Il ne passe pas un jour sans que l’on soit informé de ces embarcations clandestines qui quittent le pays pour faire passer des Tunisiens désespérés vers le Vieux continent. Rêvant malheureusement d’un avenir meilleur que celui que leur offre leur pays, des jeunes, mais aussi des familles entières, encourent le risque de finir dans des sacs mortuaires.  

La migration clandestine à destination des côtes italiennes bat actuellement son plein en Tunisie. Ils sont devenus nombreux à être tentés par ce voyage si risqué et si dangereux, mais rien ne les prive de tenter leur chance, ils sont en quête d’un quotidien plus clément et d’un avenir plus rassurant. Hors de contrôle des autorités, semble-t-il, ces embarcations quittent quotidiennement le pays pour atteindre, ou pas, les côtes italiennes.

Récemment, un drame a eu lieu à Chebba, où des les opérations de recherche de migrants disparus suite au naufrage d’une embarcation ont permis aux unités de la Garde nationale maritime et de la Marine nationale de repêcher, samedi soir, cinq nouveaux cadavres. Ainsi, le nombre de victimes est porté à 11 après le repêchage de six autres corps auparavant et le sauvetage de 14 personnes.

D’après la même source, douze autres seraient encore disparus étant donné que l’embarcation comptait environ 37 personnes, toutes de nationalité tunisienne, selon les investigations ordonnées par le ministère public. Depuis le naufrage de l’embarcation, les familles des disparus se sont rassemblées au port de pêche de Mahdia pour être informées des résultats de recherche.

Encore un drame qui témoigne de la gravité de la situation et d’un phénomène qui semble échapper à tout contrôle, y compris celui des familles et des parents. Sauf que ce fléau a pris de nouvelles dimensions puisqu’on parle désormais de familles entières qui décident de quitter clandestinement le pays. On parle d’enfants, de mineurs et même de bébés sans que les autorités ne parviennent à trouver les solutions adéquates pour y remédier.

Le rôle de la société civile

Dans cette lutte contre la migration clandestine, le rôle de la société civile est crucial. Il s’agit du moins d’une arme de persuasion, mais aussi de documentation des drames et des souffrances des familles attristées par la disparition de ces jeunes.

Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (Ftdes) est sur le front de la guerre. Ses chiffres témoignent, en effet, d’une catastrophe silencieuse qui ne cesse de nuire à l’avenir du pays.

Le nombre de Tunisiens arrivés sur les côtes italiennes dans le cadre de l’émigration irrégulière s’est élevé à 3.730 personnes, et ce, en moins d’un mois (du 15 août au 8 septembre 2022). En deux mois, lors de juillet et août, ce nombre est multiplié par deux. En effet, ce sont 7.745 personnes qui ont gagné l’Italie au cours de cette période contre 8.939 qui en ont été empêchées et 49 qui sont portées disparues.

On affirme également que près de dix mille Tunisiens dont 498 femmes et 2.000 mineurs seraient arrivés clandestinement sur les côtes italiennes depuis le début de l’année 2022. Et parmi ces candidats à l’émigration, 443 personnes ont péri ou disparu. Face à cette recrudescence des départs, surtout l’été lorsque la météo est clémente, les autorités tunisiennes continuent d’intercepter les bateaux. 

En effet, les unités de la Garde nationale maritime du Centre ont déjoué au mois d’août écoulé pas moins de 170 opérations de migration irrégulière et arrêté 3.500 migrants dont 900 Tunisiens et 2.600 subsahariens. Ces chiffres ont été qualifiés de «terrifiants» par Romdhane Ben Amor, porte-parole du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux.

«Il faut s’attendre à des scénarios terrifiants et une colère sociale qui auront lieu prochainement en Tunisie», a-t-il averti. Pour lui, avec la crise sociale actuelle, il faut s’attendre à de nouvelles vagues de migration, ce qui provoquera de nouveaux drames dans de nombreux gouvernorats.

«La crise politique, économique et sociale en Tunisie qui s’amplifie aussi, le sentiment de désespoir des Tunisiens, la détérioration des services publics, l’épuisement d’un quotidien aussi, ce sont les facteurs qui vont pousser beaucoup d’autres Tunisiens et Tunisiennes à tenter la migration», a-t-il encore ajouté.

C’est dans ce sens que la directrice générale de l’Observatoire national de la migration (ONM), Ahlem Hammami, a mis l’accent sur la féminisation de ce phénomène en Tunisie. «Cette nouvelle forme de migration s’amplifie de jour en jour en raison des successions des crises, notamment économique, sociale, politique ou encore sanitaire», a-t-elle expliqué. Pour elle, la femme tunisienne est également tentée par la migration clandestine face à la détérioration de la situation sociale dans le pays.

Quid de la solution sécuritaire ?  Les autorités affirment qu’en moyenne, plus de la moitié des tentatives de migration de ce genre sont interceptées.

Pour le ministère de l’Intérieur, tous les efforts ont été fournis pour avorter ces projets migratoires même avant le départ des embarcations. 

A cet effet, le Président de la République, Kaïs Saïed, a toujours mis en avant une approche plus globale, outre la question sécuritaire, pour traiter ce phénomène.

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