Pour le marché de l’huile d’olive, c’est le jeu de l’offre et de la demande qui détermine les prix de vente. Or, cette année, les estimations tablent sur une baisse de la production nationale qui serait, d’ailleurs, inférieure à celle enregistrée au niveau  mondial. De l’autre côté de la balance, il est difficile d’anticiper les tendances du marché, non seulement au niveau local, mais aussi international: plusieurs facteurs, dont l’érosion du pouvoir d’achat ou la spéculation, entrent en jeu. “La demande sur le marché international est un facteur déterminant dans ce jeu, puisque 80% de notre production d’huile d’olive sont destinés à l’exportation”, explique, en ce sens, Hamed Daly, P.-d.g. de l’Office national de l’huile (ONH). Il nous donne de plus amples informations sur l’une des filières les plus vitales pour l’économie tunisienne. Entretien.


Est-ce qu’on s’attend à une récolte abondante d’olives de la campagne 2022/2023?

Selon les premières estimations du ministère de l’Agriculture, la production d’olives pourrait atteindre, cette année, l’équivalent de  200.000 tonnes d’huile d’olive. Ce qui correspond à une baisse de 20% par rapport à l’année dernière. Cette baisse est due essentiellement au manque de pluviométrie, surtout dans les régions du Sud et du Sahel, mais aussi  à la sécheresse et aux vagues de chaleur. Mais le point positif est que cette baisse coïncide avec une diminution de la production dans les principaux pays producteurs d’huile d’olive, notamment les pays méditerranéens. En Espagne, la production d’huile d’olive devrait baisser de 30%, cette année, passant  de 1,5 million de tonnes à 1 million. A l’échelle mondiale, la production devrait chuter de 3,2 millions de tonnes à 2,7 millions, ce qui va amener à une augmentation des prix à l’échelle internationale. 

L’office est-il prêt pour mener à bien cette saison ?

Au niveau du ministère de l’Agriculture, une réunion ministérielle s’est tenue récemment pour suivre les préparatifs  de la campagne 2022/2023. Pour l’ONH, nous avons commencé les préparatifs depuis l’année dernière, étant donné que l’office  intervient à trois niveaux. Tout d’abord, il intervient au niveau de la production d’oliviers par un traitement phytosanitaire , surtout dans la région du Sahel, qui est la plus attaquée par les maladies. Ensuite, il y a  la distribution des fertilisants qui sont subventionnés à hauteur de 20%, outre le subventionnement du matériel de récolte. Ces subventions profitent aux producteurs. Puis, le second niveau d’intervention concerne la qualité. Au niveau de l’Office national de l’huile, on a vraiment développé des compétences en matière d’amélioration de qualité, grâce notamment aux formations dispensées par  un centre de formation international, qui est orienté vers l’amélioration de la qualité. C’est un point important pour nous, étant donné que la grande partie de notre production est destinée à l’exportation. Nous tenons à ce que notre huile soit d’une très bonne qualité afin d’atteindre des prix assez élevés à l’exportation.

Enfin, le troisième niveau est la régulation de marché et le développement des exportations. Au niveau de l’exportation, l’ONH est en train de faire la promotion de la qualité de l’huile tunisienne dans certains salons spécialisés, en plus du Cepex, qui dispose de divers programmes de promotion des exportations. Il ne faut pas oublier non plus l’effort des exportateurs qui sont présents partout dans les salons, pour promouvoir le produit. Nous travaillons  surtout sur l’huile d’olive conditionnée, parce que c’est là où on peut avoir plus de valeur ajoutée. Au niveau du ministère, on travaille sur l’huile d’olive biologique, une filière sur laquelle la Tunisie s’est bien positionnée : nous sommes le premier pays au monde en superficie oléicole certifiée biologique avec 256.000 hectares.

Quels sont les atouts de l’huile d’olive biologique tunisienne et quels sont les marchés, qui en demandent le plus?

Depuis la crise du Covid-19,  la consommation des produits “sains”, dont l’huile d’olive biologique, est devenue une tendance mondiale. Ces produits ont une valeur ajoutée par rapport aux autres huiles d’olives conventionnelles. Les pays développés s’intéressent de plus en plus à tout ce qui est biologique. Nous ciblons, alors, tous les pays où il y a de plus en plus de demande de  ce produit. Pour la saison précédente 2021/2022, sur les 240.000 tonnes d’huile d’olive produite,  on avait environ 70.000 tonnes biologiques.

Comment la consommation locale d’huile d’olive a-t-elle évolué au cours de ces dernières années? Va-t-elle baisser cette année ?

