L’air du chant national sonne invariablement à 8h00 du matin dans les établissements scolaires pour marquer le démarrage de la journée. Si certaines contrées ont choisi de simplement déployer l’étendard national dans les espaces d’apprentissage ou bien d’introduire le salut du drapeau une ou deux fois par semaine seulement, d’autres ont réservé ce cérémonial aux rendez-vous importants uniquement, comme la fête de fin d’année ou la remise des diplômes.

Ici, en Tunisie, pays des excès inutiles, tous les jours, mis à part dimanche parce que l’école est fermée, le rituel est imposé inlassablement à des jeunes apprenants distraits, pendant que ce refrain répétitif glorifie la nation et ses enfants vaillants. Bien que la visée des responsables à l’origine de la parade quotidienne et banalisée soit noble : initier les plus jeunes à l’amour de la partie, un vieil adage dit tout ce qui est excessif est insignifiant.

Mais encore, suffit-il d’abreuver ces citoyens en devenir de l’hymne national pour leur inculquer le sentiment patriotique ? Les élèves en situation de précarité, statistiquement majoritaires, n’auraient-ils pas des priorités autrement plus importantes, comme manger à leur faim, arriver à l’heure à l’école, avoir les fournitures nécessaires ? Imaginons un enfant qui commence ses cours déjà éreinté à cause des kilomètres qu’il a parcourus à pied, un autre entame sa journée le ventre vide et un troisième affronte l’année scolaire avec un cartable abîmé et des fournitures incomplètes. Les préoccupations de ceux-là, il faut bien l’admettre, se situent bien loin des grands idéaux. Saluer la levée du drapeau ne changera rien à leur situation ni à leur perception des choses qui commencent à se cristalliser autour du sentiment de manque et des frustrations.

Toutes choses étant égales par ailleurs, peut-on réclamer dignité et respect des règles à un homme, une femme qui donne des coups et en reçoit pour se dégoter un malheureux kilo de sucre, un paquet de lait, une bouteille d’huile ? Peut-on imposer une quelconque discipline aux usagers des transports publics, sachant que le bus suivant arrivera des heures plus tard ou pas du tout ?

Il est vain de réclamer civisme et patriotisme à une population, alors qu’elle est délestée en retour de ses droits les plus élémentaires. L’amour de la partie, à l’instar de plusieurs autres types d’amour, ou il est réciproque ou il ne l’est pas.

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Un commentaire

  1. Habib Ben Salha

    23/09/2022 à 12:50

    C’est original chère Héla.
    Que dire de ces usines privées qui vendent du vent à des enfants dont les parents se débarrassent à 7h30 du matin pour les retrouver, malmenés, à 17h30 ?
    Certaines écoles primaires se permettent tout, défigurent l’espace vécu, exploitent la distance de retrait et transforment la levée du drapeau en mascarade qui ne respecte pas les règles élémentaires du son et de la scène.
    Un peu de dignité… Le silence est une culture.
    HBS

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