Amel Mokhtar, celle qui s’est retranchée dans son espace personnel, dans son cocon et dans son imaginaire, retrouve une nouvelle dynamique auprès d’une équipe déjà existante qui a contribué au lancement de la Maison du roman et qui s’est très vite inscrite dans les perspectives que la nouvelle directrice œuvre à mettre en place.

Créée en 2018, la Maison du roman était un projet qui tenait à cœur au romancier Kamel Riahi, un projet rêvé, défendu et concrétisé… et depuis sa création, la Maison du roman, qui a élu domicile à la Cité de la culture, s’est doté très vite d’une grande mission : être un haut lieu pour le roman et le romancier tunisien, arabe et mondial…un lieu de synergie, de rencontres, d’échange et de débat. En peu de temps, la Maison du roman a rayonné sur son environnement, on ne tarissait pas d’idées. De grands noms du monde littéraire y ont fait un passage. Et comme la vie est faite de séparations et de rencontres… d’abord un départ houleux de Kamel Riahi, puis un bref passage de Lassaad Ben Hassine, pour retrouver actuellement la romancière et la journaliste Amel Mokhtar à la direction de cette jeune et ambitieuse institution.

Étant elle-même romancière, elle faisait partie du cercle rapproché de ce lieu, assidue aux rencontres, elle a participé à certains de ses évènements.  Amie proche de Kamel Riahi, Amel Mokhtar nous confie qu’elle a vécu de près les premiers balbutiements, le rêve et sa réalisation, ce projet elle en a rêvé comme beaucoup de romanciers, peut-être un peu plus puisqu’elle y croyait, les idées du fondateur l’interpellaient, elle s’y retrouvait et elle y prenait part à chaque fois que l’occasion se présentait. « Être à la direction de la Maison du roman pour moi est une continuité d’un rêve partagé, que nous avons accompagné nous les romanciers, c’est être fidèle à un projet que je trouvais cohérent et prometteur avec les différents volets qu’il comportait. Ma mission ici est d’être un relais pour le développement d’une idée claire depuis le départ à laquelle j’apporte ma touche et ma sensibilité », nous avoue-t-elle. Amel Mokhtar, celle qui s’est retranchée dans son espace personnel, dans son cocon et dans son imaginaire, retrouve une nouvelle dynamique auprès d’une équipe déjà existante qui a contribué au lancement de la Maison du roman et qui s’est très vite inscrite dans les perspectives que la nouvelle directrice œuvre à mettre en place.  Elle, qui s’est forgé une personnalité à part, libre, libérée et indépendante, qui a gravé son nom par une sensibilité faite d’imaginaire de femme émancipée et sans tabous. Ses écrits audacieux lui ressemblent et la dévoilent sans retenue, nous font découvrir un autre aspect de sa personnalité. Dynamique, créative, diplomatique et qui cherche le perfectionnement et les alternatives.

« Je ne suis pas là pour rester les bras croisés à attendre des subventions publiques, le budget dont nous disposons n’est pas suffisant pour les projets existants que nous avons envie de poursuivre encore moins pour ceux que nous envisageons de créer. Je bouge, je fais appel à tous ceux qui croient en la culture pour trouver des fonds, du sponsoring et du financement. Je crois dur comme fer que la culture est génératrice d’argent, c’est un secteur qui peut être rentable, il suffit de savoir développer des projets, savoir les présenter, convaincre et bien exécuter », dit-elle avec enthousiasme. Avec un esprit clair, Amel Mokhtar et son équipe avancent à pas sûrs. Avec audace et détermination, ses objectifs sont bien clairs et elle s’est fixé des buts à atteindre durant son passage à Beit Erriwaya.  Miser et soutenir le roman et le romancier tunisien, poursuivre la stratégie de soutien aux œuvres avec les rencontres et les présentations dans une programmation régulière et de qualité en sont des fondamentaux auxquels elle tient.  Poursuivre le travail sur les personnages phares dans la littérature mondiale. Ce sera autour de Zorba le grec qui sera à l’honneur cette année après avoir célébré Don Quichotte.  Œuvrer sur la mise en place de structure de soutien, d’encadrement et de formation des jeunes lycéens avec des ateliers de lecture et d’écriture…

Elle travaille avec beaucoup de rigueur pour la création d’un portail pour le roman tunisien, un outil de première nécessité pour un réel rayonnement de la Maison du roman.

À un autre niveau, Amel Mokhtar aspire à mettre en place un projet d’adaptation de romans tunisiens à l’écran qui sera d’après elle une référence à la disposition des cinéastes et des réalisateurs pour rendre accessibles ces œuvres au plus grand public. « Notre répertoire littéraire est tellement riche et prospère, prédisposé à l’adaptation scénaristique, et je pense qu’il est vraiment temps que notre production littéraire emprunte le chemin du visuel », nous révèle-t-elle avec des yeux qui pétillent. Ce projet elle y croit et  est convaincue de sa portée. La rencontre avec Amel Mokhar est passionnante. La femme qu’elle est, l’énergie qu’elle communique, sa manière de raconter ses projets, nous font part d’un personnage qui n’a pas d’illusion sur les embûches qui parsèment le chemin d’une femme qui voudrait changer les choses, ou tout simplement faire exister sa manière de voir les choses. D’un autre côté, elle ne perd pas ses rêves de vue, elle y tient, elle y croit et elle s’acharne pour y arriver … elle y arrivera… elle est parvenue à nous en convaincre… Décidément qui pourrait décourager une romancière, la tête nourrie par l’imaginaire et le rêve, doublée d’une journaliste dont les pieds sont bien enracinés dans la réalité… Bon vent… Et longue vie à la Maison du roman.

Charger plus d'articles
Charger plus par Asma DRISSI
Charger plus dans Culture

Laisser un commentaire