Il arrive des fois que le football cesse d’être moral. Surtout lorsqu’il héberge, voire chérit, des parties emblématiques. Les  dérapages des supporters tunisiens, lors du match gala face au Brésil, aussi cruels soient-ils, ont donné  une certaine insipidité à l’image de la Tunisie. Au-delà de la défaite sportive, le fiasco était aussi moral.

Avec un entraîneur aux idées ordinaires et aux choix erronés, des joueurs au rendement réduit au strict minimum, la sélection ne pouvait s’accommoder aux exigences du haut niveau. Les joueurs ont  naturellement le droit de commettre des erreurs et perdre contre le Brésil n’est pas une fatalité, mais ils ont  aussi le devoir de se comporter dignement sur le terrain. Ils évoluent dans un monde qui leur donne tout, ou presque, sans que la plupart ne le méritent vraiment. Il est vrai que l’égarement inspire autant le sens de l’irresponsabilité que le manquement aux devoirs.

On a l’impression que la majorité des joueurs sélectionnés, selon des critères pas tout à fait convaincants, évoluent dans une atmosphère où on ne voit pas réellement l’apport qu’ils sont censés donner à l’équipe. Le sens du dévouement et de l’appartenance oublié, ils ne cessent, à l’approche du Mondial, de miser sur une conjonction d’intérêts personnels qui dépassent en long et en large ceux de la sélection.

Depuis son intronisation, on devinait et on voyait l’incapacité du sélectionneur à installer un esprit de groupe. Les joueurs, qui ne sont pas eux aussi irréprochables, n’arrivaient pas également à exister, à cohabiter. Tout cela n’est pas forcément au goût des Tunisiens qui attendent que leur équipe puisse enfin accéder à un palier supérieur. Ici et là, on retient une véritable inconscience des efforts à faire pour aller tout en haut. La sélection dans sa version actuelle ne sait pas souffrir ni aller au fond des choses. Le sélectionneur et les joueurs qu’il a choisis se laissent aller trop vite. Ils sont dans leur monde, ils se croient plus grands que ce qu’ils ne sont réellement. Ils n’ont que très peu, sinon jamais, compris qu’il y a encore plein d’autres marches à gravir pour aller encore de l’avant.

Il faut dire aussi que la politique d’enfermement dans laquelle se sont réfugiés les responsables de la fédération et le manque de communication avec le monde extérieur, tel que décrété par le responsable médias qui est allé jusqu’à empêcher la transmission du match contre les Iles Comores et en priver tout un peuple,  renvoient l’image d’une instance coupée du reste du monde. Des joueurs, une équipe, des pseudos responsables et un entourage qui ne font pas honneur à une institution qu’ils semblent de plus en plus gâcher sans y prendre garde.

Ce qui s’est passé lors du match contre le Brésil, le manquement au devoir, les dérapages du public, auxquels il faudrait aussi ajouter le refus de passer à la zone mixte pour les entretiens habituels, encore une fois œuvre du responsable médias, ne sont pas malheureusement une surprise. La sélection, son entraîneur et son responsable médias s’étaient entraînés depuis longtemps dans une spirale à multiples facettes: sportive, morale, éthique, professionnelle et humaine.

C’est dans les coulisses ouvertes à tous les vents autoprotecteurs que cela se passe. Plus encore et contrairement à ses bonnes habitudes, la sélection n’invite plus à rêver. Elle a perd chaque jour ses leaders. Dans les bureaux, tout autour du club et sur le terrain, elle perd le modèle sur lequel elle peut s’identifier.

Le problème est grave et risque d’entraîner de lourdes répercussions sur l’environnement général de l’équipe, notamment à l’approche du Mondial. Chacun est victime de ses choix. Le sélectionneur, mais aussi le président de la fédération, ainsi que le responsable médias. On a de plus en plus le sentiment même qu’ils ne savent plus où réside l’intérêt de la sélection. Ils n’en font pas plus, et encore moins mieux. Leurs discours, dans lesquels ils avaient pris l’habitude de se disculper et de justifier l’injustifiable, sont aussi compromettants. Comment peut-on encore leur faire confiance ? Comment peut-on encore les croire quand l’image de la majorité des parties concernées est entachée de manquements évidents. De transgressions et de carences. De dérapage et de dérives à n’en pas finir !…Un cap vers l’impardonnable ? En tout cas, ce serait une illusion de s’attendre à une prise de conscience de la part de ceux qui n’arrêtent pas de surprendre par les fausses évidences dans tous les sens et le souci de dépasser leurs  prérogatives.

Il y a tout un travail de remise à l’ordre et de prévention à mener au sein de la fédération. Mais encore faudrait-il se donner les moyens d’agir…

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