Il n’est en rien interdit d’ouvrir les horizons et de penser à l’avenir bien plus que l’immédiat, plutôt que de fermer les yeux et d’attendre la catastrophe sans rien anticiper, comme on l’a fait pour les autres maux qui ont conduit le pays là où il est aujourd’hui.

Entre aptitude imaginée et aptitude réelle, le débat sur la logique et l’efficacité des réformes économiques est encore ouvert. L’incertitude et le flou sont le dominateur commun de ce qui a été entrepris et ce qui reste encore à accomplir.

En crise financière et budgétaire, voire identitaire, l’économie tunisienne a de plus en plus mauvaise mine. Elle pâtit d’une image déplorable. Ralentie dans son mode de performance, ses principaux instigateurs, notamment ceux qui sont passés aux commandes après la révolution, ont fait, et continuent encore de faire, un mauvais usage des notions économiques. Résultat : la Tunisie, qui subit de plus en plus de pressions de l’intérieur comme de l’extérieur, notamment face à un ordre mondial en mutation constante, peine à revenir à une économie réelle, à trouver un équilibre financier, à combler son déficit budgétaire et à sortir de la spirale d’endettement qui représente plus de 100% du PIB tunisien.

Du côté de La Kasbah, l’on persiste à considérer un possible accord avec le Fonds monétaire international comme unique solution à la crise. Jusque-là, les mesures entreprises dans différents secteurs ont eu souvent des destins contrariés : si certaines ont été vite enterrées, d’autres traînent encore au point de prendre une forme méconnaissable. Lors de son dernier entretien avec la Cheffe du gouvernement et dans le cadre de la lutte contre la hausse des prix, le message du Président de la République était des plus clairs : chacun doit assumer ses responsabilités dans l’application de la loi.

Du côté de la place Mohamed-Ali, le secrétaire général de l’Ugtt, Noureddine Taboubi, reconnaît lui aussi que la centrale syndicale est consciente de l’absence d’autres solutions. Il va même jusqu’à considérer le recours au financement étranger comme étant essentiel à la Tunisie. Cela ne l’a pas pour autant empêché de réitérer l’attachement de l’Ugtt à préserver le pouvoir d’achat des salariés, tout en affirmant qu’elle ne permettra pas de laisser le citoyen payer les frais des erreurs qui ont conduit à cette crise.

De leur part, des partis politiques ne manquent pas de mettre en garde contre un accord du gouvernement avec le FMI. C’est le cas notamment du Parti des travailleurs, d’Attayar, d’Al Qotb, d’Al Jomhouri et d’Ettakatol qui qualifient un tel accord comme une fuite en avant, une soumission au FMI et à certains pouvoirs régionaux.

La situation économique et financière de la Tunisie a pris un virage incontrôlable après la révolution. Elle a eu un retentissement tellement grave au point de dépasser très largement le cadre économique et de se migrer vers le terrain politique. Il n’est pas difficile en effet de déduire que la décennie noire a servi  à amoindrir sensiblement les performances économiques de la Tunisie.

Un monde irraisonnable

Cette transformation ne reflète pas seulement les exigences qui empêchent l’économie tunisienne d’accéder à un plus haut niveau, mais elle traduit une défaillance caractérisée dans tout ce qui a rapport au monopole, à la spéculation et à la contrebande. Tout ce qui est lié aux  manquements des uns et au renoncement des autres. Tout ce qui fait penser à l’effondrement de la production dans plusieurs secteurs et à la baisse considérable de l’épargne. Tout ce qui conduit enfin à l’absence de l’investissement et à l’incapacité à créer la richesse et les emplois.

La situation économique et financière risque-t-elle d’engendrer une impossibilité pour la Tunisie d’honorer ses engagements à l’international et de payer ses dettes ? Bien sûr, on n’en n’est pas encore là, mais l’on n’est pas censé ignorer que les premières victimes à payer le prix de la dégradation de la situation économique du pays, ce sont les classes pauvres et marginalisées. La plus grande illustration à cet état de fait est évidemment la hausse du taux de pauvreté et du chômage, la pénurie des produits alimentaires et la propagation du phénomène de l’émigration irrégulière.

Alors, pour faire face à autant de dérèglements, mais aussi à un monde qui ne sait plus se montrer raisonnable en termes d’abus et de débordements de différents genres, les autorités compétentes doivent aujourd’hui taper du poing sur la table. Les fameuses campagnes de persuasion et d’intimidation ne semblent plus suffire, encore moins convaincre les contrevenants qui ne cessent de se multiplier et d’imposer leur loi….

Au vu de ce qui se passe aujourd’hui, et compte tenu de ce qui a été gâché au fil des années, les mesures adoptées n’ont pas permis d’enclencher la cure d’assainissement tant espérée. Le système et les circuits sont, certes, complexes, mais la règle de base aurait été certainement meilleure si les différentes parties prenantes avaient pris en considération les exigences relatives aux équilibres financiers dont a vraiment besoin aujourd’hui le pays. En effet, il n’est en rien interdit d’ouvrir les horizons et de penser à l’avenir bien plus que l’immédiat, plutôt que de fermer les yeux et d’attendre la catastrophe sans rien anticiper, comme on l’a fait pour les autres maux qui ont conduit le pays là où il est aujourd’hui.

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