Des preuves à charge ont-elles été retenues contre les responsable sécuritaires? Ou ces derniers se sont-ils embourbés dans les dédales du «politiquement incorrect» avec le parti Ennahdha qui s’en lave aujourd’hui les mains? Au demeurant, un air de déjà-vu pources ces responsable qui ont vécu une situation similaire après la chute du régime en 2011? Une chute qui a été marquée par des arrestations et des licenciements à la pelle.

Deux affaires ont retenu l’attention depuis quelques mois et ne seront pas élucidées de si tôt en raison de leur ramification étrangère, leur complexité et l’implication au plus haut niveau de personnalités politiques et de hauts responsables sécuritaires.

En guise de mise en bouche, il y a eu l’affaire Instalingo, société implantée à Kalâa Kebira et spécialisée dans la création de contenu et la communication numérique dont le patron est toujours en fuite à l’étranger. S’ensuivit tout de suite après celle des réseaux d’envoi des Tunisiens dans les zones de conflits qui a entraîné dans son sillage le PDG de la compagnie Syphax Airlines sur fond de suspicion d’organisation de voyages au profit des djihadistes vers les zones de combat via la Turquie. Parmi les points communs relevés dans ces affaires, l’implication présumée des dirigeants du parti Ennahdha et des hauts cadres sécuritaires désignés durant le règne de la Troïka et qui sont aujourd’hui frappés d’anathème.

Des connivences douteuses

Certains d’entre eux n’ont pas attendu le renversement de la situation en leur défaveur et ont préféré fuir le pays, dont notamment un ancien directeur général de la sûreté nationale mais bien d’autres n’ont pas eu cette «chance» et ont été incarcérés. L’arrestation du chef de la Direction générale des services spécialisés, (L.L), par les services sécuritaires algériens en dit trop sur la débâcle de certains hauts cadres qui vraisemblablement étaient de connivence avec d’autres responsables nahdhaouis. Au temps de la Troïka, celui qui allait devenir le chef de la Dgss, après l’éviction du ministre de l’Intérieur, entretenait déjà selon des sources sécuritaires une relation très étroite avec l’ancien conseiller auprès du ministre de l’Intérieur Ali Laârayedh  et membre du parti Ennahdha, Fethi Beldi, actuellement en arrestation. 

La mise en détention de trois anciens patrons de la direction générale des services spécialisés (LL, TS, MZ), ainsi que de l’ex-porte-parole du MI (MAL), contrairement à d’autres hommes politiques et hommes d’affaires qui ont été libérés et dont l’audition a été reportée aux mois de novembre et octobre, a fait couler beaucoup d’encre et suscité des réactions contradictoires.

Pour les sympathisants du parti islamiste soupçonné d’être impliqué dans ces affaires, il s’agit de procès politiques visant à le discréditer mais pour les parties qui ont toujours appelé à dévoiler les quatre vérités à propos de l’implication présumée dudit parti dans les assassinats politiques et dans les réseaux d’envoi des Tunisiens dans les zones de combat après la révolution, la justice n’a pas encore tranché et n’a pas dit son dernier mot. L’audition d’hommes politiques et de responsables sécuritaires dont Rached Ghannouchi, Ali Laârayedh, Noureddine El-Khademi, Lotfi Sghaier, Mohamed Affes, Habib Ellouz, Bechir Ben Hassen, et bien d’autres est prévue entre le 17 novembre et le 1er décembre 2022.

Plus de sécuritaires arrêtés que d’hommes politiques

En dépit des récentes auditions dans le cadre d’autres affaires dont celle de l’organisation caritative Namaa (soupçons de corruption et blanchiment d’argent liés à des transferts depuis l’étranger vers cette organisation), aucune charge (du moins pour le moment) n’a été retenue contre  Rached Ghannouchi, âgé actuellement de 81 ans, ni par ailleurs contre l’ancien ministre de l’Intérieur Ali  Laârayedh, ni aussi contre l’ancien ministre des Affaires religieuses désigné par le parti islamiste Ennahdha du temps de la Troïka, Noureddine El-Khademi, dans le cadre de l’affaire des réseaux des djihadistes.

L’homme d’affaires et ancien candidat du parti Ennahdha dans les élections législatives et la présidentielle Mohamed Frikha a été lui aussi libéré et son audition a été reportée dans le cadre de l’affaire de l’envoi des Tunisiens dans les zones de conflit. Trois anciens directeurs généraux de la Dgss sont toujours en détention, ainsi que d’autres hauts cadres sécuritaires parmi lesquels figurent un ancien responsable de la sécurité de l’aéroport de Tunis-Carthage (AL) et l’ancien conseiller de Ali Laârayedh.

Des preuves à charge ont-elles été retenues contre les sécuritaires? Ou ces derniers se sont-ils embourbés dans les dédales du  «politiquement incorrect» avec le parti Ennahdha qui s’en lave aujourd’hui les mains? Au demeurant, un air de déjà-vu pour les sécuritaires qui ont vécu une situation similaire après la chute du régime en 2011. Une chute qui a été marquée par des arrestations et des licenciements  à la pèle. 

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