Tahar Melligi a tiré sa révérence mercredi 10 août 2022. Triste séparation. Chose à relever néanmoins, ce fut après une longue, une très longue période d’arrêt. Presque une décade pour celui qui ne manquait jamais à l’actualité artistique, sans écrits de journaux, sans émission, sans animation, sans apparition radio ou télé.
Etait-ce une raison d’âge, de maladie ? Pas tant,Tunis est un village, et durant tout ce temps, nous l’eûmes su. Etait-ce, comme il avouait lui-même, lors d’une récente interview, «pour laisser place à la nouvelle génération» ? Pas sûr, non plus. On a bon souvenir de la période active de Melligi, y compris de la toute dernière, des années 90 et 2000. Rien, vraiment, ne laissait filtrer qu’il eût ce sentiment ni, a fortiori, que les jeunes collègues l’y eurent poussé. Non. A notre sens, la coupure subite et prolongée avec le métier eut de bien plus sérieux arguments.
Arguments liés à la fois au parcours du journaliste, comme aux réalités nouvelles auxquelles il s’est retrouvé confronté. Le parcours de Tahar Melligi c’est plus d’un demi-siècle à même un art unique, une école unique, à même l’âge d’or de la chanson et du cinéma arabes, avec une référence première.
L’Égypte et pratiquement l’égale veine, un égal génie tunisien. Simple. Jeune, Tahar Melligi commencait par tout apprendre du mouvement artistique arabe de la première moitié du XXe siècle. Mature, désormais, culturellement enrichi, doté d’un goût musical sûr et d’un bon regard sur le théâtre et le cinéma, il avait largement les connaissances et le talent que le public et les artistes lui ont connus et appréciés tout au long de la seconde moitié.
Le plus remarquable, toutefois, le plus remarqué, à notre avis, ces années durant, est que le Melligi, qui en est ressorti, est le gardien et le défenseur sans concession d’une époque à ses yeux irremplaçée, voire irremplaçable. Un âge d’or, dont on ne reproduit plus ni les acteurs, ni les créateurs,ni les films, ni les musiques, ni les voix… Un âge d’or auquel Si Tahar a cru jusqu’au bout. Jusqu’à la «prise de pouvoir» d’un tout autre monde sans les maîtres,sans le génie, sans le goût. Tahar Melligi a renoncé tôt, bien avant de tirer sa révérence. Il n’y croyait plus. À notre sens, seule raison.

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