Dans tous les débats à propos de l’enseignement, on oublie ou on occulte certains points qui paraissent sans utilité, dont en premier lieu le respect. Pourtant, leur impact dans les rapports entre les divers acteurs évoluant dans l’environnement éducatif est on ne peut plus décisif et déterminant.

Bien sûr, tout tourne autour des prix des fournitures scolaires et des difficultés rencontrées par les Tunisiens à affronter cette échéance de la rentrée scolaire. Tous les regards sont   braqués sur les obstacles et les mauvaises surprises qui jalonnent le parcours des élèves et de leurs parents lors des contacts avec l’administration ou les différents personnels dans les établissements scolaires.

Respect d’abord !

Il est vrai que l’on s’intéresse davantage à tout ce qui est de nature à améliorer les conditions de travail des enseignants ou le cadre de vie des élèves. Malheureusement, les efforts sont restés insuffisants et parfois n’ont guère dépassé le stade des vœux pieux. Face à toutes ces préoccupations, on relègue au dernier plan des aspects qu’on aurait tort de négliger.

Commençons, tout d’abord, par le premier jour de la rentrée. Généralement, ce dernier est consacré aux séances de présentation. Du moins pour certains enseignants. Pendant une durée déterminée, chaque élève remplit une fiche de renseignements dans laquelle il indique son nom, sa classe, son établissement de l’année précédente ou quelques autres menues informations selon le désir du professeur.

Généralement, aussi, c’est le professeur qui prend connaissance de ses élèves en jetant un coup d’œil sur cette fiche. Le grand défaut, c’est que de nombreux enseignants ne se présentent pas à leur tour à leurs élèves. Cette situation est quasi générale. De ce fait, l’élève reste dans l’ignorance totale de son vis-à-vis et cela peut se prolonger jusqu’à la fin de l’année. Car, même dans les bulletins de notes, ces noms n’ont plus aucune signification pour l’élève. Tant que la présentation ne s’est pas faite de façon directe, elle restera sans effet.

Il y a des enseignants, en effet, qui considèrent que le fait de décliner leur l’identité n’a aucun intérêt ou que cet enseignant (cela va de soi) est connu. Non. L’élève a besoin de cet échange de politesse en début d’année pour sentir ce côté affectif qui doit le lier à son professeur. Le rôle de celui-ci ne doit pas se limiter à une fonction pédagogique (transmettre des connaissances et quitter la salle). Les rapports qui doivent exister entre les divers intervenants doivent se caractériser par un respect mutuel et un échange harmonieux.

Même si le professeur pense qu’il est suffisamment connu dans l’établissement vu son ancienneté, par exemple, il doit tenir compte des élèves qui viennent, éventuellement, d’autres établissements ou qui ne sont pas censés le connaître.

La même remarque est à formuler à propos de tous les personnels qui évoluent dans un même espace. Souvent, personne ne connaît personne. Les surveillants deviennent des silhouettes qui arpentent les couloirs ou des ombres qui circulent dans la cour au moment des récréations. Ils sont anonymes. C’est, seulement, par hasard qu’on parvient à prendre connaissance de leurs noms. Or, un meilleur cadre est possible. Il pourrait permettre d’installer un climat de bonne entente et rapprocher les gens en créant ce sentiment d’appartenance à un même environnement. Il n’y aurait aucun mal à faire les présentations nécessaires par le moyen le plus approprié (placer des plaques sur les bureaux des agents administratifs portant leur nom et leur fonction ou afficher une liste sur les tableaux d’affichage). Cette transparence est de nature à donner l’impression qu’on fait partie d’une même famille et que les rapports ne sont pas, nécessairement, des rapports de haut vers le bas ou de petits et grands. C’est un facteur décisif, à notre sens, qui permettrait d’établir des rapports plus sains entre toutes les parties.

Port vestimentaire

Parallèlement, il y a lieu de noter que l’image de l’enseignant est de plus en plus écornée. On impute, entre autres, cet état aux innombrables actions de grèves, de boycotts des examens, de rétentions des notes, etc. décrétées par les syndicats. C’est ainsi que  tous les enseignants sont mis dans le même sac et subissent les conséquences de ces actes.

Par ailleurs, il ne faudrait pas oublier que le métier d’enseignant n’est pas n’importe quel métier. La particularité de celui qui le fait, c’est qu’il est chargé de former des générations et, donc, c’est une lourde tâche qui n’est pas donnée au premier venu. Celui qui accepte de l’exercer doit en accepter les astreintes. Il n’est pas libre de faire ce qu’il veut sans que cela soit compris comme une atteinte à la liberté personnelle. Avec nos enfants et leur avenir, il n’y a pas de voie pour le laisser-aller.

C’est pourquoi il faudrait un minimum de respect, notamment dans les tenues vestimentaires. Un fonctionnaire, et a fortiori un enseignant, doit être présentable et ne pas croire qu’il peut mettre n’importe quoi sous prétexte que cela fait partie de ses convictions personnelles ou de sa liberté individuelle. Quand on voit comment certains enseignants se présentent dans les écoles, collèges ou lycées, on ne peut que s’étonner. L’enseignant peut porter un béret, une casquette, une écharpe montrant son adhésion à une cause ou à son appartenance politique ou militante, etc. en dehors de l’enceinte éducative. Mais dans l’exercice de sa fonction, il est obligé de porter des vêtements neutres en respectant les normes en vigueur dans la société tunisienne. L’enseignant n’a pas le droit d’afficher ses convictions ou ses orientations idéologiques quelles qu’elles soient. Sa mission consiste à transmettre des connaissances dans un cadre déterminé et selon des lois fixées d’avance par les objectifs pédagogiques élaborés par les inspecteurs et les différents experts. Dans le cas où un enseignant ne serait pas d’accord avec ces conditions, il n’a qu’à choisir une autre profession.

Formation continue et recyclage

Sur un autre plan, il serait important de remettre au goût du jour et mettre à niveau les programmes de formation continue et de recyclage. A cet égard, on pense à l’introduction de nouvelles méthodes et de nouvelles approches dans ces actions. Au lieu de ces nombreuses réunions redondantes et répétitives dans lesquelles on se contente de présenter des expériences ou des modèles de cours (c’est utile, il faut le reconnaître), il est tout aussi important de veiller à ce que l’enseignant se libère des carcans qui l’empêchent d’évoluer et d’avancer. La formation à distance est à mettre à forte contribution. L’apport de formateurs qualifiés et spécialisés est certain, surtout concernant le domaine de la psychologie de l’enfant et du comportement. Nos enseignants ont beaucoup à apprendre sur ces sujets, ce qui les aiderait à surmonter les nombreuses difficultés qu’ils rencontrent dans la pratique de leur métier.

En effet, des séances animées par des psychologues et des sociologues auraient, à n’en point douter, des répercussions sur la qualité des rapports entre les élèves et leurs enseignants. Aujourd’hui, ces rapports nous semblent beaucoup plus conflictuels. Le courant passe mal entre l’enseignant et l’apprenant ainsi qu’entre ce dernier et le reste des personnels de l’établissement. Les agents d’encadrement (surveillants, par exemple) ont un besoin urgent de formation pour être mieux à même de comprendre la psychologie de groupe et le comportement des jeunes et des adolescents. Pour de nombreuses personnes, ces recommandations paraîtraient bizarres, voire déplacées. Or, elles sont d’une extrême importance si on veut aller de l’avant en vue d’instaurer un cadre de vie plus motivant. Il n’est plus question de continuer sur cette voie qui ne nous a menés qu’à la détérioration des rapports entre les différents acteurs.

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