchino”, langue reconnue par la Sardaigne comme langue minoritaire, les chansons qui parlent d’horizons lointains, la cuisine, dont la fabrication du couscous, “il cahscà”, et de bien d’autres plats aux senteurs de l’Afrique du Nord.

Tabarka a déposé sa demande pour que cet héritage soit inscrit au Patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Espérons que ce film lui sera d’un grand soutien !

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