Soins de santé : Le cercle vicieux, un problème kafkaïen !

On n’a pas l’air d’en finir de sitôt avec le cercle vicieux si fâcheux qui compromet dangereusement notre système de santé. Jusqu’à présent, aucune lueur d’espoir ne pointe à l’horizon. Telle Sœur Anne, on attend sans rien voir venir.

II ne nous reste plus que de compter sur un certain miracle pour rompre ce diable de cercle vicieux qui nous rappelle le vieux conte burlesque d’«Ommi Sissi et le loup», que nous racontaient superbement nos grands-mères avant de nous endormir. Surtout que nos illustres décideurs semblent vivre impuissamment ce phénomène, mettant en péril notre santé depuis belle lurette, en l’absence de bâton magique financier. Les parties prenantes prises dans la souricière sont, comme on le sait, la Cnam, la Pharmacie Centrale, la Cnss, la Cnrps et notre réseau public hospitalier. Cela sans compter les éternels dindons de la farce et souffre-douleurs de tous, en l’occurrence les assurés souffrant douloureusement. Et l’on est souvent enclin à mettre la chechia de l’un sur la tête de l’autre (comme le dit si bien notre vieil adage), pour s’en sortir aux moindres dégâts et résoudre des cas vitaux à temps. Il va sans dire que les parties prenantes les plus endommagées par ce problème kafkaïen sont, essentiellement, comme on le sait: La Pharmacie Centrale, les hôpitaux et la Cnam.

Principal accusé, principale victime!

Il y a lieu de soulever tout de suite le cas de la source principale de nos maux sans jamais le vouloir. Il s’agit à n’en point douter de la Pharmacie Centrale qui se trouve dans l’impasse, faute de liquidités. Celle-ci étant provoquée par l’incapacité chronique de ses partenaires de régler leurs créances faramineuses, accumulées au fil des années. Chose qui a fait perdre à cette institution la face et toute crédibilité vis-à-vis de ses divers fournisseurs étrangers. D’où les pénuries de plus en plus fréquentes des médicaments de première nécessité.

La foire !

Les hôpitaux, pour leur part, constituent notre plus grand abcès que ‘’les bistouris les plus aiguisés de nos chirurgiens les plus illuminés n’ont pu crever’’. Ces temples de soins mal soignés et ne faisant pas bonne presse, s’apparentent plutôt à des souks hebdomadaires à la veille de l’Aid. Les mal lotis, titulaires de cartes de semblant de soins, se regroupent massivement autour de la secrétaire, attendant impatiemment l’arrivée du sacré toubib, l’éternel retardataire, n’ayant, semble-t-il, de compte à rendre à personne. Et dès que le médecin se décide à faire son apparition si bénie, le premier malade, entrant dans les bonnes grâces de madame la secrétaire, entre en coup de vent au bureau du prétendu salut. Il se fait examiner plus vite que la musique, avant de se faire servir une ordonnance. Où, la plupart des médicaments prescrits sont souvent portés manquants dans la pharmacie de l’établissement. Et c’est au sans-le-sou de remuer ciel et terre pour se débrouiller de gros sous, avant de courir vers l’officine la plus proche pour acquérir les médicaments manquants. Mais, c’est peine perdue. Là aussi, certains produits essentiels sont marqués absents. Au grand dam du crève-la-faim souffrant.

La crédibilité perdue…

Cela dit, voilà pourquoi les médecins de la santé publique se contentent de distribuer à droite et à gauche des ordonnances, portant sur des médicaments inexistants dans les pharmacies de leurs établissements. Eh bien parce que les unités hospitalières, à force de voir accumuler leurs impayés, ont perdu leur crédibilité auprès de la Pharmacie Centrale qui, elle aussi, comme déjà dit, a perdu toute crédibilité auprès de leurs fournisseurs traditionnels étrangers et même locaux. Et tout ce beau monde se trouve ainsi pris dans le piège de ce diable de cercle vicieux!

Motus et bouche cousue !

Pour sa part, la Cnam, se trouvant en position de faiblesse par ces temps de vaches maigres et de disette de sous, trouve souvent du mal à maîtriser les dérapages et le comportement anarchique de ses divers partenaires. Surtout concernant l’irrespect des tarifs conventionnels. Et, chacun à qui mieux mieux n’hésite pas à imposer son diktat, à travers l’improvisation de tarifs non conventionnels qu’il ose marquer, sans ménagement aucun, sur le bulletin de soins de l’assuré. N’en déplaise aux parties prenantes. Qui accusent le coup motus et bouche cousue !

Prise en charge refusée

La perte de crédibilité de la Cnam devait même amener certains prestataires de services à ne plus accepter les accords de prise en charge qui leur sont remis par des assurés. Je cite le cas le plus récent vécu par un mien ami devant se faire opérer d’une cataracte. Muni fièrement d’une attestation de prise en charge partielle, dûment délivrée par la Cnam, il se présente au guichet de la clinique spécialisée dans la vision. Là où il est habituellement traité par le maître de céans, une sommité médicale de haute renommée. Quelle ne fut la surprise du bel ami en apprenant que l’administration de la clinique se refusa de prendre en considération toute attestation délivrée par la Cnam, étant malheureusement assimilée aux organismes considérés comme étant de mauvais payeurs. Pourtant, pour des raisons ne lui incombant nullement. Et que, lui signifie-t-on, la clinique naissante, ayant de lourdes dettes bancaires à régler selon un échéancier à respecter strictement, n’est pas en mesure de supporter les immenses retards mis par la Cnam quant au remboursement des frais engagés.

Rubis sur l’ongle !

L’on demande alors à l’intéressé de payer cash la totalité des frais de l’opération, devant être pris en charge par la Cnam. Et, par la suite, c’est à lui de présenter à la Caisse son bulletin pour se faire rembourser. N’ayant pas le choix et mis au pied du mur, le bonhomme a tôt fait de compter sur de bonnes âmes parmi les siens pour se débrouiller la rondelette somme de 750 dinars, à débourser rubis sur l’ongle.

Pourtant, il n’y était pour rien !

Encore une surprise ! Au vu de l’état de remboursement, il s’est aperçu que la contribution Cnam pour l’acquisition de la lentille a été déduite du montant dû à l’assuré (750d). Ayant réclamé à son centre d’attache le reliquat de ce dû, l’assuré s’est vu refuser ce droit sous prétexte que la prise en charge de la lentille est soumise à l’accord préalable. Pourtant, cette contribution était comprise dans l’attestation de prise en charge initiale, refusée par la clinique pour les raisons précédemment évoquées. Ceci étant, questions : quel est le tort de l’intéressé si la Cnam n’arrive pas à honorer ses engagements financiers envers ses partenaires dans des délais acceptables, à tel point que ses demandes de prise en charge sont devenues inacceptables ? Est-ce admissible que l’assuré soit financièrement bousculé de cette manière pour des raisons indépendantes de sa volonté? Lorsqu’on est dans son tort, est-il normal de causer du tort au pauvre assuré pour une simple formalité ? Bien sûr que non et mille fois non !

Ça suffit !

Au final, malgré le tocsin qui sonne depuis de longues années, ce problème kafkaïen demeure entier et gagne en acuité au fil du temps. Il est, ma foi, plus que temps et urgent de mettre le paquet budgétaire pour rompre ce cercle vicieux si fâcheux. Tout le monde en a ras-le-bol de voir cette situation alarmante perdurer et notre santé prise en otage sans se gêner. Ce qui ne cesse de provoquer la colère et la rage de tous, bien lotis et mal lotis confondus, cette fois-ci. Et dire que la santé n’a pas de prix !

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