L’économie tunisienne et notamment les finances publiques ont subi beaucoup de changements et d’évolutions au cours des dix dernières années. La crise sanitaire, qui a ébranlé fortement, en 2020 et en 2021, l’économie tunisienne et altéré profondément ses fondamentaux, à l’instar de la majorité des pays de la communauté internationale, a encore accentué les fragilités et les pressions dont souffrent les finances publiques.

Tous les paramètres en sont sérieusement affectés avec notamment une amplification du déficit budgétaire, un recours accru aux emprunts extérieurs et intérieurs et un alourdissement notable de l’encours de la dette publique.

Les tiraillements politiques, l’instabilité gouvernementale et les tensions sociales tout au long des 11 dernières années, conjugués aux graves implications de la crise sanitaire sur les fondamentaux des années 2020 et 2021, ont entravé le processus de réformes et nourri le climat d’attentisme, entraînant une baisse accrue de l’investissement, un important ralentissement de la croissance et de la création d’emplois dans les secteurs productifs. Ces contreperformances ont eu d’importantes répercussions sur les équilibres macro-économiques, en général, et sur les finances publiques, en particulier.

Un rythme de croissance légèrement inférieur

Dans un rapport sur la conjoncture économique en Tunisie paru récemment, la Banque mondiale a dit s’attendre à un rythme de croissance légèrement inférieur aux prévisions antérieures. La croissance du PIB devrait se situer à 2,7% en 2022, avec le maintien de la moyenne de 0,8 point enregistrée entre le deuxième trimestre 2021 et celui de 2022.

La Banque mondiale estime qu’un scénario, plus optimiste mais moins probable, reste possible si l’on revenait à la tendance d’avant-guerre de 1,27 point, enregistré entre le deuxième trimestre de 2021 et celui de cette année.

En revanche, «le taux de croissance pourrait reculer à 2,4% en 2022 si la baisse de la demande provenant du vieux continent venait à se confirmer, avec en plus l’impact des pressions sur le budget».

Selon les prévisions de la Banque mondiale, «le déficit budgétaire pourrait atteindre 9,1% en 2022, contre 7,4% l’année dernière, avec une masse salariale incompressible et les pressions découlant de la hausse des prix mondiaux. Rapportée au PIB, la masse salariale devrait représenter 14,9% cette année, contre 15,4% en 2021 selon le rapport».

La même source estime, par ailleurs, que les recettes fiscales devraient progresser de 15% cette année, contre une croissance de 12% enregistrée en 2021, grâce aux mesures décrétées par le gouvernement, et se rapportant notamment aux impôts indirects, à savoir entre autres les taxes sur les produits de l’énergie, le tabac et certains produits, comme les téléphones portables, les cosmétiques…

Les dépenses d’investissement devraient connaître une baisse de 12% en nominal cette année, et ne représenter en 2022 que 7,9% du total des dépenses publiques, contre 18,3% en 2017.

Pour ce qui est de la dette, elle devrait augmenter à 114 milliards de dinars cette année, représentant 78,3% du PIB.

Balance budgétaire proche de l’équilibre

Samir Saied, ministre de l’Economie et de la Planification, a fait appel à un consensus national, désormais nécessaire pour identifier des solutions à la situation critique que traverse l’économie. Toutefois, «des données publiées fin 30 août 2022 par le ministère des Finances montrent que la situation économique et financière du pays n’a rien de critique, au contraire, à fin juin dernier, le budget est proche de l’équilibre, les ressources de l’Etat sont en net accroissement et les charges budgétaires sont largement maîtrisées…». Selon les indicateurs publiés par ce département, la balance budgétaire de la Tunisie est légèrement déficitaire pour 470,8 millions de dinars (MD), contre un déficit de 1.900,9 MD pour la même période de 2021.

Selon les chiffres du ministère, «l’amélioration assez remarquable de la balance budgétaire qui est presque proche de l’équilibre est due principalement à la hausse de recettes fiscales à hauteur de 19% qui se sont élevées de 14,7 milliards de dinars à fin juin 2021 à 17,5 milliards de dinars au terme du premier semestre écoulé».Le ministère des Finances a également signalé «un faible taux de réalisation par rapport aux prévisions des dépenses d’intervention (compensations et transferts aux familles nécessiteuses) qui ne dépasse pas 28,4% à fin juin dernier, et ce, en dépit de la hausse vertigineuse des charges d’importation des carburants et des produits de base».

Sur un autre plan, les données du bulletin du ministère révèlent que les ressources du trésor ont baissé à fin juin 2022 de 23,1%, atteignant 5,4 milliards de dinars, contre 7 milliards de dinars pendant le 1er semestre de 2021, d’où l’augmentation des ressources d’emprunt durant la période juin 2021-juin 2022 de 7,3 à 8,7 milliards de dinars.

Néanmoins, «le bulletin du ministère des Finances pour le suivi du budget de l’Etat au titre du premier semestre écoulé montre que la rubrique “autres ressources de trésorerie” présente un solde négatif de 3,3 milliards de dinars. Une première en finances publiques puisque toutes les ressources budgétaires fiscales et/ou provenant d’emprunts doivent obligatoirement être positives».

Les besoins en nouveaux emprunts s’élèvent à 20 milliards de dinars, soit 35% environ du montant du budget, détaillés ainsi : 12,7 milliards de dinars en emprunts extérieurs et 7,3 milliards de dinars en emprunts sur le marché local.

La consolidation des finances publiques est un chantier au long cours qui nécessite des efforts mesurés, mais constants. Les perspectives de reprise d’une économie encore convalescente, et dont les performances à court terme resteront en deçà des attentes, demeurent menacées. Surtout que les autorités pourraient être tentées de retarder la réalisation les réformes structurelles.

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