Les Tunisiens ont poussé un ouf de soulagement dès que l’affaire de l’envoi des jeunes au Jihad en Syrie, en Irak ou en Libye a été portée devant la justice. A voir le nombre des personnes  convoquées devant le pôle antiterroriste et étant donné que les auditions ont concerné aussi des personnalités de premier rang, tout le monde s’attendait à ce que des mandats de dépôt contre les commanditaires soient émis. Mais voilà que leur comparution devant la justice a été différée, tout en leur accordant l’état de liberté. Des voix se sont élevées, protestant contre cette décision de la justice, l’accusant d’être encore au service des islamistes et des extrémistes, alors que de l’autre côté, on fustige aussi une justice qui fait un procès aux partis politiques et à une police qui, au lieu de combattre les terroristes, mène une lutte par procuration contre les hommes politiques.

Les médias, accusés d’accorder la parole aux présumés coupables ou complices, se trouvent aussi dans le collimateur de la critique, l’affublant d’être les porte-voix des commanditaires de ce réseau d’extrémistes qui ont envoyé les jeunes mourir aux foyers de tension, tel qu’en Syrie.

Mais là où le bât blesse, c’est  que le Tunisien lambda y voit une pièce tragi-comique dont l’objectif est de le détourner de la réalité obscure d’un quotidien maussade marqué par le manque de produits de base, l’envolée des prix et l’érosion de son pouvoir d’achat. Pour ainsi dire, alors que nous nous dirigeons vers des élections législatives, cette situation kafkaïenne ne fait qu’ébranler ce qui reste de la confiance dans les institutions de l’Etat. Il s’illustrera sûrement par un désaveu de la chose publique y compris le scrutin prévu au mois de décembre prochain. C’est le clair-obscur qui règne. Et cela ne devrait pas arranger les choses sur le plan politique où les partis en profitent pour déclarer leur boycott des élections. Bisbille et grincement de dents sur tous les plans, mais croisons les doigts et espérons que le tableau ne se noircira pas davantage.

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Un commentaire

  1. KHEMIRI

    24/09/2022 à 13:05

    Cher Confrère. Votre éditorial relève de l’inventaire de Jacques Prévert. Mais à quoi nous attendions-nous pauvres citoyens lambda avec un Kafkaïen au sommet de l’État depuis sa « bombinette » moralisatrice du 25 juillet 2021 ? Posez-vous sérieusement la question.

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