Contrairement aux exportations, nous n’avons pas de chiffres exacts relatifs à la consommation locale d’huile d’olive. S’agissant des exportations, de novembre 2021 à août 2022, nous avons exporté près de 173.000 tonnes d’huile d’olive. Tandis que pour la consommation nationale, on ne peut pas donner un chiffre exact, parce qu’il y a plusieurs éléments qui interviennent dans l’équation (la production nationale, les exportations et les stocks). Le problème, c’est qu’on ne connaît pas exactement les quantités disponibles en stock, d’autant plus que pour la production, il s’agit d’estimations. Mais depuis des années, on estime que la consommation locale est comprise entre 30.000 et 40.000 tonnes. Cette consommation dépend bien sûr des prix, du pouvoir d’achat du consommateur… Par exemple, si les prix sont assez élevés, il va y avoir une réduction de la consommation d’huile d’olive  et les gens vont se rabattre sur les autres types d’huiles végétales. Cette année, il y a beaucoup de facteurs qui peuvent changer la donne: les prix des huiles végétales ont augmenté pour atteindre les 7 à 8 dinars. Cette augmentation va peut-être inciter les gens à s’intéresser, plus à l’huile d’olive.

L’information disant que le prix de vente de l’huile d’olive atteindrait les 15 dinars cette année a été relayée par tous les médias. A quoi est due cette hausse considérable des prix?

Il n’y a aucune source qui peut confirmer que le prix atteindrait 15 dinars. Pour avoir une idée sur les fourchettes de prix, il suffit de jeter un coup d’œil sur le site Poolred qui indique, quotidiennement, les prix de vente de l’huile d’olive espagnole. Actuellement, le prix est, en moyenne,  de 4 euros le kilo d’huile d’olive vierge extra. C’est l’équivalent de 12 dinars le litre. Cela devrait être  le prix de référence utilisé à l’exportation.

Maintenant, en ce qui concerne le marché local, le prix peut dépendre de plusieurs autres facteurs, d’autant plus que le consommateur tunisien  achète de petites quantités directement auprès des huileries privées. Je dirais que le prix de vente avoisinerait le prix de référence. Il ne faut pas oublier que les huileries ont le choix de vendre aux exportateurs ou sur le marché local. Mais d’une manière générale, je pense que les prix vont être élevés. Après, on va voir leur évolution, étant donné que plusieurs facteurs, tels que la spéculation, peuvent intervenir. 

Et pour le prix fixé par l’office…

L’office ne fixe jamais le prix. Il s’agit d’un prix libre qui est défini par les règles de l’offre et de la demande, que ce soit au niveau local ou au niveau international. La demande sur le marché international  est un facteur déterminant, puisqu’environ 80% de notre production sont destinés à l’exportation. Ce n’est ni l’office, ni une autre structure  qui détermine le prix.

La Tunisie va-t-elle augmenter sesexportations d’huile d’olive cette année?

Je pense qu’on va être, au moins, au même niveau que l’année dernière, puisque la production a baissé de 20%. Par contre, les prix vont augmenter. Donc, les exportations peuvent augmenter en termes de valeur. 

Comment améliorer la valeur  ajoutée de la filière huile d’olive  en Tunisie ?

Au niveau de l’ONH, nous sommes déjà en train de réfléchir sur cette question : comment améliorer la performance de la filière huile d’olive. Déjà, on a participé  à une réunion, cette semaine, où on a prévu l’organisation d’un atelier sur ce sujet. Et on a pensé à travailler sur quatre axes. Le premier axe, c’est l’amélioration de la productivité et la protection contre les maladies. Car il faut faire attention et prévenir contre  les maladies émergentes, comme la Xylella qui a attaqué une bonne partie des oliveraies en Italie. Le deuxième axe concerne l’amélioration de la qualité. Et l’ONH excelle là-dessus, grâce aux formations, aux analyses de la qualité, aux ressources humaines… Le troisième axe sur lequel on va travailler, c’est la consommation nationale. On veut réfléchir aux moyens d’améliorer et accroître la consommation nationale. Le quatrième axe, c’est le développement des exportations. Nous avons en 2019, travaillé sur ce sujet, au niveau du ministère de l’Agriculture, et on a identifié  les orientations stratégiques et les programmes d’action pour le développement des exportations d’huile d’olive en 2030. On va continuer de travailler là-dessus, de concert avec tous les acteurs de la filière, notamment le secteur public, le secteur privé, les producteurs, les exportateurs, les agriculteurs…  Aussi, on  va travailler pour améliorer et renforcer le  rôle de l’ONH dans le développement de la filière. 

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