Cette année, la cinquième édition du Forum de la Mer s’est distinguée par son format resserré: il était question de réunir des experts venus de divers horizons autour de la même table afin de réfléchir aux enjeux maritimes et concevoir les recommandations à même de répondre à l’urgence océanique.

C’est à Bizerte, la pointe la plus septentrionale de l’Afrique, que le Forum Mondial de la Mer a choisi de réunir scientifiques, créatifs et experts pour réfléchir à ce que seront l’Océan et la Méditerranée en 2050. Le forum, qui a été clôturé par Leila Chikhaoui, ministre de l’Environnement, a permis de mener une réflexion rétrospective sur le devenir de l’océan à l’horizon 2050 qui coïncide avec l’horizon de la décarbonation mais aussi avec le pic de la population mondiale. “Il y a urgence à agir», ont souligné unanimement les participants au forum. Il s’agit d’agir pour préserver les ressources maritimes, réussir la transition vers une économie bleue durable mais également pour pacifier la Méditerranée, et ce, grâce à une coopération plus forte. Les intervenants, venus de divers horizons, ont présenté les résultats des travaux engagés depuis plusieurs années. Divers scénarios, modélisations, hypothèses et chemins de transition ont permis de prévoir et de se préparer à un futur incertain de l’océan.

Le système marin est en voie de dégradation rapide

Dans une déclaration accordée à La Presse, le président du forum mondial de la Mer-Bizerte et ex-directeur général de l’OMC, Pascal Lamy, a indiqué que la 5e édition du forum a été organisée dans un contexte mondial très tendu, conflictuel, et fragmenté, et ce, à la suite de plusieurs événements comme l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais aussi les crises financière et énergétique. “On a éprouvé le besoin face à ces questions d’enjeux maritimes, océaniques, mais aussi qui touchent les mers, les rivières et les lacs, de prendre du recul”, a-t-il précisé. Il a ajouté que les participants au forum ont débattu des moyens permettant de passer d’une situation actuelle grave de l’océan et en particulier de la Méditerranée où le système marin est en voie de dégradation rapide à une situation où l’océan, en 2050, soit régénéré, aurait retrouvé sa vitalité de biosphère et, en même temps, ne serait pas tombé dans les tensions internationales qui menaceraient la paix.

Les réflexions qui ont émaillé du forum ont abouti à des propositions communes. Il s’agit d’abord d’arrêter la pollution de l’océan, affirme le président du Forum. “Le problème de la mer c’est la terre, c’est ce que les humains déversent dans l’océan à commencer par la pollution plastique qui est évidemment un énorme problème dans la Méditerranée”, a-t-il expliqué. Et d’ajouter : “Il faut, ensuite, protéger mais également régénérer ce qui a été dégénéré comme par exemple les récifs coralliens et enfin arriver à une économie bleue (les ports, le tourisme, la pêche, les explorations) où les exploitations seront de manière soutenable, de manière à ce que l’économie maritime contribue à la régénération de la planète”.

Miser sur la science et la gouvernance

Lamy affirme que, pour atteindre ces objectifs, il faut miser davantage sur les sciences, les technologies et l’innovation mais aussi instaurer une gouvernance aux niveaux domestique, régional et notamment au niveau de l’Union européenne. “L’océan appartient à tout le monde. Il y a des efforts de coordination à faire et j’y travaille, notamment dans un exemple qui est la création d’un jumeau digital de l’océan. C’est un océan virtuel dans lequel on peut faire des simulations qui nous permettent de mieux contrôler tous ces phénomènes et de les faire agir dans le bon sens”, a-t-il indiqué. De son côté, Rym Benzina, présidente de l’association la Saison bleue et directrice du forum mondial de la mer, a fait savoir que les scénarios les plus optimistes exigent une action immédiate et radicale. “Il faut qu’il y ait un partage de l’information, que les efforts de sensibilisation se poursuivent. Il faut lutter contre la pollution, la pêche illégale… La gouvernance de l’océan mais aussi de la Méditerranée, est un axe important sur lequel il faut travailler. […] L’océan appartient à tout le monde, il faut instaurer un cadre législatif qui permet une exploitation durable de l’espace maritime. […] Il faut être dans la radicalité. Nous devons mettre en application toutes ces recommandations dont la Tunisie a besoin pour pouvoir préserver son littoral”, a-t-elle souligné.

Charger plus d'articles
Charger plus par Marwa Saidi
Charger plus dans Supplément Economique

Laisser un commentaire