Du fait de certaines décisions prises récemment, susceptibles de recadrer les représentants des syndicats de police, Taoufik Charfeddine a franchi le Rubicon et compte remettre les pendules à l’heure

Le vent semble avoir tourné pour les syndicats de police avec de nouvelles décisions prises par le ministre de l’Intérieur, Taoufik Charfeddine, qui, vraisemblablement, ne compte plus laisser les choses traîner, notamment après la dérive d’une minorité de sécuritaires au moment où ils étaient appelés à assurer la sécurité du public lors du spectacle de l’humoriste Lotfi Abdelli à Sfax.

Mettre fin aux prélèvements illégaux

Selon une note de travail interne dont une copie a circulé sur les réseaux sociaux, en date du 26 septembre 2022, le ministre a mis terme aux prélèvements automatiques sur salaire des cotisations sociales au profit des syndicats sécuritaires. Le prélèvement est désormais assujetti à des procédures strictes ciblant aussi bien les adhérents que les syndicats. Parmi ces mesures, le dépôt d’une demande de prélèvement qui devrait être adressée à la direction générale des services communs relevant de la Garde nationale et de la Sûreté nationale avant le 15 décembre 2022. L’adhésion à un seul syndicat pour l’adhérent et l’identité bancaire pour les parties syndicales figurent aussi parmi les conditions imposées par le ministère de tutelle en vue de mieux légiférer les opérations de transfert des sommes d’argent.

Pour bien comprendre les dessous d’une telle décision, un retour est nécessaire sur la conférence de presse organisée le 21 septembre au Club de police nationale à La Soukra. Et pour cause, le ministre de l’Intérieur, Taoufik Charfeddine, avait  déclaré à cette occasion que « les prélèvements des syndicats sécuritaires, des salaires de leurs affiliés, s’élèvent à près de 40 millions de dinars/ l’an ».  Considérant de tels prélèvements comme étant illégaux,  le ministère de l’Intérieur ne pouvait garder le silence, là-dessus.  En toute logique, et suite à cette conférence, une note de travail a été signée par le ministre en personne le 26 septembre comme précédemment cité.

600 mille dinars dans le local du Snfsi

L’application ce lundi d’un jugement prononcé en urgence concernant la fermeture du local du Syndicat national des forces de sécurité intérieure (Snfsi) à Tunis a été marquée par la présence d’un imposant dispositif sécuritaire.

Le ministère de l’Intérieur ne pouvait prendre de risque après les graves débordements qui ont accompagné les protestations des syndicalistes durant le mois d’août dernier et leur refus d’obtempérer aux ordres du ministre et d’ôter les tentes ou ils s’étaient abrités durant leurs mouvements de contestation, ce qui a conduit à des heurts entre les policiers.

Si le porte-parole du syndicat Chokri Hamada a lancé des critiques à l’égard du ministère en raison du dispositif sécuritaire imposant mis en place à cette occasion, le ministère de tutelle n’a pas manqué de publier un communiqué dans lequel il précise que la fermeture du local s’est déroulée dans des conditions normales en application du jugement en référé et en présence des deux parties du litige, à savoir le propriétaire et le représentant du syndicat.

Le ministère ajoute dans son communiqué qu’une somme d’argent estimée à 600 mille dinars a été trouvée à l’intérieur d’un coffre au local du Snfsi. La somme a été saisie en présence d’un huissier et du représentant dudit syndicat et une enquête a été ouverte à ce propos sur instruction du parquet. Le Snfsi a aussitôt réagi au communiqué du ministère et a publié un communiqué dans lequel il  explique qu’un PV de constat  a été établi le 25 septembre (un jour avant les faits) par un huissier de justice autour de la somme saisie, avec des photos et vidéos à l’appui, selon la même source. «Il s’agit d’une somme d’argent conçue pour diverses dépenses, comme payer les employées et les avocats et pour financer d’éventuels mouvements de contestation», a tenu à clarifier le porte-parole du syndicat, Chokri Hamada, dans une déclaration à une radio privée. Une autre affaire à suivre.

Les syndicats dans le collimateur du ministre

Le point de non-retour a été franchi entre le ministère de tutelle et les syndicats de police. Pour preuve, la Snfsi a tenu le 6 septembre 2022 une assemblée générale extraordinaire au cours de laquelle des slogans hostiles au ministre ont été scandés sous prétexte d’atteinte au droit syndical.

Pourquoi cette dégradation sur le plan relationnel entre les deux parties? La réponse est bien claire. Les structures syndicales ont de toute évidence outrepassé leurs attributions et leurs prérogatives et se sont embourbées dans des revendications sectaires au point que certains observateurs n’ont pas hésité à déclarer que les représentants des syndicats de police constituent une menace pour l’Etat de droit de par leur violation des données personnelles des citoyens et leurs tentatives d’exercer des pressions sur la justice lors des interpellations des policiers.

Le ministre de l’Intérieur s’est engagé à faire face aux dérives des syndicats de police depuis le grave incident ayant marqué le spectacle donné par l’humoriste Lotfi Abdelli et qui a conduit au retrait des agents de police appelés à assurer la sécurité durant le spectacle. Un geste aux conséquences préjudiciables puisqu’il a donné lieu à un recadrage dans les règles des représentants des syndicats suivi par une série de mesures disciplinaires et d’arrestations dans les rangs de plusieurs agents de police qui ont failli à leur mission.

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