«A l’ère de l’industrie 4.0, la transformation numérique des entreprises est un enjeu majeur pour celles qui souhaitent rester compétitives, mais elle est une source d’inquiétude pour les syndicats en raison du risque de la transformation indécente du travail, notamment en termes de perte et de précarité de l’emploi», c’est ce que mentionne l’étude réalisée par l’ONG Friedrich-Ebert-Stiftung intitulée «Bâtir avec les travailleurs une industrie automobile plus compétitive, durable et axée sur le travail décent». 

« Bâtir avec les travailleurs une industrie automobile plus compétitive, durable et axée sur le travail décent », tel a été l’intitulé de l’étude réalisée par l’organisation non gouvernementale, Friedrich-Ebert-Stiftung. Ce travail, réalisé par Saïd Ben Sedrine et Mongi Amami, a été effectué avec l’appui de la Fédération générale de la métallurgie et de l’électronique (Fgme).

L’étude réalise, en première phase, un diagnostic économique et social du secteur mécanique et électronique où l’industrie automobile joue un rôle central dans son développement au cours de ces dernières années. Ainsi, un diagnostic détaillé des déficits de travail décent fait sur la base d’une enquête auprès des syndicats de base du secteur identifie les défis sociaux à relever par le Pacte de compétitivité de l’industrie automobile.

Obstacles entravant le cycle de vie de l’entreprise

L’étude souligne qu’aujourd’hui  « l’industrie automobile connaît au niveau international une révolution radicale. Les progrès technologiques redéfinissent le transport, en faisant évoluer la mécanique traditionnelle vers une mobilité complexe, écologique et connectée, grâce à l’électronique et aux logiciels. Pour garder leur place sur ce marché dynamique, les constructeurs automobiles doivent revoir leur approche de tous les aspects de la conception, du développement et de la fabrication des produits ».

A l’ère de l’industrie 4.0, la transformation numérique des entreprises est un enjeu majeur pour celles qui souhaitent rester compétitives, mais elle est une source d’inquiétude pour les syndicats en raison du risque de la transformation indécente du travail, notamment en termes de perte et de précarité de l’emploi.

À la demande de la Fédération générale de la métallurgie et de l’électronique de l’Ugtt, ce rapport réalise d’abord un diagnostic économique et social du secteur mécanique et électronique où l’industrie automobile joue un rôle central dans son développement au cours de ces dernières années. Un diagnostic détaillé des déficits de travail décent sur la base d’une enquête auprès des syndicats de base du secteur identifie les défis sociaux à relever par le Pacte de compétitivité de l’industrie automobile. Le diagnostic de ce rapport porte aussi sur les obstacles qui entravent tout le cycle de vie de l’entreprise et qui sont à l’origine de l’immobilisme industriel dans les activités économiques à faible valeur ajoutée : production de faisceaux de câbles et des pièces peu complexes technologiquement et en très grandes séries (airbags, ceintures de sécurité, pièces pour carrosserie en plastique et composite…).

L’intégration internationale de l’économie tunisienne offre l’opportunité de changer de modèle industriel en créant un climat d’investissement attractif des grands groupes industriels pour passer de la sous-traitance internationale à la « coproduction » qui permet « le transfert de technologie ainsi que le partage de la valeur ajoutée 6». Le défi pour la Fgme est de faire de la promotion du travail décent un pilier central du Pacte de compétitivité pour l’industrie automobile, ce qui demande le renouvellement des ressources de son pouvoir syndical en vue de peser sur les orientations des politiques publiques et celles des entreprises.

Révolution radicale que connaît l’industrie automobile

La deuxième partie de ce rapport présente alors les caractéristiques de la révolution radicale que connaît l’industrie automobile sur le plan international et propose les orientations et les mesures nécessaires pour promouvoir le travail décent. Ce travail résume les aspirations de tout travailleur : possibilité d’exercer un travail productif et convenablement rémunéré, assorti de conditions de sécurité sur le lieu de travail, de protection sociale et de la formation des travailleurs pour sécuriser l’emploi et en faire un facteur de compétitivité de l’entreprise. Cette possibilité suppose une égalité de chances et de traitement pour les femmes et les hommes et le respect de la liberté syndicale pour relever les défis économiques, technologiques et écologiques par le dialogue social.

Dans un premier chapitre, ce travail parle des caractéristiques du secteur mécanique et électronique, pilier de la politique industrielle.

Ainsi, la part de l’emploi du secteur mécanique et électronique dans le total de l’emploi industriel est croissante entre 2002 et 2018, passant de 16  à 29 %, soit une augmentation de 13 points de pourcentage.

Un large éventail d’activités

Le secteur des composants automobiles en Tunisie connaît, depuis une décennie, une croissance annuelle moyenne de 12%. Il compte plus de 260 entreprises dont 66% totalement exportatrices, plus de 130 entreprises sont étrangères, plus de 80.000 postes d’emplois sont créés et le secteur a réalisé plus de 2 milliards d’euros d’exportation de pièces détachées automobiles14. Le secteur automobile recouvre un large éventail d’activités différentes correspondant à l’ensemble des maillons de la chaîne de valeur : composants électriques et électroniques, câbles, moteurs et composants de moteur, autres composants mécaniques, plastiques et caoutchouc, textiles et cuirs, assemblage des véhicules, ainsi que les systèmes logiciels et la conception.

