Après Le Caire, Bagdad, Khartoum et Abou Dhabi, la Maison du luth arabe (Arab Oud House) verra le jour dans les prochains mois à Tunis dans le cadre d’un partenariat entre le ministère des Affaires culturelles et l’Alecso (Organisation arabe pour l’Education, la Culture et les Sciences).

Arab oud house est une initiative du grand luthiste irakien, Nasseer Shamma, qui existe depuis 1998 dans d’autres pays arabes. Ce projet d’envergure est un espace de formation et d’apprentissage musical qui existe au Caire, à Bagdad, à Khartoum (Soudan), à Abou Dhabi (EAU) et bientôt à Ryadh (Arabie saoudite) et à Tunis (Tunisie).

D’autres maisons du luth seront ouvertes dans des capitales européennes, dont Berlin où réside l’artiste et Londres qui avait constitué une étape importante dans le parcours, de Shamma après avoir quitté son pays au début des années 90. La maison du luth en Tunisie est un projet, dont l’annonce a été faite, jeudi, lors de la réception faite à l’honneur du grand luthiste irakien Naseer Shamma, au siège du ministère des Affaires culturelles.

Au lendemain de son spectacle à Carthage, l’artiste a été accueilli par la ministre des Affaires culturelles, Hayet Ketat Guermazi. Un hommage a été rendu aux efforts assez précieux de cet artiste et son souci d’aller de l’avant dans la mise en œuvre d’un projet artistique de haut niveau en faveur d’une culture musicale arabe au-delà du cadre géographique et culturel arabe.

La ministre a déclaré que ce projet revêt une grande symbolique créative et patrimoniale. Ce projet musical, d’une valeur ajoutée pour la scène culturelle en Tunisie, aidera à renforcer la diversité culturelle et artistique dans le pays, a-t-elle encore dit.

La ministre a insisté sur le rôle de la musique en tant que langage universel qui rassemble les humains.

Pour sa part, Naseer Shamma a exprimé ses remerciements et sa reconnaissance à tous les acteurs culturels dans le pays et au ministère, en particulier, pour la coopération qu’il constate à chaque fois où il est invité en Tunisie.

La Maison du luth en Tunisie s’inscrit dans la perspective d’un projet prometteur qui aidera à enraciner la culture musicale et l’usage des instruments de musique arabes comme le luth aussi bien que de les préserver de la perdition. De nouvelles générations de luthistes sont formées dans les différentes maisons créées dans les capitales arabes. Celle de Tunisie adoptera le même principe en vue de former des musiciens de haut niveau.

Ce nouveau-né s’ajoutera aux autres institutions musicales spécialisées dans le pays. La Tunisie compte plusieurs écoles et instituts supérieurs de musique, publics et privés, qui offrent un enseignement généralisé et par spécialités.

Avec le début de la deuxième guerre du Golfe et dans un pays ravagé, Naseer Shamma, a quitté l’Irak pour la Tunisie où il a enseigné à l’Institut supérieur de la musique durant cinq ans, de 1993 à 1998.

Naseer Shamma et le luth forment une histoire de passion qui dure depuis l’enfance pour le placer au summum de la gloire dans sa spécialité de luthiste. Son penchant pour la culture a également formé un atout de plus pour cet artiste devenu une source d’inspiration et un mentor pour beaucoup de jeunes musiciens.

Ce messager de la paix, ambassadeur de l’Unesco pour la paix et de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (Ifrc), est auteur, compositeur et interprète hors-pair qui a sa propre empreinte musicale. La notoriété d’artistes comme Shamma n’est pas acquise aussi facilement, mais elle est plutôt le résultat d’une grande volonté à créer, à changer et à s’investir dans l’art par le corps, l’âme et l’esprit.

Après la Tunisie, l’Egypte a constitué une étape marquante dans le parcours réussi du luthiste, surtout que l’Opéra du Caire avait accueilli son premier concert. Ses débuts en Egypte étaient en 1997 pour qu’un an plus tard, il réalise son rêve de créer la Maison du luth arabe, au Caire.

Naseer Shamma a conquis le Monde arabe et l’Occident dans des spectacles très attendus par un public averti. L’artiste a gravi les échelons du succès en se faisant une place parmi les grands luthistes de sa génération. Dans son spectacle instrumental «Naseer Shamma & the peace builders», au Festival international de Carthage, le luthiste et sa formation de solistes, de plusieurs nationalités, ont offert des sonorités pour l’humanité, l’histoire et un monde meilleur devant un public assez nombreux.

L’artiste porte en lui la promesse d’un monde meilleur dans des dialogues sonores qui embrassent l’histoire millénaire de nos sites en région arabe. De Babylone et Erbil en Irak, à l’Arabie saoudite jusqu’en Tunisie et le site de Carthage sur les portes de la rive sud de la Méditerranée, ses créations ouvrent une fenêtre sur un passé lointain qui habite chacun de nous.

«Les lieux qui m’habitent me provoquent pour écrire mes créations musicales», a déclaré l’artiste en présentant l’un des morceaux. La magie de l’Orient l’habite et effleure son esprit dans des créations qui invitent au voyage dans les rues d’Alexandrie, de Bagdad ou de Carthage.

«Le croissant de Akama» est une composition inspirée du site historique Al-akma en Arabie saoudite qui se trouve dans une zone montagneuse sur l’ancienne route de la soie.

Des jardins suspendus de Babylone, l’une des sept merveilles antiques, il a été inspiré dans un morceau qui s’intitule «La Dame des jardins». «Les cités de Narcisse» est un hommage à la citadelle d’Erbil, un site classé au patrimoine de l’Unesco.

«Carthage» est un nouveau morceau dédié au Site de Carthage qui est classé au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1979. La Tunisie est un pays qui avait acceuilli Naseer Shamma depuis près de trois décennies et pour lequel l’artiste voue une grande admiration dont témoigne son choix d’y créer une nouvelle maison du luth.

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