Cette même étude montre que l’industrie de composants automobiles à forte intensité de main-d’œuvre est très sensible à la hausse des salaires des travailleurs peu qualifiés, car les matières premières représentent à elles seules plus de 70 % du coût total du produit. Les incitations fiscales favorables aux investissements directs étrangers, la proximité de la Tunisie par rapport à l’Europe et le flux croissant des diplômés techniciens et ingénieurs sont des facteurs attractifs des multinationales de l’industrie automobile. Mais  la demande des ingénieurs est exprimée principalement par les grandes entreprises en vue d’encadrer la main-d’œuvre peu qualifiée pour assurer le respect des normes de qualité exigées par les clients.

Toujours d’après l’étude de « Friedrich-Ebert-Stiftung Tunisie », le Pacte, partenariat public-privé, pour l’industrie des composants automobiles à l’horizon 2025 est construit sur la base d’une étude qui a été pilotée par un comité comprenant : le ministère de l’Industrie et du Commerce, l’Agence de Promotion de l’Investissement extérieur (Fipa-Tunisia), l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (Apii) et l’Association tunisienne de l’automotive (TAA) qui représente les entreprises du secteur37. Ainsi, les représentants des travailleurs n’ont pas été associés au pilotage de cette étude.

Simplifier les procédures administratives et l’environnement réglementaire

La stratégie est construite autour des piliers suivants : le cadre réglementaire et incitatif, l’infrastructure, le financement, l’emploi et la formation, le développement technologique, l’innovation et la promotion de l’image de la Tunisie à l’étranger. En principe, un sixième pilier existe dans le Pacte global publié par le gouvernement intitulé «Mesures sociales », mais qui n’apparaît pas dans le document de présentation du Pacte pour l’Industrie Automobile par Tunisian Automotive Association. La stratégie vise à simplifier les procédures administratives et l’environnement réglementaire des entreprises pour favoriser un rebond de l’investissement, permettre au secteur de mieux tirer profit de la relocalisation d’usines appartenant à des groupes internationaux.

Les objectifs fixés à l’horizon 2025 sont d’atteindre les 12,6 milliards de dinars d’exportations, des investissements à hauteur de 26 % du PIB automobile, la création de 120.000 emplois avec un taux d’encadrement de 20 % et un taux d’intégration des activités économiques de 50 % pour monter les chaînes de valeur. Cinq nouvelles implémentations sont prévues : une unité d’assemblage finale de véhicules électriques, deux équipementiers automobiles de rang 1 et deux Centres de compétences39. L’ambition de la stratégie est de réussir la montée dans la chaîne des valeurs en assurant le passage de l’assemblage à des activités à plus grande valeur ajoutée. Les investissements seront orientés vers les domaines suivants de la filière automobile : les systèmes de navigation et de conduite avancée,  la mécatronique, les matériaux innovants et l’efficacité énergétique.

Il est à préciser que la seconde partie de l’enquête a concerné la construction de l’avenir de l’industrie automobile avec les travailleurs.

Le travail décent un pilier central du pacte de compétitivité

En guise de conclusion, cette enquête précise que l’industrie automobile apporte une contribution de poids au développement du secteur mécanique et électronique et à l’économie tunisienne. La Tunisie accueille de grands équipementiers mondiaux de France, d’Allemagne et d’Italie qui sont à la pointe de la recherche et du développement en matière de production. Ils pourraient permettre à l’industrie automobile tunisienne de réussir la montée dans la chaîne de valeur et d’évoluer de l’assemblage à des activités à plus forte valeur ajoutée. Le partenariat entre la Tunisie et l’Union européenne devrait adopter la coproduction comme un modèle de coopération économique « gagnant – gagnant » car il implique la mise en place de partenariats, et non la sous-traitance, pour un partage équitable de la valeur ajoutée, le développement conjoint d’une chaîne de valeur, générant de la valeur ajoutée localement et à chaque étape de son cycle, et donc, pour toutes les parties prenantes, le partage de technologies et de la montée en gamme de chacun des partenaires, dans le respect de la Responsabilité Sociale et Environnementale, des investissements durables et une planification à long terme, sans volonté de faire un « coup » à court terme, une adéquation entre l’offre extérieure et la demande locale.

Le climat actuel de l’investissement en Tunisie n’est pas favorable à ce modèle. Ce rapport a fait un état détaillé des obstacles à éliminer durant tout le cycle de vie de l’entreprise. Le modèle d’organisation et de gestion des entreprises publiques et des services publics est un obstacle majeur en raison du rôle prépondérant de leur rôle dans les domaines en relation avec le climat de l’investissement. Les réformes structurelles nécessaires sont bien connues pour faire du Site Tunisie un site  attractif. Le gouvernement doit, dans les faits, simplifier les réglementations, améliorer l’accès des petites et moyennes entreprises au financement, réaliser le plan d’amélioration des infrastructures des transports et numériques pour faciliter les échanges du commerce intérieur et extérieur selon les normes internationales et mettre en œuvre une réforme fiscale cohérente et transparente favorable à l’investissement et à la répartition équitable de la richesse.

Pour devenir inclusif, le développement économique de l’industrie automobile doit aller de pair avec le développement social. Il s’agit de faire de la promotion du travail décent un pilier central du pacte de compétitivité. Au niveau microéconomique, les entreprises privées devraient mettre le travail décent et la protection de l’environnement au cœur des processus de production et de commercialisation en appliquant les normes nationales et internationales en la matière.

Charger plus d'articles
Charger plus par Saoussen BOULEKBACHE
Charger plus dans Economie

Laisser un commentaire